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Epargne retraite : « Le PER n’est pas pour tout le monde ! »

Raphaël Oziel, fondateur de La Boutique des Placements, revient pour Mieux Vivre Votre Argent sur l’intérêt de souscrire – ou non – un PER. Un produit dont les subtilités, rappelle-t-il, doivent bien être appréhendées par les épargnants.

Raphaël Oziel, fondateur du site www.boutiquedesplacements.

Le Plan d’épargne retraite (PER), qui a soufflé ses trois bougies cette année, est un véritable succès auprès des épargnants. Pourtant, vous ne le recommandez pas à tous les profils ?

Raphaël Oziel : Le PER est un produit qui est largement présenté comme une martingale pour la retraite. Or il ne l’est pas pour tout le monde ! Dans bien des cas, on présente l’avantage fiscal à l’entrée, mais moins le disclaimer explicitant la fiscalité à la sortie. Or, elle est dissuasive dans pas mal de cas.

Qui n’a pas intérêt à souscrire à un PER ?

R. O. : Si l’on n’est pas ou faiblement taxé, le PER n’est pas intéressant. Il se dit que c’est un produit à destination des tranches marginales d’imposition (TMI) de 30%. Mais c’est oublier que les revenus concernés vont de 26 071 euros à 74 545 euros, ce qui regroupe des problématiques patrimoniales fort différentes ! De même, il faut faire une projection sur le passage à la retraite. A ce moment, beaucoup d’épargnants ne vont pas changer de TMI, et n’auront pas non plus intérêt à en souscrire un. C’est le cas, par exemple, de certains particuliers qui ont souscrit un crédit et dont les intérêts permettent de diminuer la base taxable des revenus fonciers. Donc même pour les personnes dites « aisées », il est important de bien regarder au cas par cas. Rares sont les placements autant fiscalisés à la sortie !

Quid de la possibilité de déblocage anticipé, notamment pour l’acquisition de la résidence principale ?

R. O. : C’est une pseudo souplesse. On n’investit pas dans un produit pour ne bénéficier que d’un aspects des avantages qu’il procure, fût-il séduisant. D’autant qu’en général, lorsque l’on fait l’acquisition d’un bien immobilier, ce n’est pas le moment où l’on gagne le moins bien sa vie. Pour une majorité d’épargnants, l’assurance vie s’avère sans doute plus adéquate, avec sa fiscalité avantageuse, sa souplesse et la possibilité de bénéficier d’une épargne liquide à tout moment. Un placement utile en cas de besoin ou d’un coup dur de la vie.

Qui peut à l’inverse souscrire à un PER ?

R. O. : Ce produit a une utilité indéniable pour les détenteurs d’anciens produits retraite, comme le Perp ou le Madelin, qui ont tout intérêt à le transformer en PER. Notamment pour la faculté de sortir en capital à l’échéance – ce qui n’était en principe pas possible sur la totalité des fonds pour le Perp, par exemple. Les personnes qui sont à 5 ou 10 ans de la retraite, qui sont au sommet de leur carrière, de même que ceux qui passent d’une TMI de 30 à 11% à la retraite, ont aussi intérêt à y regarder de plus près. Enfin, il y a avec le PER une logique de transmission patrimoniale, complémentaire avec l’assurance vie. Même si c’est une finalité un peu « détournée » de l’objectif principal du PER qui est de se procurer une épargne supplémentaire pour la retraite. In fine, il est possible grâce au PER de favoriser ses héritiers, tout en bénéficiant d’une déduction fiscale.