Réforme des retraites : J-2 avant la remise au gouvernement du rapport du haut-commissaire Delevoye

Après 18 mois de concertation, place aux annonces: le haut-commissaire à la réforme des retraites Jean-Paul Delevoye dévoile ce jeudi ses préconisations pour le futur «système universel» promis par Emmanuel Macron, alors que la menace d’économies dès 2020 s’est dissipée.

En présence de la ministre des Solidarités Agnès Buzyn, le haut-commissaire recevra dès 8h30 les partenaires sociaux (CGT, CFDT, FO, CFTC, CFE-CGC, Unsa, Medef, CPME, U2P et FNSEA) consultés depuis plus d’un an. Puis il rejoindra Matignon à 11h30 pour remettre son rapport au Premier ministre Edouard Philippe.

Mise en application en 2025 ?

Son document est censé inspirer un projet de loi maintes fois repoussé et attendu en Conseil des ministres à l’automne, avant un examen au Parlement en 2020, peut-être après les municipales de mars compte tenu de son potentiel explosif, pour une entrée en vigueur en 2025.

«Ce n’est pas une réforme, c’est un projet de société», assurait récemment le haut-commissaire, jugeant «la problématique du délai tout à fait superficielle».

Les grandes lignes de sa feuille de route sont déjà connues: «plus juste et plus lisible», le futur «système universel» de retraites censé remplacer les 42 régimes existants restera «public et par répartition».

«Chaque euro cotisé donnera les mêmes droits à tous» via des points accumulés sur l’ensemble de la carrière, avec un âge légal de départ maintenu à 62 ans, conformément à la promesse du candidat Macron.

Régimes spéciaux, fonctionnaires, droits familiaux, pensions de réversion, pilotage d’un budget de plus de 300 milliards d’euros, difficile transition entre les deux régimes… De nombreux thèmes ont été passés en revue ces derniers mois.

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Certains régimes spéciaux resteront

Mais «on est encore sur du flou artistique complet» fulmine Philippe Pihet, du syndicat FO, opposé à la réforme.

Jeudi, «on espère avoir une méthode de construction crédible», indique Frédéric Sève, chargé du dossier à la CFDT, appelant à tenir compte des «réalités du travail» et de la pénibilité de certains métiers pour éviter une «une uniformisation brutale».

Le haut-commissaire a déjà égrené quelques pistes. La persistance de certains régimes spéciaux semble ainsi acquise: parmi les fonctionnaires de «catégorie active», les métiers «régaliens» (policiers, douaniers, pompiers, surveillants pénitentiaires) resteront autorisés à partir en retraite à 57, voire 52 ans, quand les aides-soignantes devraient rejoindre les règles du privé.

«Divorce pour solde de tout compte» pour répartir les droits du couple au moment de la séparation, pensions majorées via une «bonification proportionnelle» dès le premier enfant ou encore «cotisation déplafonnée non créatrice de droits» pour les revenus au-delà de 10 000 euros par mois sont également au programme.

Pour le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, «les précaires» seront «les principales victimes» de la réforme des retraites parce que «petit boulot, petit salaire» ne donneront droit qu’à une «très petite retraite».

«Ceux qui vont être les principales victimes de cette réforme», ce seront «les précaires, les intérimaires, qui n’auront pas une carrière complète» car «au lieu de se baser sur les 25 meilleures années», ce seront «toutes les années» qui seront comptabilisées, a-t-il déclaré sur France Inter.

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Le débat sur l’âge de départ

Mais c’est le débat sur l’âge de départ, relancé au printemps par l’exécutif, qui a cristallisé les tensions.

Pour inciter les Français à «travailler plus longtemps» et réaliser des économies dès 2020, le gouvernement envisageait d’introduire dans le prochain budget de la sécurité sociale une accélération du relèvement de la durée de cotisation requise pour une retraite à taux plein, un durcissement de la décote en cas de cotisation insuffisante ou encore un «âge d’équilibre» au-delà de l’âge légal.

Avec de telles mesures, la «réforme (serait) morte», avait prévenu le leader de la CFDT Laurent Berger, avant que le gouvernement ne décide d’y renoncer… dans l’immédiat.

Reste à voir si Jean-Paul Delevoye proposera un «âge d’équilibre» à 64 ans assorti d’un système de bonus-malus pour compenser la disparition dans le régime à points des notions de durée de cotisation et de taux plein, qui contribuent à repousser les départs.

Rédaction Mieux Vivre

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