Le nouveau plan d’épargne retraite (PER) est-il fait pour vous ?

Un nouveau plan d’épargne retraite, dit PER, est désormais accessible aux particuliers et aux entreprises. Comment fonctionne-t-il ? Qu’en est-il de votre épargne d’entreprise ? Les réponses à, toutes vos questions.

Avec le PER, pour aller chercher de la performance sur la durée, il faudra miser en bonne partie sur les marchés financiers. Crédit: iStock.

Depuis octobre dernier, un nouveau plan d’épargne retraite, dit PER, est accessible aux particuliers et aux entreprises. Force est de constater que son déploiement commercial est resté assez discret, seule une quinzaine d’établissements avaient sorti une offre pour les particuliers au début de décembre. L’offensive commerciale sera donc pour… 2020. Portons notre attention sur le marché de l’épargne retraite individuelle, qui concerne tout un chacun. Jusqu’ici, il était composé d’une ribambelle de solutions, du plan d’épargne retraite populaire (Perp), ouvert à tous, aux contrats Madelin pour les non-salariés, en passant par les régimes CRH, Corem ou Préfon pour les agents du service public.

Fin de partie pour toutes ces enveloppes et cap sur un placement unique, le plan d’épargne retraite individuel (Perin). Son rôle est clair : vous permettre de constituer un capital retraite durant votre vie professionnelle. Et pour vous y inciter, toute épargne investie dans un Perin va permettre de réduire le montant de votre impôt sur le revenu. Très bien. En théorie, chacun en convient assez rapidement, se préparer un complément de retraite personnel pour ses vieux jours est nécessaire tant l’avenir des régimes obligatoires est incertain. Mais faut-il s’y engager avec un Perin ? Et si oui, lequel choisir ? C’est à vous d’en décider, pas à votre conseiller financier. Pour se déterminer, nul autre choix que de se plonger dans les rouages du produit. Ce qui permettra d’évaluer ses atouts, ses écueils, mais aussi de le comparer à d’autres solutions financières, assurance vie en tête.

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Comment fonctionne le Perin ?

La mécanique est simple : vous y versez de l’argent durant votre vie active, des sommes censées fructifier, et une fois à la retraite, vous le récupérez sous forme d’un capital ou de revenus à vie (rente viagère). Précisons quelques aspects. D’abord, une fois votre plan ouvert par un premier versement, vous n’avez aucune obligation de cotiser régulièrement. Liberté donc, même si des versements programmés (50 à 150 euros par mois minimum dans les offres actuelles) peuvent être mis en place – et suspendus si besoin. Autre caractéristique importante : les sommes déposées dans un Perin ne sont pas récupérables avant votre retraite, sauf cas prévus par la loi. Notez aussi que ce placement est transférable d’un gestionnaire à un autre. Enfin, la sortie du produit ne peut avoir lieu qu’une fois atteint l’âge légal de la retraite (62 ans, sauf cas spécifiques), mais elle peut être décalée après votre fin d’activité, jusqu’à la date maximale prévue au contrat (80 ans par exemple).

Bon à savoir, le Perin prend la forme d’un contrat d’assurance vie ou d’un compte-titres combiné avec un compte à vue. Dans le premier cas (dit PER assurance), il contiendra un fonds en euros garanti et des supports d’investissement complémentaires. Par ailleurs, il est souscrit par une association d’épargnants, le plus souvent liée à l’assureur, ce qui en fait un produit modifiable après accord de cette même association (sans que vous puissiez vous y opposer). Quant au PER compte-titres, la principale différence est l’absence de fonds en euros. Pour l’heure, il n’est pas encore proposé aux particuliers, seuls le Crédit Agricole et LCL annoncent une offre pour début 2020.

Notre avis. Comprenez bien qu’il s’agit d’un placement tunnel. Une contrainte salutaire pour certains, puisque cela les empêchera de piocher inconsidérément dans leur épargne retraite.

Qu’en est-il de mon épargne d’entreprise ?

Du ménage est également fait pour l’épargne issue de l’entreprise. Exit le plan d’épargne retraite collectif (Perco) remplacé par le plan d’épargne retraite d’entreprise collectif (Pere-Co). Vont s’y loger l’intéressement, la participation, l’abondement, la conversion de droits CET (compte épargne temps), les jours de repos non utilisés… Grande nouveauté, les versements volontaires du salarié sur cette enveloppe lui donneront droit à une déduction fiscale. Beaucoup d’entreprises ont déjà basculé sur ce nouveau produit. Exit aussi le contrat retraite dit Article 83, remplacé par le Pere-O (obligatoire) ou le Pere-Cat (catégoriel), des produits d’assurance ouverts par l’entreprise au nom de ses salariés (ou d’une catégorie d’entre eux).

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Entre ces deux moutures et le Perin, il existe des passerelles, l’épargne étant fléchée par compartiment. Ce qui signifie que le PER, qu’il soit individuel ou collectif, restera adapté à votre évolution professionnelle (changement d’entreprise, de statut professionnel). Cela vous permettra aussi de regrouper sur un seul contrat – ce pourra être un Perin, mais, pourquoi pas, un produit d’entreprise – toute l’épargne constituée durant votre carrière professionnelle.

Notre avis. Pour les tenants d’une épargne retraite d’entreprise, les nouveaux dispositifs sont, dans l’ensemble, plus favorables. Surtout, cette épargne vous suivra au cours de votre vie professionnelle, ce qui vous évitera de la délaisser ou de l’oublier en cas de changement d’employeur.

Comment sera gérée mon épargne ? Quelles performances en attendre ?

Par défaut, l’épargne versée dans un PER, qu’il soit individuel ou d’entreprise, sera gérée en pilotage automatique. Votre capital sera réparti entre plusieurs supports financiers selon deux critères : votre profil d’épargnant et le nombre d’années qui vous séparent de la retraite. Exemple : vous êtes de nature prudente et à dix ans ou plus de la retraite, le gestionnaire devra au moins intégrer 30 % d’actifs « à faible risque » (dixit la loi) dans l’allocation. De plus, une sécurisation progressive du capital est automatiquement effectuée à l’approche de la retraite. Tout ceci semble adapté à une gestion longue. Impossible toutefois de garantir une performance, même si le principe de sécurisation devrait vous éviter de prendre le bouillon aux abords de la retraite.

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Vous pourrez sortir de ce cadre par une demande expresse, passant alors en gestion dite libre. A vous, dès lors, de sélectionner vos supports d’investissement au sein du panel proposé par le gestionnaire (fonds en euros, fonds actions, pierre papier…), très variable selon les offres, et de procéder à des ajustements par des arbitrages (attention au coût). Certains contrats permettent aussi de souscrire une gestion sous mandat confiée à une société extérieure. Comme dans une assurance vie, en somme.

Notre avis. Pour aller chercher de la performance sur la durée, il faudra miser en bonne partie sur les marchés financiers. La gestion pilotée vous décharge, mais sera-t-elle dans le bon tempo ? Les épargnants avertis devraient s’intéresser de près aux solutions de gestion libre, sachant que les fonds en euros des Perin seront sous les 2 % en 2020.

Quels sont les frais du produit ?

Sachez-le, ils sont nombreux. Passons sur les frais d’adhésion à l’association souscriptrice du PER, autour de 20 euros, pour s’arrêter sur la ponction appliquée à chacun de vos versements, un taux pouvant aller jusqu’à 5 % ! Dans ce cas précis, si vous versez 100 euros dans votre Perin, seulement 95 euros seront réellement investis. C’est pourquoi vous devez essayer de négocier ces frais avec le conseiller pour en obtenir une baisse durable, et non ponctuelle. N’hésitez pas à lui rappeler que certains Perin affichent 0 % de frais sur versements…

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Ne vous focalisez pas trop sur ce point toutefois, car la véritable morsure d’un placement long réside dans les frais de gestion annuels, un taux appliqué sur votre capital. La retenue est très variable selon les assureurs, mais tourne en moyenne autour de 0,90 % par an. Vigilance, donc, notamment sur le taux appliqué sur les fonds risqués (unités de compte dans le jargon). Enfin, jaugez l’ensemble des autres frais, de ceux prélevés sur les arbitrages entre fonds (de gratuit à 1 % l’acte) à ceux générés par les différentes options proposées.

Notre avis. A plus de 2 % sur les versements, c’est cher payé. A plus de 0,85 % par an sur la gestion des unités de compte, aussi. Comment espérer voir sa cagnotte progresser avec des ponctions si élevées ?

Quid de mes impôts à l’entrée ? Et une fois à la retraite ?

Préparer votre retraite en baissant vos impôts, c’est l’argument choc du Perin. Voici la règle : les versements sur ce produit sont déductibles du revenu imposable. Ainsi, si vous êtes assujetti à la tranche à 30 % et que vous versez 5 000 euros dans un Perin, cette somme viendra en déduction de votre revenu imposable et vous procurera une baisse d’impôt de 1 500 euros. Alléchant, non ?  Sachez cependant que la déduction ne peut pas dépasser 10 % de vos revenus de l’année précédente, eux-mêmes limités à huit fois le plafond annuel de la Sécurité sociale, et ce pour l’ensemble de vos PER. Toutefois, vous pouvez cumuler en une seule fois vos droits à déduction de trois années fiscales consécutives. Ce plafond est encore plus élevé pour les travailleurs non salariés.

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Mais ce qui est donné à l’entrée sera repris (en tout ou partie) à la sortie. En effet, le capital récupéré à la retraite sera soumis à l’impôt sur le revenu et les plus-values au prélèvement forfaitaire unique (PFU, 30 % actuellement). Si vous sortez en rente viagère, celle-ci sera imposable comme une pension de retraite. Les prélèvements sociaux profitent, eux, d’un abattement en fonction de l’âge auquel la rente est initiée – c’est le régime à titre onéreux. Conclusion : votre gain fiscal à l’entrée aura été réel si votre taux marginal d’imposition à la retraite est inférieur à celui de votre vie active. A noter : vous pouvez choisir de ne pas déduire les versements sur le PER de votre revenu imposable. Dans ce cas, à la sortie, le capital ne sera pas taxé (seules les plus-values le seront) et la rente sera moins fiscalisée (application du régime à titre onéreux).

Notre avis. Comme pour toute niche fiscale, il faut au moins être imposable dans la tranche à 30 % pour s’y intéresser sérieusement. Ceux qui se situent à 41 ou 45 % ont là une carte de défiscalisation efficace et simple. Attention à la sortie en capital, qui peut faire basculer sur la tranche supérieure. Dans ce cas, demandez à fractionner.

Quelles sont les portes de sortie du PER ?

Conçu pour être dénoué à la retraite, ce produit est évidemment moins liquide qu’un placement tel qu’un livret ou une assurance vie. Prenez-en bien conscience :  tout argent déposé dans un PER (d’entreprise ou individuel) n’est pas récupérable avant la retraite. Voilà qui jette un froid ! Toutefois, plusieurs portes de sortie avant le terme sont prévues. Ainsi, vous pourrez débloquer votre épargne, sur tout type de PER et sans impôt sur le revenu à acquitter, en cas de décès du conjoint ou du partenaire de Pacs, d’invalidité de l’épargnant, de son conjoint (ou partenaire de Pacs) ou des enfants à charge, de surendettement du titulaire du PER, d’expiration des droits aux allocations chômage ou encore de cessation d’une activité non salariée à la suite d’un jugement de liquidation (ou d’une procédure de conciliation).

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Mais soucieux d’attirer les foules, le législateur a ajouté une autre ouverture, l’achat de votre résidence principale. Là, l’épargne est récupérable, mais elle sera fiscalisée. Attention, les versements obligatoires réalisés dans un Pere-O ou Pere-Cat ne sont pas récupérables dans cette situation.

Notre avis. Au vu des contraintes de sortie, le PER n’est pas un produit de gestion de patrimoine. Visez vraiment la retraite en y épargnant, sachant toutefois qu’en cas de gros coup dur, votre argent sera disponible.

Que devient mon capital en cas de décès ?

Quel que soit votre âge, cette question doit être étudiée posément. Pendant la phase d’épargne, la réponse va différer selon le type de PER ouvert. S’il s’agit d’un PER compte-titres (offre inexistante en 2019 pour les épargnants individuels mais répandue en épargne salariale), le capital tombe dans la succession avec impôts éventuels à la clé. Classique.

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S’il s’agit d’un PER assurance, le cadre juridico-fiscal de l’assurance vie s’applique alors. Si le décès survient avant vos 70 ans, le capital sera transmis au(x) bénéficiaire(s) indiqué(s) dans le contrat avec un abattement de 152 500 euros par bénéficiaire puis une taxation à 20 %. Attention, cette somme inclut vos assurances vie détenues par ailleurs. Après vos 70 ans (la sortie du PER pouvant être retardée), un abattement de 30 500 euros est appliqué sur le capital (les versements). Mais le solde, intérêts compris, est taxé aux droits de succession selon le lien de parenté entre l’assuré et le(s) bénéficiaire(s) désigné(s) dans le contrat. Si le décès a lieu postérieurement au dénouement du PER, l’assureur ne vous doit rien, sauf dans le cas d’une rente viagère avec option de réversion ou annuités garanties, son versement étant alors prolongé sous conditions.

Notre avis. Fiscalement, le PER dans sa version assurance vie est plus avantageux dans le cadre d’une succession. D’autant que vous pouvez désigner un ou plusieurs bénéfi ciaires librement.

Ce placement est-il fait pour vous ?

Pour le savoir, sondez deux éléments. Le premier, votre âge. Techniquement, si vous être retraité, vous n’y aurez pas droit. Les mineurs ? Certains Perin leur sont accessibles, ce qui pourrait susciter des stratégies d’investissement opportunistes, sachant que le capital est déblocable pour l’achat de la résidence principale. Mais l’enveloppe vise évidemment les actifs. Est-il bien opportun d’alimenter un PER tant que sa situation professionnelle et familiale n’est pas stabilisée ? C’est autour de 45 ans que ce produit prend davantage de sens.

Ce qui nous mène au second point, la fi scalité. Le PER vous permet de réduire votre facture, signifi cativement si votre tranche d’imposition marginale est de 30 %, très fortement si elle est de 41 ou 45 %. Résumons, vous avez au moins 45 ans, voire dix ans de plus, et êtes fortement imposé, intéressez-vous de près au Perin. A contrario, les personnes non imposables ou à seulement 11 % (le nouveau taux en vigueur en 2020) y trouveront peu d’intérêt.

Notre avis. N’oubliez pas l’essentiel, vos besoins de revenus à la retraite. Les avez-vous défi nis ? Avez-vous effectué un vrai bilan retraite, si besoin à l’aide d’un cabinet spécialisé ? Quelle épargne mettre en place pour atteindre le complément de revenus nécessaire ? Autant de questions qui vous diront si le PER est adapté à votre situation.

Chez qui souscrire ce produit ?

Bienvenue dans une nouvelle jungle commerciale. Attendez-vous à trouver en 2020 des PER partout où il est question de finance. Chez votre banquier ou votre assureur en premier lieu. Pour l’heure (début décembre 2019), l’offre reste limitée à une vingtaine de Perin, de gros établissements manquant à l’appel (Afer, Allianz, Banque Populaire, Caisse d’Epargne, Crédit Mutuel, La Banque Postale, MMA, etc.). En creusant, plusieurs contrats proposés par des courtiers (physiques ou sur Internet) sont en réalité des clones d’un seul et même produit d’assurance, avec quelques variantes sur les frais (en baisse ou en hausse) et l’offre financière (idem).

Comment s’y retrouver ?

Premier réflexe, ne souscrivez pas le Perin de votre banque sans le mettre en concurrence. Second réflexe, apprenez à trier les offres en repérant ce qui fait la qualité d’un PER : niveau des frais, qualité des solutions d’investissement (conditions d’accès du fonds en euros, multigestion, offre de pierre papier…), options et services de gestion en ligne…

Notre avis. Ce produit de long terme n’est pas à souscrire dans l’urgence. Bon à savoir : le PER est transférable, moyennant des frais (gratuit après cinq ans), chez un autre assureur, si les performances ne sont pas au rendez-vous. Et l’on peut détenir autant de PER que souhaité (cela peut être utile pour des montants importants).

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