Retraites: 10 milliards de déficit à solder avant la réforme Macron

Selon les dernières prévisions du Conseil d’orientation des retraites, le besoin de financement atteindra 0,4% du produit intérieur brut. Le retour à l’équilibre est par conséquent reporté à 2042.

Le relèvement de l'âge de départ, qui remonte déjà depuis la réforme de 2010 et a atteint 62,7 ans en 2018. Crédit: iStock.

Le système de retraite français sera en déficit d’environ 10 milliards d’euros en 2022, selon les dernières prévisions du Conseil d’orientation des retraites (COR), dont l’AFP a obtenu copie mardi à quelques semaines des grands arbitrages sur la réforme « systémique » voulue par Emmanuel Macron.

Il y a deux ans à peine, le candidat Macron affirmait dans son programme que « le problème des retraites (n’était) plus un problème financier ». L’heure était à l’optimisme, le COR voyait le système de retraite revenir à l’équilibre dès le milieu des années 2020 et même « dégager des excédents à plus long terme ».

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On en est loin désormais: à la fin du quinquennat, le « besoin de financement » atteindra 0,4% du produit intérieur brut (PIB), soit environ 10 milliards d’euros, selon le rapport annuel qui sera officiellement présenté aux membres du COR jeudi. Cette prévision s’est sensiblement « dégradée » depuis le précédent rapport du COR, qui tablait mi-2018 sur un « solde négatif » équivalant à 0,2% du PIB en 2022, soit environ 5 milliards d’euros.

La différence s’explique par des évolutions divergentes entre les dépenses, stables à 13,8% du PIB, et les recettes qui vont diminuer à 13,4% d’ici 2022. Une baisse liée à « la maîtrise des dépenses publiques à travers (celle) des rémunérations et de l’emploi » des fonctionnaires, ce qui « se traduit par des ressources moindres pour le système de retraite et une dégradation du solde », explique le COR.

Pas de retour à l’équilibre avant 2042

Le retour à l’équilibre, espéré l’an dernier pour 2036 dans le meilleur des cas, est par conséquent reporté à 2042 dans le scénario le plus favorable, avec une productivité en hausse de 1,8% par an.

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Avec un taux de 1,5% par an, il faudrait attendre 2056. En-deçà, « le système de retraite resterait durablement en besoin de financement ».

Ces nouvelles projections financières compliquent l’équation du gouvernement, qui doit présenter en juillet la réforme voulue par le chef de l’Etat  censée remplacer la multitude de régimes existants par un « système universel » où « un euro cotisé donne(ra) les mêmes droits » à tous.

Le futur « système universel » pas avant 2025

Un chantier titanesque confié depuis septembre 2017 à l’expérimenté Jean-Paul Delevoye, qui a mené à bien une longue concertation avec les partenaires sociaux, émaillée de polémiques sur les pensions de réversion et l’âge légal de départ en retraite. Les dernières rencontres bilatérales remontent à début mai, même si depuis, « les échanges se poursuivent » de manière informelle, selon une source syndicale.

M. Delevoye doit remettre en juillet ses recommandations au gouvernement, qui devrait largement s’en inspirer pour rédiger son projet de loi attendu en septembre. L’entrée en vigueur du futur « système universel » n’est cependant envisagée qu’à partir de 2025 au plus tôt, ce qui ne permet pas de combler le « besoin de financement » à court terme.

Le rapport du COR rappelle que « trois leviers » existent « pour équilibrer le système de retraite »: le taux de prélèvement, le niveau des pensions et l’âge de départ. L’exécutif a déjà activé le premier en 2018 (hausse de la CSG), puis le second en 2019 (revalorisation des pensions inférieure à l’inflation), avant de faire en partie marche arrière face à la grogne des retraités.

Reste donc le relèvement de l’âge de départ, qui remonte déjà depuis la réforme de 2010 et a atteint 62,7 ans en 2018, son niveau le plus haut depuis 1982 selon l’Assurance vieillesse. Un âge moyen qui se stabilisera « à environ 64 ans à partir de la fin des années 2030 », selon le COR, du fait de l’allongement de la durée de cotisation requise pour une retraite à taux plein, qui passera à 43 ans pour la génération 1973. Le gouvernement pourrait toutefois être tenté d’accélérer cette mesure-phare de la réforme de 2014, pour remettre les compteurs à zéro avant de changer les règles du jeu.

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