DERNIERE MINUTE / mercredi 10 octobre >>> Le gouvernement lève enfin le voile sur les grands principes du futur système de retraite et il y a de la satisfaction du côté des syndicats… et quelques craintes 

C’est une règle quasi absolue en matière de chantiers à hauts risques : même lorsque les délais sont semblent-ils largement anticipés, ils sont rarement respectés! Et lorsque ce type de chantier vise à (re)construire l’actuel système de retraite, changement majeur s’il en est puisqu’il participe d’un réel projet de société et concerne tout-un-chacun, jeune ou moins jeune, tous statuts professionnels confondus, on ne s’étonnera pas du décalage annoncé à mots couverts il y a quelques jours par Jean-Paul Delevoye, Haut-Commissaire à la réforme des retraites, et confirmé depuis par son cabinet. En clair, il ne faut plus s’attendre à entrevoir les premières propositions visant à réformer notre système des retraites voulues par Emmanuel Macron au cours du premier trimestre 2019, comme cela avait été annoncé, mais nettement plus tard… sans qu’aucune date précise ne soit pour le moment arrêtée.

Les raisons d’un report

Pourquoi un tel décalage? Plusieurs pistes peuvent être évoquées. La première, la plus simple, tient à l’ampleur et à la complexité de la tâche. Absorber les règles des 42 régimes de retraite actuels pour les fondre demain dans un seul et même régime qui serait universel – mais pas unique puisqu’il comprendrait des spécificités et des exceptions – tient véritablement du tour de force. Philippe Pihet, secrétaire confédéral FO en charge des retraites parle même de « monstruosité de la réforme »!  La seconde tient aux évidents risques de contestation qui ne manqueront pas d’émerger au fur et à mesure que les grands axes de ce chantier d’envergure seront dévoilés : maintien ou non de l’âge légal de départ actuel à 62 ans, instauration de mécanismes de décote incitant les seniors à travailler plus longtemps, maintien des droits dits non contributifs qui profitent, par exemple, aux personnes en arrêt maladie, aux chômeurs, maintien des avantages familiaux, etc.

Risques que l’équipe de Jean-Paul Delevoye tente depuis le début de canaliser, notamment via la mise en place de divers dispositifs de concertation : site de consultation citoyenne pour faire émerger des idées nouvelles mais aussi pour mesurer les résistances sur des points particulièrement sensibles, ateliers participatifs de réflexion dans plusieurs grandes villes françaises, réunions périodiques de concertation avec les représentants des organisations syndicales et patronales, comme celle qui doit se dérouler ce mercredi 10 octobre au Ministère des solidarités et de la santé….

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De ce fait, la présentation des nombreuses mesures de cette réforme structurelle se doit de faire l’objet d’une communication (au sens large) sans faille, ce qui est moins évident qu’il n’y parait, et ce qui peut expliquer pour partie le report actuel… Pour mémoire, il suffit de se souvenir comment, au printemps dernier, une simple phrase dans un document de travail à destination des organisations syndicales, interrogeant sur le devenir des pensions de réversion, a mis le feu aux poudres, donnant lieu à d’innombrables interprétations, craintes et polémiques!

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La troisième piste, plus subtile, tient au hasard du calendrier. Le 26 mai 2019, les Français seront en effet appelés à voter pour leurs députés européens et ils pourraient être tentés de manifester leur mécontentement dans les urnes… Un (nouveau) risque que le gouvernement peut chercher à minimiser par tous les moyens, en temporisant, et l’on comprend pourquoi : avec les différentes mesures qui sont venues contraindre les pensions des retraités ces derniers mois (hausse de la CSG…), il y a fort à parier qu’une partie de cet électorat ait d’ores et déjà les yeux rivés ailleurs!