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Les seniors, prochaines victimes de la crise sur le marché du travail ?

Craignant l’impact de la crise liée à la pandémie de Covid-19 sur les salariés âgés de plus de 50 ans, es experts de l’économie plaident pour la prise en compte des seniors en fin de carrière dans la politique de soutien du gouvernement.

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Crédit: iStock.

Les seniors pourraient être les prochaines victimes de la crise économique concernant l’emploi. Des experts de l’économie appellent le gouvernement à prendre en compte les salariés en fin de carrière, âgés de plus de 50 ans, dans sa politique de soutien, relève Le Parisien le 24 février. Dans le secteur privé, 360.500 emplois ont été détruits l’an dernier selon les chiffres de février publiés par l’Insee. Pour l’instant, les chiffres du chômage sont plutôt stables concernant les seniors, « protégés, (car) ils sont davantage en CDI que les salariés moins âgés et (qu’ils) ont plus bénéficié de l’activité partielle », souligne Bruno Ducouvré, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Mais selon cet expert, « les seniors risquent de payer une partie du coût de la crise ». 

En effet, leur taux d’emploi pourrait diminuer en raison des restructurations et des plans de départs volontaires. Pourtant, la France avait réussi à l’augmenter ces dernières années. Parmi les experts qui s’inquiètent de ce phénomène, le vice-président de l’Association nationale des directeurs de ressources humaines (ANDRH), Benoît Serre : « Nous considérons que les seniors vont être plus exposés au chômage dans la période qui s’ouvre », précise-t-il à nos confrères du quotidien. L’ANDRH souhaiterait la mise en place « d’un plan senior à la hauteur du plan des jeunes », en étendant les aides à l’embauche des 15-25 ans aux seniors et aux chômeurs longue durée.

La crainte du licenciement augmente chez les seniors

Un avis partagé par le directeur général de l’Association pour l’emploi des cadres (Apec), Gilles Gateau, qui se dit « très attentif » sur le sujet. « Du côté des entreprises, la tentation peut être très forte de proposer des mesures de départ anticipé », s’inquiète-t-il dans Le Parisien. L’Apec a publié un baromètre début février sur les intentions de recrutement et de mobilité des cadres et note « la crainte du licenciement (qui) augmente en particulier chez les plus jeunes et les seniors ». Ainsi, 84% des cadres seniors estiment qu’il serait difficile de retrouver un emploi équivalent à celui qu’ils occupent aujourd’hui.

Les grands groupes inciteraient les seniors à partir en préretraite. Renault, Safran, Michelin et ADP en font partie, selon le quotidien. Pour cela, ils utilisent les ruptures conventionnelles collectives (RCC) qui permettent de supprimer des postes sans licenciement. En effet, les seniors sont souvent les mieux payés, ainsi les entreprises regardent les postes les plus coûteux au moment des restructurations. Une économiste du Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), Christine Erhel, évoque la crainte des syndicats d’utiliser les RCC pour faire partir les seniors. « Pour l’entreprise, c’est moins coûteux que les plans de sauvegarde de l’emploi. Les conditions sont négociées, cela peut donc faciliter la mise en place des plans de départ », précise cette spécialiste du marché de l’emploi.

L’enjeu de la coopération intergénérationnelle

Une tendance que confirme la sociologue, Anne-Marie Guillemard, dans un entretien accordé au Monde. « Nous sommes restés dans la culture de la sortie précoce. (…) La France est, derrière le Luxembourg, le pays de l’OCDE où on quitte le marché du travail le plus tôt, à 60,8 ans en moyenne, alors même que l’âge légal de départ à la retraite a été repoussé », souligne la professeure émérite à l’université de Paris Descartes-Sorbonne. 

Pour cette dernière, le phénomène des « ni ni seniors », « ni en retraite ni en emploi », pourrait augmenter avec cette politique de départs anticipés, créant « une nouvelle poche de pauvreté » : « 42 % de ceux qui liquident leur retraite sont déjà sortis du marché du travail, une partie sont auto-entrepreneurs. Soit ils coûtent aux pouvoirs publics, soit ils dépendent de la solidarité familiale. » Anne-Marie Guillemard insiste cependant sur la nécessité de favoriser la coopération intergénérationnelle pour améliorer la compétitivité et l’innovation, à travers « le croisement de l’expérience et du travail nouveau. »