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Retraites : Emmanuel Macron reporte la réforme

En rappelant mardi 9 novembre dans une allocution télévisée qu’il faudra « repousser l’âge légal » pour « sauver » le système de retraite, Emmanuel Macron a cependant enterré une de ses promesses de campagne.

retraite - PEA
Sipa

Ce n’est que reculer pour mieux sauter, semble-t-il. Emmanuel Macron a déclaré mardi soir à la télévision que « les conditions ne sont pas réunies » pour relancer le chantier de la réforme des retraites, qu’il a repoussé à 2022, autrement dit vraisemblablement à un autre quinquennat. Il a cité à ce titre « la situation sanitaire qui est en train de se dégrader partout en Europe, le souhait unanime exprimé par les organisations syndicales et professionnelles de concentrer les efforts sur la reprise et le besoin de concorde en ce moment que vit notre nation ».

Le chef de l’État espérait encore en juillet reprendre sa réforme des retraites « dès que les conditions sanitaires seront réunies ». Quatre mois plus tard, elles ne le sont toujours pas. Mais il s’est dit toujours attaché au principe d’une telle réforme, en souhaitant en particulier une hausse de l’âge de départ et la suppression des régimes spéciaux.

« Dès 2022, il faudra pour préserver les pensions de nos retraités et la solidarité entre nos générations, prendre des décisions claires » qui devront faire selon lui l’objet de débats, une allusion sans la citer à la future campagne présidentielle. Il souhaite « repousser l’âge légal », « supprimer les régimes spéciaux en harmonisant les règles entre public et privé et en faisant en sorte qu’au terme d’une carrière complète, aucune pension ne puisse être inférieure à 1.000 euros », mais aussi en « encourageant le travail au-delà de l’âge légal ».

Une réforme des retraites pas nécessaire, selon la CFE-CGC

Loin des premières prévisions alarmistes qui annonçaient un trou de 30 milliards d’euros, le système de retraite a limité ses pertes à 13 milliards en 2020 et devrait les réduire à moins de 10 milliards cette année grâce au rebond de l’activité. Mais la branche vieillesse de la Sécurité sociale affiche toujours un déficit de plus de trois milliards et sa situation devrait se dégrader à partir de 2023.

La réforme des retraites s’impose donc comme un moyen de financer d’autres secteurs. « C’est par plus de travail que nous pourrons préserver notre modèle social », a insisté le chef de l’État, évoquant pêle-mêle « la prise en charge des malades, l’accompagnement des familles, la meilleure inclusion » des personnes handicapées, ou encore le « service public de l’autonomie pour nos aînés ».

« Il n’y a pas de problème systémique dans la retraite », a réagi mercredi matin sur franceinfo François Hommeril, le président confédéral de la CFE-CGC. « La question de la réforme des retraites est devenue un objet politique totalement déconnecté de la réalité », estime le syndicaliste, qui « ne comprend pas cette obsession de faire peur aux Français, les stresser et de dire qu’il est nécessaire de faire la réforme des retraites ».

« Nous luttons contre cette réforme depuis 2019, mais ce n’est que partie remise si j’ai bien compris. Le président de la République a annoncé aux Français que demain il faudra travailler plus longtemps pour avoir une retraite à taux plein, alors qu’on rentre plus tard dans la vie active aujourd’hui. Cela veut dire que quand vous rentrez sur le marché du travail à 25 ou 30 ans, votre retraite à taux plein est déjà entre 65 et 70 ans. Donc c’est un effet d’annonce », estime de son côté Michel Beaugas, secrétaire confédéral de Force ouvrière (FO), interrogé sur franceinfo mercredi matin. « Nous sommes dans un dogme libéral qui dit qu’il faut travailler plus longtemps pour pouvoir obtenir sa retraite à taux plein », conclut-il.