Retraites: La CFDT voit rouge ? Le gouvernement change de ton

Plusieurs ministres et ténors de la majorité sont montés au front ce matin pour faire les yeux doux à la CFDT afin de fissurer le tout nouveau front uni syndical.

Laurent Berger paraît en tout cas disposé à saisir la main tendue. Crédit: iStock.

Affichant un ton résolument conciliant, le gouvernement multiplie les appels du pied jeudi pour tenter de faire revenir à la table la CFDT, dont la réaction hostile à « l’âge d’équilibre » a ébranlé une partie de la majorité. Dès l’aube, plusieurs ministres et ténors de la majorité sont montés au front dans les matinales radio et télé pour faire les yeux doux au patron de la CFDT, avec l’objectif de fissurer le tout nouveau front uni syndical.

Mercredi midi, le Premier ministre Edouard Philippe avait fâché Laurent Berger, pourtant partisan de longue date d’un système universel par points, en franchissant une « ligne rouge » avec l’annonce d’un âge d’équilibre à 64 ans. L’hostilité affichée du premier syndicat de France inquiète de nombreux députés marcheurs et ils l’ont fait savoir à Edouard Philippe mercredi soir.

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Depuis, le ton s’est ostensiblement adouci, le patron des députés LREM Gilles Le Gendre allant même jusqu’à promettre « solennellement » jeudi que « la question de l’âge d’équilibre n’est pas décidée ». Avec un groupe de députés, il va inviter Laurent Berger « pour l’écouter », a-t-il ajouté, évoquant « des sources infinies de recherche d’accords et de solutions ».

Bruno Le Maire n’a pas dit autre chose. « Nous proposons l’âge pivot à 64 ans, avec un système de bonus et de malus (…). Il peut y avoir de meilleures solutions, c’est (aux syndicats) de les apporter », a estimé le ministre de l’Economie.

Quant au président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand, il a lui aussi tendu la main au secrétaire général de la CFDT, « un homme qui incarne un peu la démocratie sociale à la française, qui sait prendre ses responsabilités ».

Edouard Philippe en personne avait donné l’exemple dès mercredi soir sur TF1: « si les partenaires sociaux qui croient au régime universel se mettent d’accord pour dire quel est le chemin qui permet d’arriver à l’équilibre (financier du système, ndlr), la trajectoire et les instruments, je prends. »

Ces prises de parole convergentes visent à rectifier le tir après une introduction de l’âge d’équilibre dans la réforme qui a fait bondir les syndicats réformistes, même si l’Elysée assure que « la CFDT a abondement été consultée de bout en bout du processus », et ébranlé certains marcheurs.

« Une balle dans le pied »

Edouard Philippe a fait « un très beau discours, très pédagogique, mais il s’est tiré une balle dans le pied à la fin avec l’âge pivot et le paramétrique », estime un député de l’aile gauche de LREM, Jean-François Cesarini. « C’est peut-être une erreur idéologique en voulant envoyer un marqueur à un certain électorat de droite et au Medef pour dire +regardez: moi je suis sérieux face à une bande de gueulards+ », critique-t-il.

« On a tous eu une inquiétude sur la CFDT qui lâche, c’est évident », reconnaît un autre député Modem, qui admet que « Berger était furax », mais qui ne « pense pas qu’on ait perdu la CFDT », qu’on peut raccrocher « avec le dialogue ».

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Laurent Berger paraît en tout cas disposé à saisir la main tendue. Il a souligné jeudi qu’il était « prêt à discuter », suggérant au gouvernement de réunir les syndicats favorables à un régime universel de retraite.

Celui qui était l’interlocuteur privilégié du quinquennat précédent a précisé que mardi prochain il « ne sera pas dans le carré de tête derrière une banderole qui dit +pas de réforme systémique+ », aux côtés de Philippe Martinez (CGT) ou d’Yves Veyrier (FO) qui eux demandent le retrait pur et simple de la réforme.

Mais Laurent Berger a aussi prévenu: « vouloir être constructif, ça ne veut pas dire se laisser marcher dessus ». « On ne nous le fera pas deux fois » le coup de l’assurance chômage ». C’est-à-dire faire semblant de donner « les manettes » aux syndicats, pour ensuite reprendre la main et imposer une réforme sévère sur laquelle tous les syndicats sont unanimement en désaccord.

Reste aussi à savoir jusqu’à quel point la porte est vraiment ouverte sur la question stratégique de l’âge d’équilibre? Selon la ministre de la Santé Agnès Buzyn sur LCI, la discussion concerne en réalité « les modalités d’arrivée à l’âge pivot », pas cet âge en soi.

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