Se connecter S’abonner

Retraites: exécutif et CFDT proches d’un compromis nécessaire mais insuffisant

L’introduction par l’exécutif d'un âge pivot à 64 ans pour rétablir l'équilibre financier du système de retraites est au centre du jeu. La mesure est contestée par la CFDT et l'Unsa.

A pas comptés, l’exécutif et la CFDT semblent prêts à renouer pour la réforme des retraites, mais sans certitude qu’un éventuel compromis suffise à éteindre une grève de plus d’un mois. Ensablées depuis presque un mois, les discussions entre le gouvernement et le principal syndicat réformiste ont repris du vent dans les voiles, chacun ayant donné des gages d’inflexion. « On n’est pas loin d’un accord », assure ainsi une source parlementaire.

Au centre du jeu: l’introduction d’un âge pivot à 64 ans pour rétablir l’équilibre financier du système actuel et garantir celui futur. Une mesure contestée par la CFDT et l’Unsa qui souhaitent la renégocier au sein d’une « conférence de financement », selon la proposition du patron de la CFDT Laurent Berger que Matignon a découverte en direct à la télévision dimanche soir, après plusieurs jours de silence entre la tête de la centrale et celle de l’exécutif.

A LIRE >>> Retraites: l’âge pivot est dans le projet de loi « pour l’instant », selon la ministre du Travail

« L’idée est bonne », a répondu mardi Edouard Philippe, qui a convié vendredi matin à Matignon les partenaires sociaux pour discuter du « contenu » et du « délai qui lui sera accordé pour aboutir ». Un point crucial pour le Premier ministre qui souhaite faire voter le projet de loi « avant l’été » et se cramponne à l’objectif de livrer d’un seul tenant un package « responsable », c’est-à-dire sans déficit.

En ce sens, M. Berger a évoqué la possibilité que cette conférence travaille « jusqu’à fin juillet à des propositions ». Un timing voisin de l’exécutif qui laisse deviner une convergence possible.

CFDT et Unsa tracent cependant une ligne rouge, préalable à toute négociation: extraire l’âge pivot du projet de loi actuellement examiné au Conseil d’Etat. Le Premier ministre pourrait-il transiger là-dessus ?  

Des sources syndicales et exécutives esquissent un chemin possible: sortir la mesure du projet de loi, acter le principe de l’équilibre du système et inscrire dans le texte, dans la toute dernière ligne droite de son examen parlementaire, les modalités fixées par la conférence de financement. « Edouard Philippe ne mangerait pas totalement son chapeau puisqu’il est davantage arc-bouté sur l’équilibre financier que sur l’âge pivot en tant que tel », décrypte un proche de la CFDT.

Pas de « grand soir »

Il faut dire aussi que la pression sur les épaules du Premier ministre s’est accrue après la demande explicite du chef de l’Etat de dégager « un compromis rapide« , avant la présentation du projet de loi en Conseil des ministres le 24 janvier. En ce sens, Edouard Philippe, qui avait maladroitement fermé la porte au nez de Laurent Berger en décembre 2018 au plus fort de la crise des « gilets jaunes », est prié de saisir l’occasion.

D’autres « bougés » pourraient avoir lieu dans les prochains jours et satisfaire les organisations réformistes, notamment autour de la retraite minimum pour l’heure fixée à 85% du SMIC (autour de 1.000 euros) et les critères pour en bénéficier. « 85%, ce n’était qu’une entrée de discussions », glisse un ministre. « Le Premier ministre a exposé très tôt le cadre et bouge beaucoup à l’intérieur de ce cadre. Il affine », fait valoir son entourage. 

A LIRE >>> Réforme des retraites: le gouvernement affiche sa volonté de trouver une issue en fin de semaine

Cependant, si un compromis intervenait, il ne présagerait pas d’une extinction du mouvement social qui est marqué jeudi et samedi par des appels à manifester. CGT et FO notamment restent opposés à la réforme dans sa globalité, même si une source proche de la CFDT note qu’Yves Veyrier, patron de FO, « est quand même moins va-t-en guerre ».

« Il ne faut pas s’attendre à un grand soir vendredi. Dès samedi tous les métros et trains ne vont pas reprendre. L’arrêt de la grève ne va pas se faire d’un claquement de doigt », assure un conseiller de l’exécutif.

« On constate que progressivement et inéxorablement le taux de gréviste baisse », se satisfait un proche du Premier ministre. Un ministre embraye: « mais on aura une responsabilité particulière que personne ne sorte humilié à l’issue du mouvement », notamment au sein de la SNCF, déjà chamboulée par une réforme du statut de cheminot entrée en vigueur au 1er janvier.