Les Français jugent très sévèrement leur système de retraite. Ils sont ainsi 71 % à ne le considérer ni juste, ni efficace, comme le révèle l’enquête annuelle « Les Français, la retraite et l’épargne », dont les résultats 2018 ont été dévoilés mardi 3 avril.

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Sans surprise, les femmes portent un jugement encore plus critique : 77 % d’entre elles répondent que l’organisation actuelle est à la fois injuste et inefficace pour fournir un revenu correct à la retraite, indique l’étude, commandée par le Cercle de l’épargne et l’association d’assurés Amphitéa. Rappelons que les femmes touchent en moyenne une pension totale inférieure de près de 40 % à celles des hommes, hors réversion, selon les chiffres de la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques).

18 % des fonctionnaires attachés au système

Au final, seuls 13 % des sondés souhaitent un maintien du système actuel, nous apprend encore le sondage. Ils sont 53 % à appeler de leurs vœux un régime unique, et 34 % à réclamer des règles identiques pour tous, mais avec des caisses distinctes en fonction des statuts professionnels.

Et contre toute attente, les fonctionnaires, souvent accusés de bénéficier d’un mode de calcul des pensions plus favorable que les autres, ne prônent pas l’immobilisme : ils ne sont que 18 % à estimer qu’il faut conserver le système actuel, 46 % à souhaiter un régime unique, et 36 % à plébisciter des règles communes avec des caisses  distinctes. Ils ne sont en outre que 21 % à juger le système juste (contre 25 % de la population globale), et 16 % à le trouver efficace pour fournir un revenu correct à la retraite (c’est 20 % pour la population globale).

« Une demande égalitaire »

« La demande des Français est avant tout une demande égalitaire », analyse Jérôme Jaffré, directeur du  Centre d’études et de connaissances sur l’opinion publique (Cecop), qui a conduit l’enquête. En promettant dans son programme « un système universel de retraite où un euro cotisé donne les mêmes droits, quel que soit le moment où il a été versé, quel que soit le statut de celui qui a cotisé », Emmanuel Macron a incontestablement marqué des points, poursuit-il. 

Une refonte globale du système a en effet été promise par le gouvernement d’ici à l’été 2019, un haut-commissaire à la réforme a été nommé en septembre dernier pour coordonner les travaux, mais les contours de la nouvelle organisation n’ont pas encore été précisés. 

La retraite, un horizon qui s’éloigne…

« Cette majorité très nette des Français se prononçant pour l’unification des régimes, ou au moins des règles, prouve que tout le monde a le sentiment que son voisin est mieux traité, qu’il touche une meilleure pension », note de son côté Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’épargne. « C’est vrai pour les salariés, mais aussi pour les fonctionnaires qui déplorent notamment que leurs primes ne comptent pas dans le calcul de leur pension de base. »

Autre information de l’enquête publiée mardi : les moins de 35 ans sont 54 % à penser que l’âge légal de la retraite, l’âge minimum, sera pour eux sera au moins égal à 67 ans, alors qu’il est aujourd’hui fixé à 62 ans

« Les Français ont intériorisé l’idée de voir dans les prochaines années cet âge légal augmenter », souligne Jérôme Jaffré. « Tous âges confondus, les non-retraités ne sont plus aujourd’hui que 28 % à pronostiquer pour eux un âge légal inférieur à 65 ans, alors qu’ils étaient encore 38 % dans notre enquête de 2015 », ajoute-t-il.