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Dépendance : la Cour des comptes émet des recommandations pour prévenir la perte d’autonomie

Les sages de la rue Cambon plaident pour une meilleure prévention de la perte d’autonomie, qui « occupe toujours une place marginale dans les politiques publiques ».

autonomie
Crédit : iStock.

Un quart de la population française est concerné par la perte d’autonomie. Demain, ce sera un tiers. Pour cette raison, la Cour des comptes publie un rapport le 25 novembre dans lequel elle échafaude des recommandations pour une meilleure prévention. En France, « on vit plus vieux », écrivent les sages de la rue Cambon, « mais pas nécessairement en meilleure santé ». Au-delà de 85 ans, les personnes âgées sont moins autonomes, et les baby-boomers sont les principaux concernés. « La France comptait 100 centenaires en 1900 ; 1.120 en 1970 ; ils sont actuellement 26.300 et approcheront (les) 200.000 en 2060 », analyse le rapport. En raison de l’évolution démographique de la France, comme de tous les pays de l’OCDE, la prévention de la perte d’autonomie est indispensable.

Selon la Cour des comptes, le dispositif français de prévention doit être amélioré. Si l’espérance de vie à 65 ans en France est la plus longue des pays européens, « les années de vie en bonne santé représentent la moitié seulement de cette durée espérée, alors que bien d’autres pays (11 en Europe) font mieux », relève encore le rapport. La prévention permettrait à l’assurance maladie de faire des économies. Ainsi, un an d’espérance de vie sans incapacité (EVSI) de gagné ferait économiser 1,5 milliard d’euros au régime, selon les sages. Au-delà de l’aspect bénéfique pour la société entière, « ces enjeux financiers légitiment l’intervention publique en matière de prévention de la perte d’autonomie ».

Trop d’acteurs

Par ailleurs, les intervenants sont trop dispersés, entre les collectivités locales, les agences de l’Etat, les associations ou encore les acteurs privés. Plusieurs actions ont pourtant été menées pour une restructuration des acteurs, mais « l’ensemble est encore foisonnant, administrativement complexe, désordonné dans sa progression ». Les usagers, face à autant d’interlocuteurs, peuvent se décourager. Le montant des dépenses engagées dans la prévention de la perte d’autonomie est aussi difficile à évaluer : la Cour des comptes le fixe à 1,5 milliard d’euros par an (460 millions d’euros pour les aides techniques de l’assurance maladie et près de 300 millions d’euros pour l’action sociale de la Caisse nationale d’assurance vieillesse). La Cour des comptes évoque aussi les bons comportements à conseiller aux personnes dès 40-45 ans « pour infléchir préventivement les habitudes » et au moment du départ à la retraite, notamment en ce qui concerne l’exercice physique.

Les sages pointent aussi le problème de chutes des personnes âgées. Elles sont la cause de plus de 10.000 décès de personnes de plus de 65 ans chaque année. Là encore, une meilleure prévention limiterait ces accidents : limitation de la iatrogénie médicamenteuse (telle qu’une prescription inadaptée), aménagement du domicile ou encore activité physique adaptée. « Mais la France néglige ce domaine », regrette la Cour des comptes. Le dispositif de maintien à domicile, en adaptant le logement, rencontre des obstacles tels que la « trop grande complexité pour les bénéficiaires potentiels, l’absence de suivi (…) et la compétence technique fragmentaire des agents chargés des diagnostics à domicile ».

Enfin, « la lutte contre l’isolement des personnes âgées » et « la sensibilisation des professionnels de santé au dépistage des pathologies du grand âge et aux techniques de maintien des capacités fonctionnelles » ne font l’objet que « d’une esquisse de prise de conscience », déplore le rapport. Les sages recommandent aussi de mieux structurer la prévention, coordonnée par les départements et de mieux doter la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA).