Comment les plateformes de crowdfunding résistent-elles à la crise du coronavirus ?

Les plateformes de crowdfunding ont ralenti de pratiquement de moitié leur collecte de dons. Certains secteurs résistent mieux que d’autres. Comment rassurer les investisseurs en ces temps de crise ? Explications avec Nicolas Sérès, directeur du conseil d’administration de la plateforme WiSEED. 

Les plateformes de crowdfunding ont ralenti de moitié leur collecte de dons. Crédit : iStock

Les marchés financiers sont toujours dans la tourmente, malgré les annonces d’un plan de déconfinement prévu pour début mai. Qu’en est-il pour les sites de financement participatif ? Les projets font-ils encore le plein de collecte de dons ? Eclairage avec Nicolas Sérès, président du Conseil d’administration de la plateforme WiSEED

A première vue, la conjoncture actuelle ne semble pas avoir eu d’impact sur les campagnes de crowdfunding. Si vous faites un tour sur les pages d’Ulule ou de KissKissBankBank, entre autres plateformes de financement participatif sous forme de dons, les campagnes se poursuivent et les montants semblent continuer à augmenter.
Même constat sur la plateforme WiSEED, vous pouvez vous positionner actuellement sur 9 projets ouverts au financement participatif. Qu’en est-il vraiment ?

Des ralentissements pour les lancements de projets

Depuis plus de 10 ans maintenant, de nombreuse start-up, TPE ou encore PME se sont tournées vers l’engouement des plateformes de crowdfunding. Une façon pour elles de lever des fonds destinés à financer un projet précis. Leur investisseurs, des épargnants qui veulent investir dans des projets ayant plus de sens et des entreprises à impact positif. Aujourd’hui, en pleine crise du covid-19, ces plateformes sont toutes confrontées à une activité au ralenti, quasi nulle. C’est ce que nous confirme Nicolas Sérès, président fondateur de WiSEED : « C’est un arrêt brutal, qui s’il venait à se prolonger, pourrait précipiter de jeunes sociétés et des entreprises financièrement fragiles vers la cessation d’activité ».
Autre point noir, certains dossiers de demandes d’ouverture de projets sont soumis à des contraintes administratives, notamment dans l’immobilier. « Une part conséquente des demandes sont en attente d’avoir tous les éléments nécessaires à leur entrée sur le marché du financement participatif » ajoute Nicolas Sérès.

La collecte de dons se maintient

Pour la collecte, les investisseurs sont prudents. « La première semaine du confinement, on a vécu un moment où plus rien ne se passait. Ensuite, quand tout le monde a passé ce premier choc, la collecte a repris, malgré tout, fin mars. Nous avons des résultats divisés par 2 pour les collectes, versus mars 2019. La principale différence se manifeste par les délais de collecte qui sont clairement étendus », détaille Nicolas Sérès.
Les équipes de WiSEED ont donc réagi en mettant en place un accompagnement des dirigeants d’entreprise sur mesure. « Nous sommes en contact avec les dirigeants, nous les connaissons bien. Nous discutons au quotidien avec eux, les tenons au courant de l’évolution de la collecte et nous partageons les bonnes pratiques et informations primordiales pour faire face à la crise actuelle », indique-t-il.
Idem pour des investisseurs. Ils sont en lien permanent avec la plateforme. Pour la communauté des investisseurs, composée essentiellement de professionnels en libéral, des experts comptables, des avocats, c’est un solide soutien. Ils partagent également leurs connaissances sur les aides accessibles actuellement. C’est un véritable appui moral pour les dirigeants, analyse le fondateur : « une véritable chaîne de solidarité s’est mise en place entre entrepreneurs et investisseurs sur notre espace interne ».

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Des secteurs qui résistent mieux

La plateforme WiSEED finance principalement des projets dans les secteurs de l’environnement, l’immobilier, les énergies renouvelables, le numérique, la santé, l’alimentation, le secondaire et le tertiaire. Certains secteurs résistent mieux à la crise. « D’une manière générale, je trouve que le modèle du financement participatif est plus résilient au contexte de la crise actuelle », indique Nicolas Sérès.

Sur la plateforme de crowdfunding, même si certains secteurs connaissent une baisse, comme la restauration et l’événementiel, d’autres s’en sortent bien et vont même pouvoir résister, comme celui des énergies renouvelables et de l’immobilier, même si actuellement ils sont également impactés.

Des gels de remboursement accordés

Pour les prêts octroyés aux entreprises, via le crowdfunding, certaines plateformes, comme October, ont annoncé des mesures exceptionnelles. C’est le cas de la société October, composée d’un portefeuille de 800 PME financées en France, en Espagne, en Italie, au Pays-Bas et en Allemagne.
Elle a annoncé un gel de trois mois de tous les remboursements dus par ces sociétés. « Cette décision concerne les remboursements de prêts (intérêts et capital) aux investisseurs prévus en avril, mai et juin. En sondant les entreprises ayant des dettes en cours : 30 % affirment qu’elles sont déjà impactées et 60 % signalent qu’elles le seront à moyen terme », a détaillé October dans un communiqué.

Un virage important du post confinement

Pour Nicolas Sérès, il est temps de se tourner vers l’après confinement. D’après lui, « rien ne sera comme avant, économiquement, les répercussions vont être très importantes, certaines entreprises vont vivre à crédit pendant de longues années, et d’autres ne pourront peut-être pas survivre ». Le virage qui s’annonce post-confinement est donc très important. Certaines entreprises pourraient réfléchir à une relocalisation sur le territoire, par exemple, avec un impact positif pour la société dans son ensemble, en termes d’emplois et de production locale.
La crise sanitaire, sociale et économique actuelle pourrait accentuer ce sentiment et cette envie de participer autrement au développement et au changement de notre société. « Le contexte actuel est donc aussi une occasion unique qui va permettre au financement participatif de contribuer activement au financement de l’économie réelle porteur de sens, au cœur de sa mission » , conclut-il.

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