Retraites: les partenaires sociaux font monter la pression sur l’exécutif

Les concertations sur la réforme des retraites va toucher à sa fin. Mais rien n’est encore tranché entre un exécutif divisé et des partenaires sociaux campés sur leurs positions.

Pour la CFDT, "Il faut que les engagements soient tenus, sinon il n'y aura plus de sens à discuter". Crédit: iStock.

A quelques semaines du terme de la concertation sur la réforme des retraites, l’exécutif se divise sur l’âge de départ tandis que syndicats et patronat affichent clairement leurs positions, entre claquage de portes et contre-projets. Après 18 mois de concertation, même le Medef s’impatiente. « Il faut sortir de l’ambiguïté », a lâché son président, Geoffroy Roux de Bézieux, lors d’une conférence de presse jeudi.

Certes, les nombreuses réunions techniques avec le haut-commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, « n’ont pas servi à rien », mais « plus on le voit, moins on en sait », a-t-il ironisé.

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Le patronat propose un relèvement de l’âge légal de départ, de 62 ans aujourd’hui à 64 ans en 2028. De quoi assurer, selon le Medef, l’équilibre financier du système de retraite et plus encore: 17 milliards d’euros pour « la prise en charge de la dépendance et l’adaptation de l’offre de soins aux pathologies du vieillissement ».

Delevoye arc-bouté sur 62 ans

Assez pour convaincre M. Delevoye de changer son fusil d’épaule? Le haut-commissaire reste arc-bouté sur le maintien de l’âge légal à 62 ans, promis par Emmanuel Macron, malgré les coups de boutoir de plusieurs ministres. Depuis un mois, Edouard Philippe, Agnès Buzyn, Gérald Darmanin et Bruno Le Maire ont tour à tour plaidé pour un allongement de la durée du travail.

Le haut-commissaire devait justement les retrouver jeudi midi à Matignon. Pour « un point de restitution de l’avancement des discussions » avec les partenaires sociaux, selon une source gouvernementale. Ou pour « une réunion d’arbitrage classique », selon une autre source gouvernementale.

Un signe supplémentaire de la « polyphonie » du pouvoir qui a poussé M. Delevoye à exiger une « clarification » en faisant planer la menace de sa démission.

La tension monte côté syndicats

La tension monte aussi du côté des syndicats. Mercredi, Force ouvrière a décidé de « suspendre sa participation » à la concertation pour « ne pas apparaître comme cautionnant une réforme décidée sans réelle prise en considération » de ses revendications. Un départ symbolique, annoncé juste avant la dernière session avec le haut commissaire, programmée début mai, et dans la logique d’une organisation qui répète depuis le départ qu’elle n’est « pas en accord avec un projet allant vers un régime universel à points ».

Si elle a claqué la porte, FO a prévenu qu’elle « n’entend pas rester indifférente » aux futures décisions et qu’elle « appuiera toute initiative de ses fédérations en charge des régimes spéciaux » et de la fonction publique.

Plus déterminée, la CGT s’est déjà attelée à « construire des mobilisations » contre une réforme « où tout le monde sera perdant », prévenait fin mars sa secrétaire confédérale Catherine Perret, espérant « que l’ensemble des salariés et la jeunesse se lèvent ».

En attendant, la centrale de Montreuil a mis sur la table une contre-réforme qui coûterait au moins 100 milliards d’euros « à l’horizon 2050 », avec notamment « un droit au départ à 60 ans », et a exigé « la tenue immédiate » d’une « réunion multilatérale » afin que le gouvernement « présente dans les moindres détails son projet de régression sociale ».

Même la CFDT, qui comptait sur cette réforme « systémique » pour améliorer certains dispositifs comme les carrières longues ou le compte pénibilité, commence à douter ouvertement. Le premier syndicat français souhaite « que les engagements d’un jour ne deviennent pas les reniements du lendemain », a mis en garde le mois dernier son secrétaire général, Laurent Berger, rappelant le serment donné en octobre par Mme Buzyn et M. Delevoye.

« Ils ont dit très clairement il est hors de question de toucher à l’âge légal (et) ce ne sera pas une réforme financière », a-t-il souligné, mettant en garde l’exécutif: « Il faut que les engagements soient tenus, sinon il n’y aura plus de sens à discuter ».

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