Le moins que l’on puisse dire, c’est que la retraite mobilise. D’abord, la centaine de personnes qui a choisi de se rendre à ce premier atelier retraite organisé par les équipes de Jean-Paul Delevoye, Haut-Commissaire à la réforme des retraites. Ensuite, les quelques dizaines de militants CGT, réunis en comité d’accueil au pied du Palais des congrès Paris-Est Montreuil, immeuble dans lequel on va réfléchir, échanger et débattre de la refonte globale de notre système de retraite.
Le sujet est sérieux. Les participants et les nombreux observateurs, pour la plupart actuels travailleurs de la protection sociale, ne le sont pas moins. Organisation léchée, ambiance solennelle dès le départ : pas de temps à perdre, la journée va être dense, studieuse, chacun le pressent. Il en sera effectivement ainsi.

« Ressentir angoisses et espérances »

Pour ouvrir ce temps de réflexion participative, un préambule habité de Patrice Bessac, maire Front de gauche de Montreuil, pour le maintien d’une vraie solidarité. Suivi d’une introduction sans ambages de Jean-Paul Delevoye qui prévient que cette réunion citoyenne n’est pas « une démarche d’alibi » mais constitue, entre autres, « un moyen de ressentir angoisses et espérances ». Côté organisation, le cadre est également posé : il s’agit « d’un atelier sans filtre, mais pas sans règles » et il convient à chacun d’en suivre le déroulé. Ce que chacun, étonnamment impliqué, jeune ou moins jeune, salarié, fonctionnaire, indépendant ou professionnel libéral, actif ou déjà retraité, fera.
Place ensuite au panorama des 42 régimes actuels, aux grands principes et aux grands chiffres. Puis la discussion s’engage, table par table (il y en a une quinzaine…), avec un modérateur qui, à chaque fois, organise le débat et alimente des fiches pré-remplies pour une restitution et une analyse ultérieure des échanges.

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François, 50 ans, veut savoir par quel « requin il va être mangé »

Le bruit ambiant devient envahissant. Qu’importe : chacun explique sa présence à sa façon. Sylvain, 57 ans, retraité de fraîche date de l’aviation civile, est ici « de façon citoyenne et personnelle ». François, 50 ans, fonctionnaire « anticipe simplement son avenir et veut savoir par quel requin il va être mangé ». Un questionnaire à remplir de façon anonyme circule ensuite, sorte d’évaluation des connaissances réelles de chacun sur le fonctionnement de l’actuel système des retraites, les changements potentiels et les enjeux. La matinée est parfaitement rythmée, disciplinée même : personne ou presque n’ose se lever pour aller prendre un café ou se dégourdir les jambes, alors que la température ambiante (au sens propre…) grimpe véritablement.

Il est vrai que le Haut-Commissaire a repris la main et que sa parole diffuse : « La loi devrait être votée en 2019 (…). Ceux qui partiront avant 2025 ne seront pas concernés par la réforme (…). La transition sera donc progressive et non brutale (…). Le futur système en points n’interdit pas un système de solidarité (…). Il va nous falloir savoir jusqu’où nous voulons être solidaires (…) Non, je ne crois pas au référendum mais au temps de la discussion avec les partenaires sociaux (…) Il existe un certain nombre de sujets clivants et sensibles… ».

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Place au déjeuner cette fois. Aucune bousculade autour du buffet (couverts en bois, mais profusion de gobelets en plastique…!) : les échanges se poursuivent, de façon plus choisie entre participants et professionnels de la retraite. Puis, l’après-midi est là. La réflexion participative aussi. C’est l’heure du « brain-storming » sur un sujet que les participants de chaque table vont tirer au sort. Là encore, l’organisation ne faillit pas : des fiches récapitulatives, exposant brièvement la situation et reprenant quelques propositions laissées sur la plateforme en ligne sont là pour nourrir, orienter les débats. Il est vrai que ceux-ci, table par table, de façon récurrente, ont tendance à déraper rapidement sur l’exposé des situations individuelles, si ce n’est sur les ressentis personnels…

« Nous ne cherchons pas le consensus »

C’est bien là toute la limite de ce type de concertation : arriver à faire prendre de la hauteur, à se détacher de son parcours de vie ou de sa carrière professionnelle, pour véritablement faire ressortir ce que le collectif peut avoir de meilleur. Tour de force? L’atelier général de fin de partie montre que ce type d’émergences est possible. Son thème n’est pourtant pas facile : « Comment améliorer la couverture retraite dans le cadre des nouvelles formes de travail »? Précarité des contrats de travail et « ubérisation » sont dans toutes les têtes… La restitution sera pourtant prometteuse. Concentré, Jean-Paul Delevoye note les propositions : instauration d’une cotisation plancher pour garantir à tous une pension minimale, possibilité de moduler ses cotisations retraite lors d’années fastes, possibilité d’élargir le socle des cotisations retraite à d’autres sources de financements comme les revenus du capital ou encore taxation spécifique des plates-formes en ligne qui recourent de façon exclusive à des micro-entrepreneurs… « Nous ne cherchons pas le consensus. Il faut que nous trouvions un choix parmi ces éclairages (…), même si l’on s’aperçoit que certains points de convergence sont forts » conclut le Haut-Commissaire à la réforme des retraites. Il est 17h, c’est le clap de fin : le timing initial de ce premier atelier a été parfaitement respecté. Place aux suivants.

En pratique :

• Les 7 autres ateliers auront lieu à Lorient (18 septembre), Arras (20 septembre), Strasbourg (2 octobre), Toulon (5 octobre), Angoulême (17 octobre), Dijon (19 octobre) et Toulouse (28 octobre).

• Les informations pour s’inscrire et participer aux prochains ateliers