L’Eurovision à peine terminé, une grosse dizaine de fans du concours attendent Madame Monsieur devant leur hôtel à Lisbonne, dans la nuit de samedi à dimanche. Le duo a décroché la treizième place, un résultat dans l’absolu correct (c’est le 7e meilleur rang de la France ces 20 dernières années). Décevant, car sa chanson Mercy figurait parmi les favoris. Margaux, Elizabeth, Alexis, Patrick, Jérôme, Thierry, etc., tous arborent pourtant leurs drapeaux tricolores pour accueillir les artistes et les réconforter.

Jusquà 630 euros les places

Ils ne sont pas les seuls à avoir fait le déplacement dans la capitale portugaise pour cette Eurovision 2018. Pas moins de 215 membres d’Eurofans, le fan club français, ont répondu à l’irrésistible appel du Te Deum, l’hymne du concours. Leur point commun qu’ils soient venus pour la première fois ou la dixième, qu’ils restent un week-end ou deux semaines ? Ils dépensent un bras pour leur passion.

Au moment de rentrer en France dimanche, Benoit, le secrétaire d’Eurofans, fait ses comptes. Environ 150 € de vol, 1100 € d’hôtel, 630 € de places de concert, un bracelet à 60 € permettant d’entrer une semaine à l’Eurocafé, un bar réservé sur place aux membres des fan clubs de l’Eurovision, une tournée à 40 € : avec les dépenses alimentaires, son budget « Lisbonne » dépasse les 2000 €.

Un fan venu de La Réunion spécialement pour l’Eurovision

Patrick, 39 ans, artisan coiffeur, ne repartira, lui, que mercredi, après plus de deux semaines ici. Quand on vient de La Réunion, on ne reste pas qu’un week-end ! Il profite du séjour pour visiter la ville. Et les animations sur place ne manquent pas autour de l’Eurovision : les répétitions des 43 artistes en compétition débutent deux semaines avant le concours, deux demi-finales ont eu lieu les 8 et 10 mai, une rencontre entre les fans et Madame Monsieur a même été organisée… Il y a de quoi s’occuper !

Il était déjà à Stockholm en 2016 et à Kiev en 2017. « L’Eurovision fait partie de ma vie », confie-t-il. « Je pourrais la regarder confortablement sur mon canapé mais je suis bien mieux debout dans la salle à me faire mal au dos en attendant des heures le début des spectacles ! », ironise-t-il. Coût du voyage, vols, hôtel, spectacles et nourriture compris : un peu plus de 3600 €. Auxquels il faut ajouter les indispensables goodies – un mug, une coque de téléphone et un tee-shirt avec le logo de l’Eurovision 2018, 52 €. Et ses 42 € de cotisation annuelle au fanclub (plusieurs formules existent, de 10 à 42 €). « Les dépenses se répartissent sur l’année, j’achète mes billets d’avions longtemps à l’avance, souvent l’été, dès que la ville organisatrice est confirmée. Je réserve aussi à ce moment-là mon hébergement. »

Il n’est pas le seul à avoir parcouru des milliers de kilomètres. Anita, qui a fêté ses 23 ans à Lisbonne, a fait le déplacement depuis Sydney, où elle travaille comme vendeuse. « J’ai dépensé 1390 € pour l’avion, 1640 € pour trois semaines de logement, environ 50 € de transport sur place, et aussi 630 € d’équipement. Je me suis acheté notamment une caméra pour couvrir l’Eurovision sur mon blog, Eurovisionunion.com. « C’était un de mes rêves », lance la jeune Australienne.

Vol low cost et colocation

« Les billets étaient très chers cette année », déplore de son côté Ethan, le trésorier d’Eurofans. « J’ai payé 480 € pour un ‘package assis’ [ndlr : des places assises pour les demi-finales et la finale, ainsi que la répétition générale ayant lieu la veille de chaque spectacle]. C’est un record pour moi en sept ans, ces ‘packages’ sont de plus en plus coûteux. Heureusement, la vie à Lisbonne n’est pas chère. » Son budget pour deux semaines : environ 1800 €, dont 250 € de frais de soirées. Des soirées festives sont en effet organisées dans des clubs de la ville chaque année, offrant aux fans l’occasion, rare, de se déhancher sur les titres de l’Eurovision.

De son côté, Nicolas, formateur à Paris, n’a dépensé « que » 1300 €, dont 3 € pour le drapeau bulgare acheté avant de partir pour soutenir sa chanson favorite, et le vote à 0,75 € envoyé par SMS durant la finale. Il n’est resté qu’une semaine, a volé en low-cost, et a partagé son appartement avec trois personnes. C’est son huitième Eurovision. « Avant, je m’y rendais où que ce soit, maintenant il faut que la ville organisatrice me plaise car la composante tourisme du voyage compte pour moi. »

Pour limiter les frais, Mathias, un étudiant en traduction de 21 ans, est venu sans acheter de « package ». Il réalise depuis deux ans des interviews des artistes de l’Eurovision pour le site Eurovision-fr.net. A ce titre, il peut suivre les spectacles sur écran dans le centre de presse. Il a simplement acheté à la dernière minute un billet à 20 €, pour une répétition de demi-finale.

« L’avion plus le logement -une semaine en Airbnb et deux jours en auberge de jeunesse – m’ont coûté 340 € pour dix jours, et sur place je fais très attention », relate-t-il. « C’est la première fois que je viens mais c’était important, l’Eurovision et ma vie s’entremêlent. C’est pour l’Eurovision que j’ai appris le Suédois, j’étais fasciné par le Melodifestivalen et je voulais comprendre ce qu’il s’y racontait. »

Mathias et William, deux jeunes fans français de l'Eurovision ayant fait le déplacement à Lisbonne, veillent à limiter leurs dépenses sur place.

L’Eurovision, c’est toute l’année !

Vous ne connaissez pas le Melodifestivalen ? C’est la sélection nationale que la Suède organise chaque printemps pour choisir son représentant à l’Eurovision, un télé-crochet prisé des fans. Car l’Eurovision se vit toute l’année. Les plus mordus suivent les sélections nationales des différents pays, souvent via Internet, parfois sur place.

Il y a également les « mini-Eurovisions » toujours organisées avant le vrai événement, auxquelles participent les candidats pour se faire connaître, à Londres, Amsterdam, Tel Aviv ou encore Madrid. Benoit a aussi assisté au concert d’Amsterdam en avril. Ce professeur de maths lillois s’est en outre rendu à Paris plusieurs fois pour les événements liés à la vie du fan club, et était présent aux trois émissions de Destination Eurovision. De quoi occasionner quelque 1000 € de dépenses supplémentaires, estime-t-il.

Nisay, rédacteur en chef de Eurovision-fr.net, a lui assisté en juillet dernier à une déclinaison du concours, l’« Eurovision des chorales », en Lettonie. Il en a profité pour visiter les environs. Le séjour lui a coûté au final quasi 700 €. Certaines années, il va en outre à l’Eurovision Junior, le concours des moins de 16 ans. Et en août prochain, il a prévu d’assister à l’« Eurovision des jeunes musiciens », en Ecosse. Lui aussi était cette année à Amsterdam. Et a pris une nuit d’hôtel à Paris pour la finale de Destination Eurovision. Total de ses dépenses « Eurovision » des douze derniers mois : environ 3700 €.

S’ils regrettent leurs dépenses ? Jamais ! « Je suis comme dans une bulle, je peux écouter la musique que j’aime, retrouver des amis qui partagent ma passion », raconte Nicolas. « Il faut dire que le reste de l’année, l’Eurovision est un hobby difficile à partager, car peu commun. »