Cafouillage autour de l’âge de départ à la retraite : « un loup » pourrait-il « bientôt sortir du bois »?

Un colloque organisé ce jeudi au Sénat a notamment montré les craintes existantes autour d’un allongement de l’âge minimal de départ en retraite. Craintes que le Haut-Commissaire en charge de la réforme a tenté, à sa façon, de désamorcer.

Sans surprise donc, la question de l’âge minimal de départ en retraite a été amplement commentée. Crédit: iStock.

En dépit des démentis et des rétropédalagessuccessifs et récents de différents membres du gouvernement, suite aux propos de la Ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn sur la modification éventuelle de l’âge minimal de départ en retraite, le débat est loin d’être clos. Et suscite encore de nombreuses inquiétudes.

C’est ce qui ressort du colloque organisé ce jeudi au Sénat sur les retraites, en présence de Jean-Paul Delevoye, le Haut-Commissaire à la réforme des retraites. L’objectif premier de ce colloque, qui suit de près celui organisé il y a une dizaine de jours à l’Assemblée nationale, était de donner la parole aux partenaires sociaux. Plus précisément, les représentants de 11 organisations syndicales et patronales sont venus, 10 minutes chacun, s’exprimer sur ce qu’ils attendaient de la future réforme systémique des retraites, sur leurs revendications et sur leurs « lignes rouges » à ne pas franchir.

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Pour mémoire, organisation par organisation, et semaine après semaine depuis près d’un an, les partenaires sociaux sont concertés par les équipes de Jean-Paul Delevoye pour s’exprimer sur les innombrables points techniques, politiques ou sociaux d’une telle réforme. Une « méthode », une « écoute » et un « climat de confiance » que tous ont d’ailleurs largement salués…

La cacophonie actuelle sur l’âge de départ était très présente…   

Sans surprise donc, la question de l’âge minimal de départ en retraite a été amplement commentée. Pour la quasi totalité des partenaires sociaux, cet âge doit rester fixé à 62 ans, comme cela est le cas actuellement : « il ne peut y avoir à la fois une loi qui tricote et une loi qui détricote », c’est à dire une réforme systémique qui serait accompagnée d’une réforme paramétrique modifiant l’âge de départ en retraite selon Frédéric Sève (CFDT).

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Pour Serge Lavagna (CFE-CGC), le débat sur la question reste « très confus » et pour Catherine Perret (CGT) la « cacophonie actuelle » montre « qu’il y a un loup et que le loup pourrait bientôt sortir du bois ». A contrario, Claude Tendil (MEDEF) voit dans les 62 ans actuels une « anomalie européenne » et émet l’idée d’un « glissement de l’âge de départ de 2 ou 3 mois supplémentaires par an pour aller vers 64 ans ».

Sur ce point crucial, se voulant tout à la fois ferme et rassurant sur ses « engagements » personnels, Jean-Paul Delevoye a indiqué en clôture du colloque combien ceux-ci ne devaient « pas être remis en cause », y compris face à des « réflexes budgétaires ». Et de souligner qu’à 62 ans, un salarié sur deux était actuellement soit au chômage, soit en inactivité… « Quand il y a une tempête médiatique, il faut laisser retomber les poussières » a-t-il subtilement  glissé.

D’autres inquiétudes ou interrogations se font jour également

Autre point abordé par nombre de partenaires sociaux : le niveau des pensions. Si tous s’accordent à souligner qu’il ne doit pas diminuer, certains y sont évidemment plus sensibles que d’autres. Robert Verger (FNSEA) a ainsi indiqué avoir « un vrai handicap sur le niveau de nos pensions » et demander que « la  retraite minimale des agriculteurs soit fixée à 85% du SMIC et non à 75% du SMIC comme c’est le cas aujourd’hui ».

Philippe Pihet (FO) a exprimé pour sa part ses craintes de voir les pensions minorées du fait notamment « d’une valeur du futur point unique que l’on connaîtra pas à l’issue de la concertation, mais en 2025 seulement… ». Dans le même esprit, les mécanismes de solidarité, c’est-à-dire les droits non contributifs attribués aujourd’hui lorsqu’un actif connait une période d’interruption de travail (pour enfants, mais aussi pour maladie ou chômage notamment) et qui permettent de ne pas voir drastiquement chuter le niveau des pensions, doivent « rester dans le champ de la retraite » pour Catherine Perret (CGT) et pour Jean-Louis Deroussen (CFTC) il est important « de montrer que le contributif et la solidarité, c’est un tout ».

Enfin, la question de l’opportunité d’une réforme a clairement divisé. D’un côté, certains représentants des organisations syndicales (FO, CGT, CFTC, MEDEF…)  ont reconnu n’avoir pas été « demandeurs » en dépit d’un système actuel jugé illisible et complexe, tandis que d’autres ont plus ou moins fort (ré)affirmé le contraire (CFDT, FNSEA, CPME…). La création d’un système unique par points et la disparition de la notion de durée d’assurance (ou annuités nécessaires pour faire valoir ses pensions à taux plein) ont également fait débat.

Enfin, la question de la pénibilité (ndlr : question que les partenaires sociaux doivent aborder avec Jean-Paul Delevoye dans les semaines qui viennent) qui n’est pas prise en compte dans le secteur public comme l’ont respectivement souligné Dominique Corona (UNSA) et Bernadette Groizon (FSU) a elle aussi été pointée.

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