Il faut savoir colporter les bonnes nouvelles : notre système de retraite contient quelques dispositifs efficaces pour vous fabriquer une retraite à la carte. Leur nom ? Départ anticipé, rachat de trimestres, cumul emploi retraite, retraite progressive, etc. Peu mis en avant par les caisses de retraite, ces leviers restent méconnus, donc sous-utilisés. Il est temps de vous y intéresser pour partir le plus tôt possible et/ou améliorer vos revenus de retraité. Même si vous êtes loin de l’échéance, certaines mesures vous seront utiles.

Sans surprise, chaque disposition est hyperréglementée. Dans un premier temps, la priorité sera donc de savoir si vous pouvez y prétendre. Pour autant, il ne faudra pas foncer tête baissée. Posez-vous toujours la question triviale : est-ce rentable ? Pour cela, mesurez le retour sur investissement de l’opération, c’est-à-dire les mois ou années de retraite nécessaires pour amortir son coût. Exemple : faut-il racheter des trimestres ? La décision la plus rationnelle dépendra toujours de ce calcul.

A LIRE >>> Retraites: les pensions complémentaires du privé vont augmenter de 0,6% en novembre

1 – Départ anticipé : et si vous pouviez prendre votre retraite avant 62 ans ?

C’est entendu, l’âge légal à partir duquel la retraite peut être versée est fixé à 62 ans. Foi de sondages, une majorité de Français aspirent à s’arrêter plus tôt. Mais savent-ils vraiment qu’il existe des possibilités de départ anticipé pour ceux qui ont commencé à travailler jeune ? Ce dispositif issu de la réforme Fillon de 2003, revu sous le quinquennat Hollande, a toujours cours.

Vous pouvez partir dès 60 ans ou avant, à condition que votre relevé de carrière comporte au moins cinq trimestres cotisés avant la fin de l’année civile de votre seizième anniversaire pour partir avant 60 ans, de votre vingtième anniversaire pour un départ à 60 ans (quatre trimestres suffisent si vous êtes né au cours du dernier trimestre de l’année). Autre condition, vous devez réunir un nombre de trimestres cotisés minimum, variable selon l’année de naissance. Précision importante, certaines périodes « assimilées » (chômage, maladie…) peuvent être prises en compte.

Avis aux personnes hésitantes ! A vos débuts, vous avez cumulé petits boulots et jobs d’été ? Avez-vous bien vérifié si vous pouviez bénéficier de ce dispositif ? Quiconque peut prétendre à un départ anticipé doit saisir la perche autant pour des raisons de choix de vie que pour un motif financier. Dès lors, vous pourrez notamment cumuler salaire et retraite, dans une certaine limite toutefois, jusqu’à ce que vous ayez atteint l’âge légal de départ en retraite. Attention, la possibilité de départ anticipé n’est pas étudiée par les caisses de retraite dans les documents d’information qu’elles vous envoient à 55 ans puis 60 ans. Le calcul définitif de votre retraite vous est adressé à… 62 ans. Pour bénéficier du dispositif, il vous faudra en faire la demande à un service particulier de la caisse.

2 – Le rachat de trimestres, un dispositif à étudier au cas par cas

Pourquoi racheter des trimestres de retraite ? Pour permettre d’avancer votre départ en retraite à 62 ans (ou après, selon les situations) s’il vous manque des trimestres pour une retraite à taux plein. Tout le monde peut bénéficier de ce dispositif, de 20 à 67 ans, tant que la pension n’est pas liquidée. Vous pouvez racheter des trimestres pour vos années incomplètes, celles pour lesquelles vous avez acquis moins de quatre trimestres.

Pour cela, il faut au moins justifier d’un « report », c’est-à-dire un trimestre validé dans l’année ou un salaire perçu, même s’il n’a pas permis d’acquérir un trimestre. Le rachat concerne également vos années d’études supérieures, si vous n’avez pas travaillé durant cette période. Il s’applique aussi aux années passées à l’étranger.

Le prix du trimestre ? Plus vous êtes jeune, moins c’est onéreux. Le coût est aussi déterminé en fonction de vos revenus d’activité et de l’option retenue (selon que votre rachat porte seulement sur le taux ou sur le taux et la durée d’assurance). Passé 50 ans, il vous faut actuellement débourser entre 2 672 euros et 6 684 euros, une somme déductible du revenu imposable (hors année blanche). Alors, qui a intérêt à racheter ? C’est à voir au cas par cas. Appuyez-vous sur le simulateur du régime général ou sur les études d’une société experte si les enjeux financiers sont lourds. Surtout, soyez lucide : « quand on rachète des trimestres, on commence par perdre de l’argent, insiste Dominique Prévert, associé au cabinet de conseil Optimaretraite. La dépense doit être mise en regard du gain de retraite futur. »

Inutile d’opter pour le rachat si vous comptez partir à taux plein à 67 ans, ou s’il vous manque encore vingt trimestres après cette opération. Inversement, cette solution a beaucoup de sens si elle vous permet d’atteindre le taux plein et que votre carrière a généré beaucoup de points dans les régimes complémentaires. Cela vous évitera d’y subir des décotes importantes. Enfin, le retour sur investissement sera d’autant plus assuré que le rachat vous procurera une forte baisse de vos impôts actuels.

3 – Cumulez votre retraite avec une activité professionnelle sans aucune contrainte

Dissipons d’emblée une confusion : faire valoir ses droits à la retraite, ce n’est pas forcément arrêter de travailler. Saviez-vous qu’il est possible, dans un grand nombre de cas, de percevoir votre retraite et de reprendre une activité professionnelle, et ce sans aucune contrainte ? A la condition d’avoir au moins 62 ans et d’avoir liquidé sa (ses) retraite(s) à taux plein dans tous les régimes (ou d’avoir atteint l’âge du taux plein, soit 67 ans).

A défaut, certains plafonds vous seront imposés. Est-il intéressant de liquider d’abord sa retraite puis de recommencer à travailler ? Financièrement, vous aurez beaucoup à y gagner, notamment si votre « carrière » est derrière vous et ne vous apporte plus de gain majeur pour votre future pension (voir infographie, page suivante). Ce n’est pas tout. En liquidant votre pension, vous ne serez plus dans l’incertitude d’une modification des règles. Seul inconvénient : en reprenant une activité, vous cotisez de nouveau à un régime de retraite sans pour autant améliorer vos droits.

A LIRE >>> Perp, perco… Ce que la loi Pacte va changer pour les produits d’épargne retraite

Pour les artisans et les commerçants, il faudra produire une attestation de cessation d’activité pour informer les caisses. Pour le salarié souhaitant continuer dans la même entreprise, le contrat de travail sera rompu, le solde de tout compte versé et il sera réembauché une fois sa retraite liquidée. Mais on peut aussi cumuler sous un autre statut, par exemple en indépendant.

4 – Surcote, retraite progressive, rachat de points… Explorez des solutions méconnues

La retraite progressive, vous connaissez ? C’est être à la retraite sans y être vraiment puisque vous continuez à travailler à temps partiel tout en percevant une partie de votre pension. Exemple : vous effectuez un temps partiel de 60 %, votre pension vous est servie à 40 %. Après votre cessation définitive d’activité, vous touchez votre pension majorée des droits acquis pendant le temps partiel. Séduisant, mais il faut avoir au moins 60 ans et avoir validé 150 trimestres pour accéder au dispositif. A creuser pour qui veut décrocher en douceur.

Inversement, il y a les accrocs du boulot. En continuant à travailler alors qu’ils pourraient bénéficier du taux plein, ils accumulent 1,25 % par trimestre supplémentaire. Pour deux années, cela fera 10 % de plus sur votre retraite de base… mais pas sur vos complémentaires, ce qui rend ce dispositif moins efficace que le cumul emploi retraiteProlonger votre activité professionnelle peut toutefois vous permettre d’améliorer votre salaire moyen, pris en compte lors du calcul de la pension. En outre, en cotisant plus longtemps, vous continuez à acquérir des points dans les régimes complémentaires.

Les complémentaires, parlons-en. Pour les cadres, elles pèsent près des deux tiers des revenus perçus à la retraite. Vous pouvez, sous conditions, racheter des points, 210 au plus. Mais le gain est assez faible, même si la dépense est déductible du revenu imposable. Les professions libérales, elles, ont tout intérêt à surcotiser à leur caisse de retraite complémentaire, ce qui leur assurera un rendement plus élevé que celui d’un contrat d’épargne. Cette possibilité n’est pas ouverte aux autres statuts.

Enfin, à l’approche de la retraite, si vous avez des trimestres à valider, pensez à la possibilité de travailler à temps partiel tout en cotisant sur un salaire à temps plein, à celle de cotiser volontairement à certains régimes de retraite, etc.