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Retraite : a-t-on réellement le temps d’en profiter en partant à 64 ans ?

Une fois à la retraite, nombreux sont les Français qui nourrissent des projets. Mais cela implique qu’ils soient en bonne santé.

retraite
Grandmother and granddaughter in summer enjoy harvesting vegetables from home organic vegetable garden.

Pour certains, la retraite rime avec jardinage, voyages au bout du monde ou encore moments privilégiés avec sa descendance. Pour tous, l’ambition reste d’en profiter en bonne santé le plus longtemps possible. Mais alors que l’âge de départ pourrait être décalé à 64 ans, si la réforme portée par le gouvernement Borne finit par être adoptée, se pose une question légitime : partir plus tard aura-t-il une incidence sur la qualité et la durée de la retraite des personnes concernées ?

La retraite, puis la maladie ?

Il est vrai qu’en France, l’espérance de vie à la naissance, l’âge maximal que l’on peut espérer atteindre est en moyenne de 72,9 ans pour les hommes et de 85,3 ans pour les femmes, selon l’Insee. C’est d’ailleurs l’un des arguments brandis par Emmanuel Macron pour défendre son projet de loi. « Mais elle évolue avec l’âge, et à 81 ans, vous avez encore sept ans d’espérance de vie », précise auprès de 20 Minutes, le Dr Jérôme Marty, président de l’Union française pour une médecine libre (UFML) et aussi médecin généraliste.

Mais en ce qui concerne l’espérance de vie en bonne santé, ce n’est pas la même chose. « A la naissance, elle n’est en France que de 65,4 ans pour les femmes et de 63,9 ans pour les hommes, soit une moyenne de 64 ans, explique le médecin physiologiste spécialiste du vieillissement, le Dr Christophe de Jaeger. Et c’est un paramètre extrêmement inquiétant, parce que c’est très jeune. Donc le report de l’âge de départ à la retraite à 64 ans fait se dire à certains : « Je vais travailler jusqu’à 64 ans, puis je vais tomber malade«  ». Mais en vieillissant, l’espérance de vie progresse : à 65 ans, elle est de 10,5 ans pour les femmes et de 9,4 ans pour les hommes, selon la Drees. Des chiffres stables, qui ne progressent plus.

Des disparités importantes selon les revenus et les métiers

« Il y a toutefois des disparités très importantes », abonde le Dr Christophe de Jaeger auprès du média. Un grand écart peut se creuser selon les revenus et les métiers. Les travailleurs les plus modestes ont treize années d’espérance de vie en moins que les plus aisés, selon l’Insee. L’espérance de vie est également « très liée aux activités professionnelles, dont certaines usent les corps, détaille le Dr Marty. Elle sera plus courte pour celles et ceux qui ont un métier très physique, qui travaillent en extérieur par tous les temps. Plus courte aussi pour certains métiers très sédentaires et exposés au stress, avec à la clé le développement de pathologies cardiovasculaires. Tous ceux-là arrivent à l’âge de la retraite usés ».

Outre le travail, d’autres facteurs peuvent avoir une incidence sur l’espérance de vie en bonne santé : « Il y a des disparités régionales, et des facteurs liés à la pollution, la précarité et l’alimentation, les addictions à l’alcool et au tabac », complète le Dr Marty. Autrement dit, il ne faut pas fumer, bien manger et avoir une activité physique régulière. Nombreux sont ceux qui connaissent ces conseils, pourtant « très peu les appliquent correctement », regrette le spécialiste du vieillissement. Pour anticiper, « il faut être proactif, dès 50 ans, et se faire accompagner par son médecin traitant, qui est là pour accompagner la bonne santé, et pas que les pathologies ». « S’imaginer faire partir plus tard à la retraite des gens qui ont des métiers difficiles, c’est se heurter à une réalité que les porteurs de la réforme ne semblent pas voir », conclut-il.