Retraites : début des discussions sur le projet de réforme à l’Assemblée

Le gouvernement espère que le texte sera adopté en première lecture avant les élections municipales, alors que 41.000 amendements ont été déposés et que l’opposition entend batailler.

Les députés vont avoir du pain sur la planche avec ce texte sur les retraites. Crédit : iStock

La bataille autour de la réforme des retraites entre dans le vif du sujet à l’assemblée : la majorité gouvernementale va défendre dans l’hémicycle un projet que l’opposition dénonce comme « injuste » et entend torpiller par une nuée d’amendements.

Après des semaines de contestation dans la rue et un appel à une nouvelle journée de mobilisation dans les transports aujourd’hui, les turbulences pour la majorité se poursuivent, le rapporteur du volet organique de la réforme Olivier Véran ayant dû prendre au pied levé dimanche la casquette de ministre de la Santé.

Agnès Buzyn lui a laissé sa place pour prendre le relais, dans la course LREM à la mairie de Paris, de Benjamin Griveaux, emporté par une affaire de vidéos à caractère sexuel.

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« Par de-là les velléités d’obstruction qui s’annoncent, – je fais désormais attention aux mots que j’utilise -, je voudrais dire aux parlementaires que je serai à leur écoute », a assuré Olivier Véran, lors de la passation de pouvoirs avec Agnès Buzyn, en larmes, ajoutant qu’il serait présent aux débats.

Emmanuel Macron a appelé la majorité à « l’unité » pour « gagner la bataille des retraites » et « vendre » ce projet hautement sensible visant à créer un « système universel » de retraite par points.

Même si l’appel à une « journée morte » dans les transports était peu suivi aujourd’hui, les opposants à la réforme n’ont pas dit leur dernier mot.

Une avalanche d’amendements

L’examen inachevé la semaine passée en commission pour cause d’avalanche d’amendements des députés LFI, un fait inédit après 75 heures de dialogue de sourds, n’était qu’un préambule.

« Je crois que le calendrier dans lequel on est enfermé n’est pas tenable », a déclaré le président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux alors que 41.000 amendements ont été déposés.

De son côté, Philippe Martinez, le Secrétaire général de la CGT, a critiqué sur LCI le timing du départ d’Agnès Buzyn, estimant qu’un ministre « devrait mener à bien les sujets dont il a la charge », rejoint sur ce point par le socialiste Olivier Faure qui y a vu sur France Inter un signe de « légèreté du gouvernement », qui veut « y aller au forceps ».

Pour l’heure, quinze jours de débats sont prévus, soit 84 heures, mais une 3e semaine est probable.

Pas de recours au 49-3

Le gouvernement table toujours sur une adoption en première lecture avant les municipales dans un mois et espère un feu vert définitif « d’ici l’été » sur les deux textes (ordinaire et organique).

Face à l’obstruction des députés de la France Insoumise avec leurs amendements, les responsables de la majorité martèlent qu’un recours au 49-3 – arme de la Constitution qui permet l’adoption sans vote – « n’est pas l’objectif », mais des « marcheurs » ne l’excluent pas si le débat est « clairement impossible ».

« Totalement impensable », a prévenu LR. Ce serait même « du délire » pour le numéro un de la CFDT Laurent Berger.

Une longue bataille en vue

Droite comme gauche dénoncent un « mépris » du Parlement et un projet « nébuleux » et « à trous », avec notamment la trentaine d’ordonnances programmées.

Les trois groupes de gauche – PS, PCF et LFI – qui dénoncent un « amateurisme coupable » du gouvernement, tablent en plus des amendements (près de 37.000 à eux trois) sur une motion référendaire, voire une motion de censure, des étapes qui vont ralentir les débats.

Le patron des insoumis Jean-Luc Mélenchon qui revendique « une victoire » en commission, a promis une « noria » de son groupe afin « d’enfoncer la ligne de défense macroniste ». Le PCF, qui juge la réforme « bien pire » que ce qui avait été annoncé, ne sera pas en reste tout comme le PS, persuadé qu’un « certain nombre de concitoyens vont se faire avoir ».

LR fustige comme eux « l’impréparation » du gouvernement et estime que pour le financement « on marche sur la tête ».

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Le vote de la réforme est programmé avant les conclusions de la conférence de financement, censée trouver d’ici avril des mesures permettant d’atteindre l’équilibre en 2027.

Côté majorité, où l’on dénonce le « sketch » des insoumis, on affiche la volonté de faire aboutir cette réforme « de progrès social », « contre vents d’obstruction et marées d’amendements ».

Le secrétaire d’Etat Laurent Pietraszewski a appelé dans La Croix « les oppositions à se mettre à la hauteur de l’enjeu, à venir sur le terrain de la confrontation d’idées ».

« On s’est organisés pour durer », indique à l’AFP le co-rapporteur Jacques Maire (LREM). Si le groupe soutient globalement la réforme, des interrogations ont émergé sur son impact budgétaire, et certains à l’aile gauche du parti comptent faire entendre leur voix sur des sujets comme la pénibilité. Un « marcheur » prédit « un exercice de discipline collective forte ».

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