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Retraite : bien s’y préparer

En matière de retraite, la précipitation est mauvaise conseillère. Mais la procrastination aussi. Ce qu’il faut savoir pour partir serein le moment venu.

N’attendez pas le dernier jour pour faire le point

A quel âge s’occuper de sa future retraite ? « La retraite est un sujet anxiogène chez les Français, qui attendent le dernier moment pour s’en occuper, souligne Marilyn Vilardebo, fondatrice de Origami&Co. C’est une erreur ! Dès 50 ans, il faut faire le point sur ses droits acquis auprès des différentes caisses de retraite dans lesquelles on a cotisé. Cette reconstitution de carrière est un préalable indispensable, avant de se projeter dans l’avenir et faire des hypothèses de calcul de sa retraite selon l’âge de départ. Attention, les anomalies sont fréquentes. Sur les dossiers que nous traitons, nous en trouvons en moyenne 6 à 8 par carrière. » Dès 40 ans, pensez déjà à recenser dans un document toutes vos activités professionnelles ou autres susceptibles d’octroyer des droits à retraite.

Vérifiez et agrégez tous vos droits

Le montant de votre future retraite va quasi-exclusivement reposer sur les trimestres et points acquis durant votre carrière professionnelle. D’où l’importance de n’en oublier aucun lors du décompte final. Sachez qu’il n’est pas de la responsabilité des caisses de retraite de vérifier l’exactitude de vos droits et du calcul de votre pension. Les erreurs commises sont d’ailleurs fréquentes. Soyez responsable et prenez les commandes de votre compte retraite. Dans un premier temps, faites une lecture minutieuse de votre relevé de carrière, un document qui liste vos trimestres et points obtenus au fil des années. À partir de ses 35 ans et tous les cinq ans, chacun reçoit un « relevé de situation individuelle ». Mais à tout moment, vous pouvez récupérer ce document sur info-retraite.fr (site public officiel). Via le service « voir ma carrière », vous pourrez aussi trier, filtrer les données selon les caisses, les années, etc. Commencez par vérifier que toutes vos activités professionnelles, même les plus anecdotiques, ont généré les droits adéquats. On oublie trop souvent qu’un petit boulot d’un ou deux mois, pendant ses années étudiantes, a pu suffire à valider un trimestre de retraite, voire plus. Ou que les périodes de chômage, maladie, maternité, congé parental… comptent aussi pour la retraite. Exemple : tous les cinquante jours d’indemnisation, un chômeur valide un trimestre.

Prudence, les années durant lesquelles vous avez eu plusieurs employeurs sont aussi à surveiller de près. Les revenus cumulés sont en effet susceptibles d’augmenter le nombre de trimestres validés sur l’année, d’améliorer le salaire annuel moyen et d’enrichir votre stock de points. Autre info : les salaires rapportés sur votre relevé sont limités au plafond de la Sécurité sociale. D’où l’importance d’avoir conservé vos bulletins de salaire, qui vous aideront à vérifier si le report a été correct. Bilan : vérifier et corriger ses droits est le préalable à toute préparation de sa retraite.

Simulez votre future pension précisément

Combien aurai-je ? La question vous brûle les lèvres. Elle est cruciale pour évaluer l’éventuel complément à se constituer. Évidemment, plus vous êtes loin de votre départ en retraite, plus cette donnée sera approximative. Vous avez trois façons d’estimer ce montant. La première revient à faire vous-même les calculs au moyen des formules utilisées par les caisses de retraite. Bon courage ! Seconde méthode, utilisez le simulateur officiel « m@rel », accessible via info-retraite.fr. En une dizaine de minutes, vous obtiendrez la somme mensuelle en euros bruts ou nets pour un départ à 62 ans ou un âge ultérieur. Incontestablement, cette estimation gratuite est fiable. Sa limite ? Elle repose sur les données dont disposent les caisses à votre égard. Sont-elles justes ? C’est toute la question qui nous renvoie à l’importance de l’outil précédent.

Autre info importante, ces simulateurs projettent votre retraite à législation constante, ce n’est donc pas une promesse de pension. Sachez que vous pouvez aussi demander une estimation indicative globale de votre future pension sur votre compte retraite. A 55 ans, vous la recevrez en outre de manière automatique, puis tous les cinq ans. A noter : les fonctionnaires de l’État ont accès à un autre simulateur très complet dès 45 ans (33 ans pour les militaires) sur retraitesdeletat.gouv.fr.

Reste une troisième méthode pour estimer votre future pension : faire appel à une société privée spécialisée dans le bilan retraite. L’opération sera cette fois payante mais autrement plus solide et complétée d’une vérification des droits, voire de conseils d’optimisation.

Payez-vous un bilan retraite

Répertorier, vérifier, rectifier, simuler vos droits à retraite… Si tout cela vous barbe ou vous paraît infaisable, toquez donc à la porte d’une société experte sur ce terrain. Ces entreprises vous éviteront bien des déconvenues en vérifiant/rectifiant vos droits auprès des caisses, puis en estimant à différents âges votre pension. Du conseil très poussé pourra être fourni sur des opportunités (par exemple, racheter des trimestres). Il ne doit y avoir aucune prescription de produits financiers, sinon fuyez ! Se payer un bilan retraite de qualité vous coûtera de 3 000 à 4 000 euros TTC selon votre situation et le contenu des services. Certes, c’est une somme. Mais cet investissement dans votre future retraite sera vite amorti pour les personnes aux carrières complexes (différents statuts, passages à l’étranger, dirigeants d’entreprise, entrepreneurs individuels, etc.), qui pourront y gagner des centaines voire des milliers d’euros par an sur leur pension, qui profiteront d’un départ plus tôt que prévu sans y perdre un centime, etc. C’est aussi gagner en sérénité pour liquider sa retraite au mieux.

Quand y recourir ? A 50 ans et après, pas avant. Attention, ces sociétés expertes ne sont pas si nombreuses sur le marché, moins d’une dizaine. C’est à ne pas confondre avec les services de bilan retraite que peuvent proposer des établissements financiers (banques, assureurs) avec proposition commerciale à la clé, ni avec des sites Internet aux fonctions minimalistes. Avant de signer tout engagement, faites-vous bien préciser son contenu. Sachez que la phase bilan va s’étaler sur plusieurs mois. Un suivi pourra ensuite être réalisé annuellement selon le contrat signé, jusqu’à la phase de liquidation de la retraite qui pourra aussi être réalisée par l’entreprise. En somme, vous confiez les clés à des pros, c’est une sorte de gestion pilotée, non pas de votre épargne mais de vos droits à retraite.

Notre sélection de sociétés : Expertise Optimisation Retraites ; France Retraite ; Maximis Retraite ; Novelvy Retraite ; Optimaretraite ; Origami&Co ; Neovia Retraite ; Perasma ; Sapiendo Retraite.

Partez au bon moment

En matière de réglementation des retraites, le diable est souvent dans les détails. Preuve en est l’année de votre départ en retraite. Légalement, vous pouvez partir n’importe quel jour d’un mois civil suivant votre 62e anniversaire. Sauf que ce ne sera pas forcément le meilleur moment pour optimiser vos droits. Pourquoi ? Un, contrairement aux autres années d’activité, l’attribution des trimestres n’est pas cette année-là fonction de votre salaire brut, mais de la durée d’activité réelle décomptée par trimestre civil. En clair, la dernière année, il faut travailler un trimestre civil pour valider un trimestre. Et l’année entière pour obtenir les quatre trimestres maximaux. C’est pourquoi il est conseillé de partir le 1er jour d’un trimestre civil, par exemple le 1er juillet au lieu du 1er juin pour gagner un trimestre qui pourra par exemple, vous valoir une surcote sur votre pension (1,25 % par trimestre supplémentaire).

Deux, si vous partez en cours d’année, cette dernière ne sera pas prise en compte dans le calcul de votre salaire moyen. Pour qui perçoit à ce moment-là ses meilleurs revenus professionnels, l’impact sur le calcul de la pension de base peut être significatif. Il vous faut donc partir au bon moment pour éviter de manquer de trimestres ou perdre l’avantage d’un bon salaire pour le calcul de votre salaire annuel moyen. A chacun de faire ses comptes. Mais une chose est sûre, avec un départ au premier janvier de l’année civile, vous évitez les deux embûches.