« Aucune prestation sociale ne sera réduite », a annoncé le Premier ministre Edouard Philippe dans les colonnes du Journal du dimanche ce week-end. Seront-elles gelées ? Non, a-t-il répondu. N’empêche, certaines subiront une désindexation à la fois en 2019 et 2020 : en clair, elles ne seront pas revalorisées au niveau de l’inflation, mais de seulement 0,3 %, soit bien en-deçà de la hausse de l’indice des prix à la consommation hors tabac (1,6 % pour 2018 selon les dernières prévisions de l’Insee). Avec à la clé, donc, une perte de pouvoir d’achat.

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Retraites, APL et allocations familiales

Voici les prestations concernées par ce petit 0,3 %, selon Edouard Philippe, mais la liste n’est probablement pas exhaustive :

Les pensions de retraite. Il s’agit essentiellement des pensions de base , en dehors de celles des avocats. Date de revalorisation annuelle désormais : le 1er janvier (ne vous trompez pas, la date avait été modifiée fin 2017, ce n’est plus au 1er octobre comme auparavant).

– Les aides au logement. Le Premier ministre a évoqué dans l’interview l’APL (l’aide personnalisée au logement, qui concerne les logements conventionnés), mais on peut penser que seront également visées les autres aides au logement accordées aux foyers modestes : l’ALF (l’allocation de logement familiale, pour ceux dont le logement n’est pas conventionné APL et qui sont mariés depuis un certain temps ou ont un ou plusieurs enfants à charge) et l’ALS (l’allocation de logement sociale, pour ceux qui ne peuvent toucher ni l’APL ni l’ALS). Ces aides sont traditionnellement revalorisées au 1er octobre, indexées sur l’indice des loyers, mais le gouvernement les avait déjà gelées pour 2018, dans le cadre de sa loi de finances pour l’année.

– Les allocations familiales – selon les Echos, le gouvernement aurait toutefois renoncé à supprimer ces allocations, touchées à partir du 2e enfant à charge, pour les familles les plus aisées. Date de revalorisation annuelle : le 1er avril.

RSA, minimum vieillesse, prime d’activité, AAH…

D’autres prestations seraient en revanche tout de même revalorisées en fonction de l’inflation. Il s’agit, a dit le Premier ministre, de celles qui bénéficient aux « plus fragiles ». Le seul exemple toutefois donné dimanche est le revenu de solidarité active (RSA, lui aussi revalorisé le 1er avril). Reste à savoir si d’autres aides seront concernées.

Une dernière catégorie de prestations bénéficierait enfin de revalorisation au-delà de l’inflation dans les années à venir, a souligné Edouard Philippe :

Le minimum vieillesse, désormais appelé Aspa, Allocation de solidarité aux personnes âgées. Rappelons qu’il est en effet prévu de l’augmenter de 35 € aux 1er janvier 2019 et 2020 (mesure votée dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2018), afin de le porter à environ 900 €.

L’allocation adulte handicapé (AAH). Le gouvernement avait là aussi d’ores et déjà promis, fin 2017, de porter cette allocation à 860 euros au 1er novembre 2018, puis à 900 € en novembre 2019, contre 819 euros aujourd’hui.

La prime d’activité, née en 2016 de la fusion entre la prime pour l’emploi et le RSA activité. Fin 2017, le gouvernement a annoncé que son montant forfaitaire (utilisé pour calculé chaque prime individuelle) augmenterait de 20 euros en octobre 2018. Rappelons qu’Emmanuel Macron a promis durant la campagne une hausse de 50 % d’ici à 2020.

Quid des heures sup’ et du chômage ?

Le Premier ministre a également profité de cette interview pour annoncer la suppression des cotisations salariales sur les heures supplémentaires pour tous les salariés, au 1er septembre 2019. Coût annoncé : deux milliards d’euros chaque année. « Pour une personne payée au smic, cette mesure représentera en moyenne plus de 200 € supplémentaires par an », a-t-il indiqué.

A noter que la suppression des cotisations sur les heures supplémentaire, à la fois salariales et patronales, était une promesse de campagne. Edouard Philippe l’avait rappelé en février dernier, assurant qu’il la mettrait en œuvre en 2020. Elle interviendrait donc avec quatre mois d’avance. Il n’a toutefois pas précisé dans l’interview si les cotisations patronales seront ou non concernées en septembre 2019.

Concernant la « question de la dégressivité des allocations chômage, il a enfin indiqué : « nous pouvons en discuter (…) nous n’aurons ni tabous ni présupposés (…) partout où il y a des mécanismes qui n’incitent pas à retrouver rapidement un emploi, il faudra agir ».

Des annonces pour l’instant

Ces annonces sont bien sûr à considérer pour ce qu’elles sont : des annonces ! Pour qu’elles entrent en vigueur, reste à les inscrire dans les lois de finances de fin d’année (le projet de loi de Finances pour 2019 doit notamment être présenté fin septembre), et à les soumettre au Parlement, qui aura la possibilité de les amender.