Le ciel, le soleil et la mer… Le tube de l’été 1965 trotte dans la tête de bien des seniors comme un leitmotiv. Ouvrir chaque matin ses volets sur un paysage idyllique. Dire adieu à l’hiver. S’offrir plus de sorties, de restaurants avec la même pension. Adoucir la facture fiscale. Autant de raisons qui incitent 29% des plus de 50 ans à imaginer une retraite hors de nos frontières(1). Ils sont toutefois
bien moins nombreux à sauter le pas. Probablement 200000 à 300000 retraités français résident à l’étranger. «A 55 ans,beaucoup sont en difficulté dans le monde professionnel et rêvent de partir, alléchés par les reportages sur le sujet, note l’auteur des guides Retraite sans frontières, Paul Delahoutre. 

Mais, quand ils sont vraiment à la retraite, qu’ils ont des petits enfants, vivre loin paraît souvent inconcevable. » L’éloignement ne vous décourage pas ? Les progrès des télécommunications et du transport aérien vous font relativiser la distance? Le rêve est, dans ce cas, réalisable. A une condition: consacrer temps et efforts à préparer votre nouvelle vie. A vous documenter et à entreprendre moult démarches. Outre le déménagement lui-même, il vous faudra vous pencher en amont sur quatre points essentiels: l’administratif, la couverture santé, la fiscalité et le droit. Parmi les démarches administratives indispensables, vous devrez commencer par vous renseigner sur les conditions de séjour dans le pays d’accueil. Puis signaler à vos caisses de retraite votre changement d’adresse et de coordonnées bancaires, prendre contact avec le fisc, vous informer sur les conditions d’importation de votre voiture, prévenir votre banque… 

Pour vous faire épauler, vous pouvez vous rendre au salon S’expatrier mode d’emploi, dont l’édition 2018 a lieu le 21 mars à la Maison internationale de la Cité universitaire de Paris (entrée gratuite ; Expatriermodedemploi.org). Sachez que certains pays accordent des visas spécifiques aux seniors, parfois sous conditions de ressources. Et que vous pouvez toucher vos pensions à l’étranger –mais pas l’allocation de solidarité aux personnes âgées, l’ex-minimum vieillesse –, si vous prouvez régulièrement à vos caisses que vous êtes en vie.

Soyez vigilant quant à votre futur statut fiscal

A prendre également très au sérieux, la couverture santé. En tant que retraité du système français résidant à l’étranger, vous continuerez, en règle générale, à bénéficier de l’assurance maladie durant vos séjours hexagonaux. Pour la part « sécu » de vos dépenses, donc. Et dans votre pays d’accueil? Dans l’Espace économique européen et une poignée d’autres Etats (comme le Maroc), vous pourrez être couvert par le régime local. Mais vous aurez en plus intérêt, dans certains cas, à prendre une assurance complémentaire. Ailleurs, vous devrez vous interroger sur l’opportunité
de vous assurer auprès de la Caisse des Français de l’étranger, pour bénéficier des remboursements similaires à ceux de la Sécurité sociale, et/ou d’opter pour une couverture privée. Pensez aussi à l’assurance rapatriement.

Palmarès Mondial 2018 des paradis pour la retraite

Informations sur les données du tableau : Chaque destination est jugée selon 12 critères, chacun pesant de façon différente sur la note globale: coût de la vie (20 %), climat (15%), intégration, soinsmédicaux et sécurité (10 %), loisirs, accessibilité, infrastructures, immobilier, patrimoine naturel, cuisine et patrimoine culturel (5 %).
Ce palmarès est réalisé par Paul Delahoutre, auteur des guides retraite sans frontière

Autre sujet crucial : les impôts, évidemment ! En la matière, rien n’est simple. Tout dépend du pays où vous choisirez de partir, de vos revenus, de votre situation familiale. Attention, ce n’est pas parce que vous vous expatriez que vous serez forcément moins imposé. Beaucoup croient qu’il suffit de résider à l’étranger la moitié de l’année pour voir ses pensions non taxées par la France. C’est faux! Elles seront imposées ici dans de nombreux cas : s’il n’y a pas de convention fiscale entre l’Hexagone et votre destination (Cambodge, République dominicaine…), si cette convention stipule que toutes les pensions sont taxées par le pays d’origine (par exemple, en Thaïlande), si vous êtes un ancien fonctionnaire (sauf dans quelques pays, comme la Tunisie) ou si vous êtes considéré comme résident fiscal français. Pour ne pas l’être, il faut jouer le jeu:«Ne pas faire semblant de déménager, souligne Eric Chartier, d’Altitude Avocats. Car, en cas de contrôle
du fisc, tout sera épluché, vos factures, vos paiements, etc. »

Le plus simple pour éviter les soucis reste de vendre sa maison en France ou de la louer. Dans tous les cas, lisez bien la convention fiscale. Si vous découvrez que vous ne serez pas imposé en France, renseignez-vous sur la fiscalité locale. En tant que retraité étranger, bénéficierez-vous d’une exonération ou de modalités favorables? A quelles conditions ? Sinon, quel barème s’appliquera, et sous quelles modalités? Ces questions méritent enquête.

Restent à régler plusieurs nœuds juridiques. Que se passera-t-il si vous mourez ou divorcez ailleurs? Comment votre conjoint sera-t-il protégé?Quid de votre patrimoine ? Votre expatriation risque, en effet, d’avoir un impact sur votre régime matrimonial et votre succession. Pour le connaître, et si besoin en limiter la portée, rendez-vous chez un notaire ou un avocat rodé aux questions internationales. On vous conseillera souvent d’établir un contrat de mariage pour fixer votre régime matrimonial, afin d’éviter que celui-ci puisse être modifié par votre déménagement.Mais
aussi de préciser, dans un testament, à quelle loi nationale vous souhaitez soumettre votre succession.

Trouver son chez-soi

Enfin, il faudra, bien sûr, trouver son chez-soi. Avant d’acheter,prenez le temps de connaître le marché, les lieux, et de vous familiariser avec les procédures d’acquisition immobilière, généralement moins protectrices pour l’acheteur que les françaises. Mieux vaut souvent commencer par louer. Le plus difficile est de fixer sa destination. Un pays a clairement
la cote: le Portugal. Pour la quatrième année, il pointe en tête dans le palmarès des meilleurs pays pour passer sa retraite à l’étranger, que nous vous dévoilons en exclusivité (voir notre infographie ci-dessus).

« Accessibilité, fiscalité, sécurité, climat : il a quasi tout pour plaire et ne souffre d’aucun défaut majeur », détaille Paul Delahoutre, qui note chaque année depuis 2011 les pays intéressant le plus les seniors, une démarche unique en France. Cerise sur le gâteau: depuis 2013, les retraités du privé y voient leurs pensions exonérées durant dix ans, grâce au statut «RNH » ou « résident non habituel ». Prudence toutefois, rien ne garantit que ce régime attractif perdurera des années encore.

« Le gouvernement portugais a envisagé à la fin de 2017 d’appliquer un taux minimum d’imposition aux RNH; mais cette mesure n’a pas été votée », rappelle Mehdi Benlahcen, conseiller consulaire dans le pays. Et pour ne pas être taxé par la France, encore faut-il, là encore, être traité comme non-résident fiscal. Des jurisprudences récentes laissent penser que Paris pourrait considérer que les retraités n’entrent pas dans le champ de la convention fiscale franco-portugaise s’ils ne paient aucun impôt dans leur pays d’accueil. Sans le bénéfice de la convention, ils se retrouveraient soumis aux règles françaises, qui veulent qu’un foyer ne percevant que des pensions de source hexagonale, sans autres revenus, est résident fiscal français.

La jurisprudence en question concernant des personnes morales, les services des impôts nous ont expliqué ne pas avoir l’intention de l’étendre, pour l’instant, aux retraités français au Portugal. Par précaution, les fiscalistes, à l’instar d’Eric Chartier, conseillent de faire en sorte de payer un impôt au Portugal, « par exemple en touchant des revenus fonciers, en louant sa résidence quelques semaines dans l’année ». Si le Portugal se retrouve premier du classement, devant le Maroc et la Thaïlande, les pays du Top 10 décrochent des notes globales assez proches.«Mais, pour autant, relève Paul Delahoutre, ces scores similaires recouvrent des réalités variées. Ces destinations n’ont clairement pas les mêmes atouts et inconvénients et répondront à des attentes différentes. Pour établir la note de chaque pays, douze critères sont pris en compte, qui pèsent différemment dans la note. » Le coût de la vie compte pour 20%, le climat pour 15%, l’intégration, les soins médicaux et la sécurité pour 10%, l’accessibilité, les loisirs, les infrastructures, les prix de l’immobilier, le patrimoine naturel, la cuisine et le patrimoine culturel pour 5% chacun.

Ainsi, si vous cherchez à diminuer sensiblement vos dépenses sans trop vous éloigner, et en restant dans le monde francophone, le Maroc sera une bonne option pour vous. Si l’aventure et la distance ne vous effraient pas, et si vous cherchez avant tout à économiser au quotidien, vous avez tout intérêt à vous envoler plutôt vers la Thaïlande ou Bali. Vous l’avez compris, à vous de faire votre propre palmarès, à partir des données que nous dévoilons et en fonction de vos priorités. 

(1) Sondage Opinionway de 2015.