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Les plans retraite attendus au tournant

Le succès commercial du Plan d’épargne retraite individuel, dit PERin, nourrit bien des convoitises. Face à une offre abondante, comment s’y retrouver ?

PEL
Credit : iStock.

2 millions. C’était à fin juillet le nombre de PERin ouverts en France, selon les statistiques de la Fédération française de l’assurance. « Le marché de l’épargne est marqué par la montée en puissance du Plan d’épargne retraite, commente Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’Epargne. Commercialisé depuis le 1er octobre 2019, il rencontre un réel succès malgré un contexte plus que complexe. La sortie en capital attire les Français qui sont, en outre, très inquiets pour leur futur pouvoir d’achat à la retraite. »

La cagnotte du PERin est déjà grosse, autour de 22 milliards d’euros investis par les ménages, une partie de cette manne (un tiers selon des données officieuses) provenant toutefois de transferts d’ex-produits retraite (Perp, contrats Madelin). A Bercy, on ne masque pas sa satisfaction : « C’est un produit qui se commercialise facilement, la dynamique est bonne ! » Une dynamique qui va exploser cet automne, temps fort de la commercialisation pour les professionnels. Et pour cause, le PERin permet aussi de réduire son impôt sur le revenu. 

Près d’une centaine de PERin

Ce n’est pas une raison suffisante pour y foncer tête baissée. Placement destiné à être conservé des années durant, le PERin vaut d’être souscrit pour les bonnes raisons et en fonction de sa situation patrimoniale. Rappelons en deux mots son fonctionnement. Destiné aux actifs, ce plan sert à se constituer un capital pour sa retraite. Point clé : l’argent est bloqué jusqu’à cette échéance, sauf gros coups durs (décès du conjoint, invalidité, etc.) ou achat de sa résidence principale.

Entre temps, il va fructifier ou non selon les choix financiers réalisés, comme sur tout placement. Attention, le capital n’est pas garanti contre une baisse possible, sauf s’il est placé sur le fonds en euros (peu rentable, en contrepartie). Très bien. Reste maintenant à se confronter à un marché qui grossit à vue d’œil. On compte aujourd’hui près d’une centaine de PERin différents distribués par toutes les enseignes financières, des banques aux compagnies d’assurances, en passant par les courtiers en ligne, les conseillers patrimoniaux indépendants, les associations d’épargnants, etc. A l’instar de ce qu’on observe sur le marché de l’assurance vie. 

Des contrats d’assurance vie

Assurance vie, le mot est lâché. C’est peu dit, mais la quasi-totalité des PERin commercialisés sont juridiquement des contrats d’assurance vie, dixit leur notice d’information. La base des deux enveloppes est donc identique, aux ajustements réglementaires et fiscaux près. Le législateur avait pourtant prévu la possibilité de propose des PERin sous forme de compte-titres, une initiative seulement prise par le Crédit Agricole et le courtier Yomoni aujourd’hui. Dommage !

Autre déception, on trouve seulement quelques PER dans lesquels les versements octroient des points ayant une valeur garantie en euros (chez Garance, Medicis, Prefon). Avantage : vous savez dès aujourd’hui ce à quoi vous pouvez prétendre pour la retraite. L’essentiel de l’offre repose donc sur des multisupports avec une offre financière très hétérogène, de multiples options de gestion pilotée… mais aussi des niveaux de frais et services client dont il faut impérativement mesurer le niveau. Nous y travaillons à Mieux Vivre Votre Argent et vous présenterons en décembre un étalonnage étayé du marché. Rien ne sert de courir après un PERin, qui pourra se souscrire très vite une fois son choix abouti. Patience, donc. 

De belles économies pour les ménages fortement imposés

Les versements effectués dans un PER sont déductibles des revenus à déclarer au fisc. De quoi générer de belles économies d’impôt pour les ménages ayant une tranche marginale d’imposition (TMI) à 30%, 41% ou 45%. Avec 10 000 euros versés, ce sont respectivement 3 000, 4 100 ou 4 500 euros d’impôt en moins l’année suivante. Cette générosité a ses limites, le montant déductible étant plafonné à 10% du plafond annuel de la Sécurité Sociale (PASS) de l’année précédente ou, si c’est plus avantageux, à 10% des revenus professionnels de l’année précédente limités à 8 PASS de l’année précédente. Soit 32 908 euros de déduction maximale en 2021. Ce plafond individuel peut être mutualisé dans un couple, et surtout, le plafond de déduction non utilisée en année N est reportable sur l’une des 3 années suivantes.

Les travailleurs non-salariés bénéficient, eux, d’un plafond plus élevé. Quid de la sortie, maintenant ? Pour les déblocages suite à un coup dur (décès, invalidité, etc.), la somme versée est exonérée d’impôt sur le revenu (IR), seuls les produits du capital étant assujettis aux prélèvement sociaux (17,20%). Pour l’achat de la résidence principale, le capital est imposé au barème progressif de l’IR et les gains taxés au PFU (30%). Et à la retraite, le capital perçu sera soumis au TMI et les plus-values taxées au PFU. Les rentes seront, elles, imposées au barème progressif de l’IR, après un abattement de 10%. En somme, à TMI égal, l’avantage fiscal à l’entrée n’aura été qu’un différé d’imposition.