Retraites : « l’âge pivot » de départ à 64 ans acté par le gouvernement ?

Le gouvernement aurait acté la création d’un « âge pivot » avec un système de bonus-malus sur les pensions.

Le gouvernement aurait acté un "âge pivot" de départ à la retraite à 64 ans. Crédit : ©Istock.

C’est une façon d’inciter les Français à travailler plus tard sans toucher à l’âge légal de départ à la retraite. Selon Challenges, le gouvernement a décidé, début mai, d’inscrire un nouvel « âge pivot » de 64 ans dans la future réforme des retraites à points annoncée pour l’automne. Si le projet était discuté depuis plusieurs mois, il aurait été définitivement acté par Matignon et l’Elysée pour équilibrer financièrement le système et éviter les déficits annoncés pour les années à venir. Dans les faits, cette réforme ne touche pas à l’âge légal de départ à la retraite, qui reste fixé à 62 ans, mais instaure un système de bonus-malus sur les pensions. Les personnes qui cesseraient de travailler avant 64 ans ne pourraient ainsi pas toucher une retraite pleine alors que les années accumulées après 64 ans permettraient de bénéficier d’une retraite revalorisée.

Cette piste avait déjà été évoquée par Emmanuel Macron le 25 avril denier lors de sa conférence de presse après le Grand-débat. Le chef de l’Etat avait ainsi déclaré : « Quand je regarde ce que font nos concitoyens, ils ne partent pas tous à 62 ans, même de moins en moins, ils vont plutôt vers 63 et 64 ans », avant d’évoquer un « système de décote qui invite à travailler d’avantage mais sans forcer tout le monde ». L’âge pivot de départ à la retraite entrerait en vigueur au 1er janvier 2025 pour progresser d’un mois par génération et atteindre 65 ans en 2037. Contacté par Challenges, le Haut-commissariat à la réforme des retraites n’a « ni confirmé ni infirmé » le projet.

Une réforme qui pénalise les travailleurs les plus précaires ?

S’il a été acté, ce projet de réforme pourrait s’avérer risqué pour le gouvernement. Reculer l’âge de départ à la retraite est toujours un sujet sensible et un terrain glissant pour les responsables politiques. Surtout que, selon un rapport de la direction de la recherche (DREES) du ministère des Solidarités, publié ce vendredi, le système actuel fonctionne plutôt bien. L’organisme le décrit comme « une machine à redistribuer très efficace ». Le panorama 2019 des retraités et de la retraite affirme qu’en 2016, seuls 6,6% des pensionnés étaient pauvres, contre 14% de l’ensemble de la population française. La raison : des mécanismes de solidarité efficaces qui permettent de faire chuter le taux de pauvreté de cette population.

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La DREES précise que si les 42 régimes de retraite actuels créent des inégalités, changer la mécanique actuelle pourrait s’avérer néfaste pour les travailleurs modestes et les mères de famille nombreuses. Ce sont en effet à ces deux populations que bénéficie le plus le système de retraite actuel grâce notamment aux aides mises en place pour les retraités les plus précaires. Avec le système de retraite à point voulu par le gouvernement et l’instauration d’un âge pivot de départ à 64 ans, le risque est donc de précariser davantage ces populations fragiles. En 2016, 25% des retraités les plus défavorisés (touchant moins de 680 euros de pension mensuelle), ont touché 7,7 milliards d’euros de prestations liées à la solidarité.

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