La retraite par points, un moyen astucieux pour faire baisser les pensions ?

Pour ses opposants, le système universel par points voulu par Emmanuel Macron ferait mécaniquement baisser les pensions, ce que l’exécutif conteste. Mais réforme ou pas, les futurs retraités seront de toute façon moins prospères que leurs aînés. « La retraite par points, c’est le travail sans fin »: la formule de l’ancien secrétaire général de Force ouvrière, Pascal Pavageau, est devenue un leitmotiv de la contestation contre le projet du chef de l’Etat.

Repris par La France Insoumise et l’association Attac, le slogan a été souvent aperçu sur les pancartes des manifestants contre la réforme, à côté d’autres raillant « de la poudre de perlim-points-points », ou rejetant une « retraite par points, retraite très loin, retraite sans rien ».

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Avec une crainte partagée: que derrière la promesse selon laquelle « chaque euro cotisé donnera les mêmes droits à tous », le point serve de variable d’ajustement budgétaire.

Après tout, l’ancien Premier ministre de droite François Fillon n’avait-il pas affirmé début 2016 que ce système de retraite « permet de baisser chaque année la valeur des points et donc de diminuer le niveau des pensions » ? Le gouvernement actuel affirme pourtant le contraire: dans son rapport remis en juillet, le haut-commissaire aux retraites Jean-Paul Delevoye assure à deux reprises que « la valeur du point ne pourra pas baisser ».

Le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a même souhaité dimanche que cette proposition « soit inscrite comme règle d’or », voire gravée « dans la loi ».

Mais ses adversaires n’y croient toujours pas. « Ce n’est pas suffisamment garanti », a estimé lundi Michel Beaugas, secrétaire confédéral de Force ouvrière, s’inquiétant d’une possible astuce sur les cotisations. « Si vous ne pouvez pas baisser le point quand vous le vendez, vous l’augmentez à l’achat », de sorte qu’en fin de carrière « vous avez moins de points, donc moins de pension« , a-t-il expliqué.

« Un système transparent »

Le stratagème est bien connu, puisqu’il a déjà été appliqué pour la retraite complémentaire des cadres et salariés du privé, l’Agirc-Arrco. Un régime créé et géré depuis l’après-guerre (1947 pour l’Agirc, 1961 pour l’Arrco)… par les partenaires sociaux, qui ont ainsi la main sur le quart du montant des pensions (environ 80 milliards d’euros sur un total de 320).

Souvent critiqué, en particulier ces dernières années pour cause de vaches maigres et de redressement des comptes, son fonctionnement par points n’a jamais été remis en cause.

« Ce n’est qu’une unité de compte », observe Pierre Chaperon, ancien dirigeant de l’Agirc-Arrco, qui vante ce « système transparent » où « si vous faites payer plus cher le point, vous ne pouvez pas le planquer ».

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Tout l’inverse d’une mesure méconnue mais radicale: depuis 1993, les rémunérations prises en compte pour calculer la première pension sont indexées sur l’inflation, et plus sur le salaire moyen, ce qui a été moins avantageux, l’inflation ayant augmenté moins vite que les salaires.

Nichée dans la réforme Balladur, avec le passage des 10 aux 25 meilleures années comme base de calcul et l’allongement de la durée de cotisation de 37,5 à 40 ans pour le secteur privé, cette mesure « incompréhensible pour le commun des mortels » a pourtant été « la plus efficace » pour freiner les dépenses, souligne M. Chaperon.

Le conseil d’orientation des retraites (COR) l’a confirmé dans son dernier rapport fin novembre: « l’effet de l’indexation » a autant pesé que les autres « réformes entreprises depuis le début des années 1990 » pour que le coût du système soit « globalement stabilisé » en dessous de 14% du produit intérieur brut jusqu’en 2030. Sans ces mesures qui « ont modéré l’évolution des pensions », cette proportion « se situerait autour de 19% » dans une décennie, à nombre de retraités équivalent, ajoute le COR.

Pour ne rien arranger, la faible augmentation des salaires et le chômage de masse vont aussi affecter le niveau des retraites, toujours selon le COR.

Conséquence: si rien ne change, la pension moyenne augmentera moitié moins vite que le salaire moyen pendant la prochaine décennie et le niveau de vie global des retraités, aujourd’hui « légèrement supérieur », se tassera pour devenir « quasi similaire à l’ensemble de la population ».

Rédaction Mieux Vivre avec AFP

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