Emmanuel Macron a dévoilé jeudi un plan très attendu de lutte contre la pauvreté, d’un montant de huit milliards d’euros sur quatre ans, en appelant à « ne pas oublier les derniers de cordée » de la société française. »Nous nous sommes trop souvent habitués » au « scandale de la pauvreté », a déclaré le chef de l’Etat devant quelque 400 personnes au musée de l’Homme à Paris. 

Il a donc appelé à « lancer un combat neuf, indispensable, vital pour notre pays, celui de décider résolument de ne plus oublier personne ». Il a annoncé une « loi en 2020 » visant à créer « un revenu universel d’activité » qui fusionnerait plusieurs prestations sociales pour « garantir un seuil minimal de dignité » à tous.

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En présentant lui-même la « stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté », Emmanuel Macron cherche à briser l’image de « président des riches » que lui colle l’opposition et qui a contribué à sa forte baisse dans les sondages. Il donne aussi des gages à l’aile gauche de sa majorité, qui appelait à un tournant social de la politique gouvernementale jugée trop libérale par certains élus.

Au début de son discours, il a ainsi repris sa formule sur les « premiers de cordée » qu’il avait utilisée à l’automne 2017 et qui lui avait valu une volée de bois vert. « Personne n’est premier de cordée si le reste de la société ne suit pas », a-t-il souligné, en appelant « les premiers de cordée à ne pas oublier les derniers de cordée ». « Refuser la fatalité sociale, c’est lutter contre ce déterminisme qui, dès l’enfance, détruit des trajectoires de vie (…) Il y a dans chaque enfant, à commencer par un enfant qui naît dans une famille pauvre, un Mozart qu’on assassine parce qu’on décide de fait qu’il n’a aucune chance de devenir Mozart », a ajouté le chef de l’Etat.

Vivre avec moins de 1.026 euros par mois

Avant de s’exprimer devant plusieurs ministres, dont celle des Solidarités Agnès Buzyn, M. Macron a entendu les témoignages « de personnes vivant dans la précarité ou ayant réussi à en sortir » interrogées par le délégué interministériel chargé du dossier, Olivier Noblecourt. La France comptait en 2016 quelque 8,8 millions de personnes pauvres, soit 14% de la population, selon l’Insee. Ce taux monte à 19,8% pour les moins de 18 ans.

Sont considérés comme pauvres celles et ceux qui perçoivent moins de 1.026 euros par mois (pour une personne seule), c’est-à-dire moins de 60% du revenu médian de la population.

Enfants, jeunes, précaires… : les mesures en détail

Le montant de la « stratégie nationale » s’élèvera à huit milliards d’euros répartis sur quatre ans, jusqu’à la fin du quinquennat, et ses mesures sont déjà « entièrement financées », selon l’Elysée. Elle s’appuiera sur deux « piliers », la prévention de la précarité, notamment chez les plus jeunes, et l’aide à la réinsertion vers l’emploi. 

Sur le premier volet, le plan prévoit notamment d’ouvrir davantage les crèches aux enfants de quartiers prioritaires ou défavorisés – via des bonus financiers aux collectivités -, de créer un fonds pour financer des petits-déjeuners dans les écoles prioritaires. « L’accès à la cantine sera rendu plus universelle en développant les repas à un euro », a précisé Emmanuel Macron. 

Pour les jeunes, l’obligation de formation passera de 16 à 18 ans. Des moyens supplémentaires seront attribués aux missions locales pour qu’elles repèrent les décrocheurs du système scolaire et leur proposent des formations. En outre, le dispositif « garantie jeune », pour les 16-25 ans les plus éloignés de l’emploi, sera étendu à « 500.000 jeunes avant la fin du quinquennat », contre 100.000 actuellement.

L’Etat veut par ailleurs trouver des solutions avec les départements pour prolonger le suivi des enfants de l’Aide sociale à l’enfance. « Il sera possible de bénéficier de l’aide sociale à l’enfance jusqu’à 21 ans », assure Benjamin Griveaux.

En matière de santé, la CMU (couverture maladie universelle) sera étendue à plusieurs millions de personnes pour qu’elles bénéficient d’une complémentaire santé.

Concernant le « deuxième pilier », le gouvernement promet le « développement massif de dispositifs d’insertion par l’activité économique », considérant que « le retour au travail est le meilleur outil de lutte contre la pauvreté ». Chantiers d’insertion, territoires zéro chômeurs, Travail alternatif payé à la journée (Tapaj)… L’ambition est d’étendre ces dispositifs à 100.000 bénéficiaires supplémentaires d’ici 2022, contre 140.000 aujourd’hui.

Le président, qui s’était emporté en juin contre « le pognon de dingue » que représentent les aides sociales, devrait en outre faire des annonces visant à « repenser les minima sociaux », dont le RSA. Car « seuls 9% des personnes au RSA retrouvent un travail dans l’année », a souligné le chef de l’Etat.