Réforme des retraites : comment miner la confiance des Français en 4 étapes

Janvier 2019 : les Français considèrent en majorité que notre système de retraite « fonctionne mal » (57 %), qu’il est « injuste » (64 %). Les deux-tiers se disent alors favorables à la mise en place d’un système universel à points et seuls 33 % sont « opposés », selon un sondage Elabe.

Six mois plus tard, plouf : une enquête du même institut révèle que la réforme n’a plus que 27 % de partisans, contre 47 % d’opposants. Pire, les sondés ne croient même plus en la lisibilité des futures règles, alors que la complexité du système actuel était le premier argument d’Emmanuel Macron dans son programme présidentiel pour justifier son envie de big bang. Si en janvier, 7 personnes interrogées sur 10 voyaient dans le dispositif en gestation une « simplification du suivi de ses cotisations de retraite tout au long de sa carrière », seules 29 % estiment désormais que « le système et le calcul des pensions seront plus facilement compréhensibles ».

Chute du soutien des jeunes

Pire encore, le régime universel a perdu la confiance des plus jeunes. Les 18-24 ans soutenant la réforme étaient 73 % en janvier, ils ne sont plus que 19 % en juillet (taux d’adhésion le plus faible). Le pourcentage est passé de 68 à 21 % pour les 25-34 ans.

Les acteurs de la réforme se sont pourtant époumonés à expliquer vouloir réconcilier ce public avec le système…  « Qui n’a jamais entendu un jeune affirmer qu’il n’aura pas les mêmes droits à la retraite ? Nous avons l’obligation de répondre à cette inquiétude », affirmait par exemple la ministre des Solidarités Agnès Buzyn en 2018 au Sénat. La confiance est en effet cruciale dans un système par répartition basé sur un contrat entre les générations, dans lequel les actifs cotisent pour les retraités en croisant les doigts pour que les suivants perpétuent la tradition.

Les polémiques récentes

Comment expliquer une telle fonte de confiance ? Un élément propre aux sondages complique leur lecture : entre les deux enquêtes, les réponses possibles ont changé, l’institut proposant en juillet aux sondés un nouvel item central « ni favorable, ni opposé », qui brouille les pistes. Il est en outre classique que plus une réforme entre dans le dur, plus des détails fuitent, plus elle perd des partisans au passage.

Mais c’est surtout au gré de polémiques récentes que le système universel a vu sa cote dégringoler. Polémiques alimentées, voire suscitées souvent, par l’exécutif lui-même. Ce dernier aurait voulu délibérément tuer sa réforme dans l’œuf qu’il ne s’y serait pas mieux pris… Alors que le haut-commissaire Jean-Paul Delevoye doit enfin dévoiler ses recommandations pour le futur dispositif ce jeudi 18 juillet, retour sur quatre épisodes qui, depuis le lancement des travaux fin 2017, ont miné la popularité d’une réforme à l’origine plutôt bien vue.

Le couac « réversion »

Doit-on maintenir les pensions de réversion ? La question, figurant abruptement dans un document de travail transmis aux syndicats et au patronat mi-juin 2018, fut à l’origine d’un premier incident. La concertation sur des points ciblés en est alors encore à ses débuts et on n’est pas encore habitué à la « méthode Delevoye » – poser à ses interlocuteurs toutes les questions, y compris les plus taboues.

Si Jean-Paul Delevoye et Agnès Buzyn rassurent quelques jours plus tard en martelant qu’il n’est pas question de supprimer ce dispositif bénéficiant aux veufs et veuves, d’autres déclarations sur le niveau de ces pensions pour les futurs bénéficiaires ont rapidement de nouveau inquiété. Notamment cette phrase d’Emmanuel Macron : « aucun bénéficiaire actuel ne verra sa pension de réversion diminuer ne serait-ce que d’un centime ».

Et alors que l’affaire s’était calmée, Agnès Buzyn avait remis le feu aux poudres en laissant entendre que seules les femmes n’ayant pas travaillé aurait droit au dispositif à l’avenir…  Le seul point qui semblait alors limpide en cet été 2018, c’est que la communication sur la réforme s’annonçait chaotique !

Les 62 ans sur le tapis

L’épisode « réversion » fait toutefois figure de hors-d’œuvre à côté de la polémique sur l’âge minimal de la retraite du printemps 2019. Emmanuel Macron et Jean-Paul Delevoye s’étaient engagés à ne pas reculer les 62 ans actuels. Alors quand Agnès Buzyn, ministre en charge de la réforme, lance en mars qu’elle n’est « pas hostile » à un report de cet âge à 65 ans, elle ouvre la voie à des semaines de cacophonie gouvernementale et à une levée de boucliers côté syndicats, qui s’estiment trahis alors qu’ils participent chaque semaine ou presque depuis un an aux concertations du haut-commissariat. De quoi rappeler que le projet dessiné par Jean-Paul Delevoye au fil des mois a des adversaires au sein même de l’exécutif.

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L’incompréhension gonfle encore quand le Premier ministre Edouard Philippe laisse entendre que l’âge pourrait être reculé non pas dans le cadre de la réforme des retraites, mais pour financer la dépendance, une loi sur le sujet ayant été annoncée pour la fin 2019. Alors que la concertation sociale arrivait quasi à son terme et que la méthode utilisée était, chose rare, quasi unanimement saluée par les partenaires sociaux, Force ouvrière claque la porte ; elle ne participera plus aux discussions.

Réforme paramétrique, le retour…

Si le chef de l’Etat a fini par confirmer fin avril le maintien des 62 ans, la question du « travailler plus longtemps » a aussitôt rebondi dans le cadre de la préparation des lois budgétaires de 2020, les comptes de la Sécurité sociale étant annoncés plus mal en point que prévu. D’où la tentation d’économiser rapidement sur les retraites…

La rumeur de l’inscription d’une mesure applicable dès 2020 (donc bien avant l’entrée en vigueur de la réforme prévue en 2025) dans le prochain budget de la Sécurité sociale (PLFSS), qui doit être présenté à la rentrée, a progressivement enflé. Le gouvernement aurait envisagé plusieurs pistes pour inciter les seniors proches de la retraite à retarder leur départ – allonger le nombre de trimestres requis pour le taux plein, instaurer vite un âge pivot sous lequel la pension serait minorée, ou encore durcir la décote de ceux qui manquent de trimestres. Le hic, c’est qu’Emmanuel Macron avait annoncé que contrairement à ses prédécesseurs, il ne modifierait pas les paramètres du système (trimestres, âge minimal, cotisations…) mais qu’il lancerait une réforme « systémique », à budget constant, visant à le rendre plus lisible et équitable, à l’adapter aux évolutions professionnelles et sociétales, etc.

Ce fut alors au tour de la CFDT, pourtant partisane d’une vaste réforme, de sortir de ses gonds. Si la réforme « est doublée d’une mesure applicable dès 2020, par exemple l’augmentation de la durée de cotisation, la discussion sera terminée pour la CFDT », a averti il y a une semaine son secrétaire général Laurent Berger. Rien de plus efficace pour rendre la réforme impopulaire que de l’accompagner, même à quelques mois d’intervalle, de mesures paramétriques.

Selon les dernières informations des Echos, datant de ce jeudi, le gouvernement aurait toutefois, après des semaines de tergiversations, finalement renoncé à l’idée d’introduire des mesures d’économies sur les retraites applicables dès 2020 dans le prochain PLFSS. En revanche, toujours selon le quotidien économique, « le redressement de la trajectoire comptable de l’assurance-vieillesse sera inclus dans le projet de loi de réforme systémique [la réforme des retraites, donc, ndlr]», dont la présentation est attendue en décembre et le vote en 2020. Il serait toujours d’actualité de décider de mesures de rigueur pour l’avant-2025. Le gouvernement pourrait annoncer sa décision sur ce point jeudi, en même temps que la présentation des recommandations de Jean-Paul Delevoye sur la réforme.

Les quasi-retraités dans la ligne de mire

Que des mesures d’économies soient prises ou non au final pour l’avant-2025, et quelles qu’elles soient, le simple fait que le gouvernement ait pensé à changer les règles de départ de seniors très proche de la retraite (en leur imposant de cotiser davantage de trimestres pour décrocher le taux plein par exemple) ne peut que s’avérer là encore que délétère pour l’image de la future réforme et la confiance dans les engagements pris. Cette population se croyait en effet à l’abri, puisqu’il avait été martelé, depuis la campagne présidentielle, que les nouvelles règles ne toucheraient pas les personnes à moins de cinq ans du départ lors du vote de la réforme.

Aurélie Blondel

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Aurélie Blondel

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