Retraites: la réforme contenue dans deux projets de loi, réunions sur le financement à Matignon

Les partenaires sociaux ont désormais entre les mains les deux projets de loi contenant la réforme des retraites. Un âge pivot instauré en 2022 y est mentionné, à moins d’une « délibération » différente avant septembre 2021 entre partenaires sociaux.

Les mesures contenues dans ces deux textes ne sont pas de nature à amadouer les syndicats qui exigent le retrait pur et simple de la réforme. Crédit: iStock.

Confronté à cinq semaines de grève et une nouvelle mobilisation jeudi, le gouvernement a transmis aux partenaires sociaux deux projets de loi contenant sa réforme des retraites, avec un âge pivot à la clé, avant des réunions vendredi à Matignon sur le financement du système. Pressé de dévoiler ses cartes pour sortir d’un conflit social interminable, l’exécutif a précisé le contenu de sa réforme, traduite dans un projet de loi ordinaire et un organique, présentés en Conseil des ministres le 24 septembre.

Ces textes, adressés jeudi soir aux caisses de Sécurité sociale et dont l’AFP a obtenu copie, gravent dans le marbre de la loi une règle « obligeant » à prévoir l’équilibre financier du futur système universel de retraite par points, mais aussi un « âge d’équilibre ». Cet âge pivot sera instauré dès 2022, à moins d’une « délibération » différente avant septembre 2021 entre partenaires sociaux siégeant au sein de la future caisse nationale de retraite universelle, qui sera créée le 1er décembre 2020.

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L’Etat s’engage aussi dans le projet de loi ordinaire, comme l’avait promis le gouvernement, à revaloriser les traitements des enseignants et des chercheurs, que la réforme des retraites pourrait pénaliser.

Le Premier ministre Edouard Philippe doit recevoir à Matignon toute la journée, à partir de 08H30, les organisations syndicales et patronales à tour de rôle pour discuter de l’équilibre du système.

Age pivot omniprésent

L’exécutif répond ainsi à l’idée de « conférence de financement » suggérée par la CFDT. Le premier syndicat de France est favorable au principe d’un régime « universel » par points mais braqué sur l’âge pivot que le gouvernement veut fixer en 2027 à 64 ans et assortir d’un bonus-malus, afin d’inciter les Français à travailler plus longtemps.

Ce sujet continue de bloquer les négociations entre syndicats réformistes et gouvernement, chacun campant sur ses positions. Or l’âge d’équilibre est mentionné au moins 39 fois dans le projet de loi ordinaire.

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« Si l’âge pivot reste dans la loi, c’est non, c’est clair », a averti jeudi le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger. « +Je retire la mesure d’âge pivot+ doivent être les mots du Premier ministre », a renchéri son homologue de l’Unsa Laurent Escure. « Le gouvernement continue de penser que l’âge pivot est une mesure juste et efficace », a répondu le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin.

Le président du Sénat, Gérard Larcher (LR), a lui demandé « au gouvernement d’attendre les résultats de cette conférence de financement avant de saisir le Parlement » des projets de loi, dont l’examen est programmé à partir du 17 février.

Tensions en fin de cortège

Les mesures contenues dans ces deux textes ne sont pas de nature à amadouer les syndicats qui exigent le retrait pur et simple de la réforme, CGT et FO en tête. Ils ont rassemblé jeudi 452.000 manifestants dans toute la France selon le ministère de l’Intérieur, dont 56.000 dans la capitale.

Une mobilisation supérieure à celle du 10 décembre, mais en deçà de celles du 17 et surtout du 5 décembre, au premier jour du mouvement, d’après les autorités.

Selon la CGT, près d’1,7 million de personnes ont manifesté jeudi (1,8 million le 17 décembre), dont 370.000 personnes à Paris entre République et Saint-Augustin, où l’atmosphère s’est tendue. Les forces de l’ordre ont répondu par des charges et des tirs de gaz lacrymogène à des jets de projectiles. La police a fait état de 16 blessés parmi les forces de l’ordre, 20 chez les manifestants, et a procédé à 27 interpellations. Yves Veyrier (FO) a jugé que cette mobilisation était « la démonstration qu’il n’y a pas d’épuisement ».

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Mais l’intersyndicale a peiné jeudi soir à donner une suite à son mouvement. Après plus de quatre heures de réunion, elle a exprimé le souhait de faire de mardi 14 janvier une « journée de grèves et de convergence interprofessionnelles », et annoncé des initiatives déclinées « sous toutes les formes » mercredi 15 et jeudi 16, en espérant des « manifestations massives » auparavant, samedi 11.

« Il faut amplifier le mouvement et définir une stratégie efficace, ce n’est pas facile. Les actions doivent monter en puissance, d’autres secteurs doivent prendre le relais », a souligné Benoît Teste, secrétaire général de la FSU.

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