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Epargne retraite : le PER est beaucoup trop cher !

60 Millions de Consommateurs dresse un tableau peu flatteur des frais du nouveau plan d’épargne retraite. Une poignée de nouveaux produits parviennent à sortir du lot en restant assez peu chargés.

On savait que le nouveau plan d’épargne retraite (PER) n’était pas pour tout le monde, reste à savoir qui peut vraiment en supporter le coût total. 60 Millions de Consommateurs fait le point sur ce produit, qui remplace dans sa version individuelle (Perin) les anciens dispositifs Perp, Madelin, Article 83, PERE, Préfon, etc. ou encore le Perco dans sa version collective. Le constat : un peu plus d’un an seulement après son lancement, le produit, dont la commercialisation va bon train, est loin d’être bon marché. C’est ce que dévoile le magazine, dans son étude présentée ce jeudi à la presse, qui a passé au crible 26 différents PER individuels commercialisés et questionné plus de 40 professionnels du secteur dont des banquiers, assureurs, associations d’épargnants et courtiers. Si l’avantage fiscal lié à ce placement peut être intéressante ou non selon les cas, un élément est susceptible de changer significativement la donne : « les avantages du PER ont un coût assez énorme, ce produit est truffé de frais », souligne Stéphanie Turquin, économiste à l’Institut national de la consommation (INC). Et ce, à tous les étages.

Un millefeuille de frais

En premier lieu, les frais de versements peuvent aller jusqu’à 5%, absorbant une bonne partie de la performance des fonds euros, qui s’érodent au point de n’être qu’autour de 1% cette année. Heureusement, ces frais sont « facilement négociables », il est même possible de les mettre à 0, selon l’économiste. Sur les supports, les frais de gestion se montent quant à eux de 0,5 à 2% sur les fonds euros, et de 0,5 a 1,60% sur les unités de compte (UC). Un élément qui s’ajoute au fait que de plus en plus de compagnies n’offrent plus de garantie totale en capital, à l’instar de Predica (Crédit Agriole Assurances) qui a récemment lancé un contrat assorti d’une garantie à hauteur de 98%. Résultat : « Sur les 26 contrats, nous avons constaté que 7 ne sont pas garantis à 100% », d’après l’INC. Ce serait ainsi un quart du marché qui se passerait de la garantie totale.

Par ailleurs, les frais d’arbitrage varient de 0,5% par opération à 5% pour les contrats les plus onéreux. L’association conseille ici de solliciter au moins un arbitrage gratuit par an. Côté UC, les frais annuels ne doivent pas être négligés, lesquels risquent de grever la performance des marchés.

Enfin, à ces (trop) nombreux compartiments de coûts s’ajoutent les frais sur la rente (si cette option est choisie), de 0 à 3% selon la table de mortalité choisie, de même que les frais de transfert, pour les anciens produits de moins de 5 ans – plafonnés à 1% -, mais que l’ensemble des distributeurs audités semble appliquer à son maximum.

Quelques contrats s’en tirent

« Pour l’instant, ces produits ne donnent pas du tout envie, il y a trop de frais », souligne Lionel Maugain, journaliste à 60 Millions de Consommateurs. Seule bonne nouvelle : quelques bons contrats, qui ne sont pas trop chargés, existent. A l’image du PER de la Macif, côté mutuelles. Si les contrats en ligne tirent leur épingle du jeu, en étant assez abordables, les banques et les assurances ont « les produits parmi les plus chers du marché ». Pour ceux qui seraient malgré tout tentés, l’association apporte quelques conseils : bien choisir son option fiscale à l’entrée, afin d’éviter une surtaxation à échéance, faire jouer la concurrence et comparer les frais, ainsi que vérifier l’étendue de la garantie du fonds euros. Enfin, la gestion pilotée étant par défaut, il convient de bien choisir son profil de risque, comme pour les contrats d’assurance vie. Mais surtout, les détenteurs de vieux produits au rendement intéressant, comme d’anciens Madelin à performance garantie, ou des fonds euros rémunérateurs en assurance vie, peuvent avoir tout intérêt à les conserver.