Top départ d’une mobilisation qui s’annonce massive contre la réforme des retraites

TGV, métros ou bus bloqués, écoles fermées et près de 250 cortèges organisés: syndicats, partis d’opposition et « gilets jaunes » ont engagé jeudi avec l’exécutif un bras de fer autour de la future réforme des retraites, promesse phare du quinquennat d’Emmanuel Macron.

Le projet précis de réforme des retraites sera dévoilé mi-décembre pour un passage au Parlement début 2020. Crédit: iStock.

A l’origine de l’appel, le futur système universel de retraites par points, censé remplacer les 42 régimes existants (fonctionnaires, privés, régimes spéciaux, complémentaires). L’exécutif promet un système « plus lisible » et « plus juste », quand les opposants s’attendent à une « précarisation » des retraités. « Il faut miser sur un bon gros coup », a estimé cette semaine Yves Veyrier, secrétaire général de FO, qui appelle à cette « première journée » avec la CGT, la FSU, Solidaires et des organisations de jeunesse.

Message reçu dans les transports, avec 90% des TGV et 80% des TER annulés, et 10 lignes du métro parisien fermées. Des grèves illimitées sont prévues à la RATP et à la SNCF où on s’attend déjà à un mouvement dans la durée. « C’est fidèle à ce qui a été annoncé, relevait la SNCF à 07H30. On constate qu’il y a très peu de voyageurs à bord des trains ».

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« Trafic conforme », assurait également à 07H00 un porte-parole de la RATP. « C’est même un peu mieux que prévu » notamment sur les lignes 8 et 9 qui fonctionnent partiellement, et dans les tramways.

Les bouchons étaient quasiment résorbés peu avant 9H00 sur les routes d’Île-de-France avec 59 km, selon le site Sytadin. Au moins quatre ronds-points étaient bloqués en Seine-Maritime, selon la police et la préfecture, dont le rond-point des vaches, bastion des « gilets jaunes » pendant leur mouvement. « Nous sommes 200 à 250, en gilets jaunes », a affirmé à l’AFP Olivier Bruneau, qui était un des leaders du mouvement.

A Marseille, la gare Saint-Charles était étonnamment silencieuse en début de matinée. « C’est vide, désert, je n’ai jamais vu la gare comme ça! », s’exclame Kevin, 26 ans, serveur dans un de ses cafés. Quant à la gare routière, ses entrées et sorties étaient bloquées par un barrage de grévistes CGT de la Régie des transports marseillais (RTM), a constaté une journaliste de l’AFP. Dans le ciel, les compagnies aériennes ont été priées de réduire de 20% leur programme de vols.

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Nombre d’écoles devaient aussi rester fermées. « 70% des enseignants du primaire se sont déclarés en grève, et les taux dans le secondaire devraient être voisins, je n’ai jamais vu ça », a assuré Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU (premier syndicat).

« Grande victoire »

Policiers, éboueurs, avocats, retraités ou transporteurs routiers – qui planifient des opérations escargots – appellent aussi à l’action. De même que des « gilets jaunes« , le Parti socialiste, le PCF, La France insoumise et le Rassemblement national. Et 180 intellectuels, dont Thomas Piketty et Ariane Ascaride, face « aux offensives d’un gouvernement néolibéral et autoritaire ».

Anticipant un mouvement long dans un contexte social tendu où les mécontentements se multiplient (hôpital, police, pompiers, enseignants, cheminots, « gilets jaunes »…), l’exécutif maintient le cap. « Je n’y renoncerai pas », avait affirmé le chef de l’État qui a promis de s’exprimer « devant les Français » au moment où il « le considérera(it) opportun ».

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Le projet précis de réforme des retraites sera dévoilé mi-décembre pour un passage au Parlement début 2020. Des syndicats peu coutumiers des manifestations sont de la partie: l’Unsa organise un rassemblement et la CFTC laisse « libre » ses syndicats.

Le président de la CFE-CGC, François Hommeril, a rappelé jeudi sur Public Sénat son appel à manifester, mais s’est dit « pas favorable a priori pour que le mouvement continue dans la durée », appelant le gouvernement « à la raison et à la négociation ».

Seule la CFDT continue de soutenir l’idée d’une réforme « universelle ». Mais son secrétaire général, Laurent Berger, ne veut pas de mesures d’économies portant sur l’âge de la retraite, la durée de cotisation ou le montant des pensions.

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La suite du mouvement est déjà à l’ordre du jour, avec des assemblées générales en fin de journée dans les entreprises ou administrations, et une réunion vendredi matin de la CGT, FO, FSU, Solidaires, les organisations lycéennes Fidl, MNL, UNL et étudiante Unef.

Solidaires pousse à une nouvelle manifestation samedi, puis à une ou deux grèves interprofessionnelles, le 10 et/ou 12 décembre. « Les transports vont être très compliqués, aujourd’hui comme demain », a convenu le secrétaire d’Etat aux Transports Jean-Baptiste Djebbari, selon qui « la grève peut encore durer quelques jours ».

Les syndicats jouent gros. Ils n’ont pas obtenu de recul sur une réforme décriée depuis 2006, avec le Contrat première embauche. Et malgré une large mobilisation contre la réforme des retraites en 2010 – jusqu’à 2 millions de manifestants -, le projet a été validé. « On n’a pas eu de grande victoire depuis 1995 », relève Laurent Brun, patron de la CGT-Cheminots.

A Paris, le ministère de l’Intérieur s’attend à la présence de « quelques centaines » de « black blocs » et « gilets jaunes radicaux », « quelques milliers » dans tout le pays, une situation quasi habituelle depuis la loi travail de 2016. La préfecture de police a mobilisé près de 6.000 policiers et gendarmes.

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