Les tarifs du gaz sont gelés mais pas complètement en fait

En réponse aux revendications des gilets jaunes, le gouvernement a acté le gel des tarifs réglementés du gaz. Le prix du gaz étant recalculé tous les mois en fonction de l’évolution des marchés internationaux, que se passera-t-il pour les clients si les prix baissent sur les marchés ?

Crédit: iStock.

En réponse aux revendications des gilets jaunes, le gouvernement a non seulement suspendu l’application de la taxe intérieure de consommation sur le gaz naturel (TICGN) – qui aurait dû augmenter de 22% au 1er janvier 2019 pour tous les abonnés au gaz – mais a aussi acté le gel des tarifs réglementés du gaz (et de l’électricité) jusqu’en juin. Des décisions prises dans le cadre des promesses du Premier ministre Édouard Philippe du 4 décembre pour préserver le pouvoir d’achat.

Concrètement, alors qu’habituellement, le prix du kilowattheure (kWh) de gaz est recalculé tous les mois en fonction de l’évolution des marchés internationaux, il ne bougera pas jusqu’au 30 juin. Dans le détail, pour les abonnés aux tarifs réglementés, c’est le dernier tarif calculé – c’est-à-dire celui applicable au mois de janvier 2019 – qui subsistera les 5 mois suivants.

Ce tarif va reculer par rapport à celui pratiqué en décembre : -1,9% en moyenne pour les consommateurs particuliers, avec un impact sur la facture qui varie en fonction du volume de consommation. En résumé, plus on consomme, plus le repli sera important : jusqu’à -2% pour ceux qui se chauffent au gaz. Néanmoins, ce recul, assorti du gel des tarifs, intervient alors que les prix du gaz réglementé ont connu une belle poussée cette année : plus de 20% entre janvier et novembre 2018. Il ne compensera donc pas la flambée et viendra à peine l’atténuer.

Que devient le gel si les prix baissent ?

Pour arriver à bloquer ces prix, l’exécutif et Engie ont rusé. « Le gouvernement a ainsi demandé à Engie de procéder, d’ici à la fin du mois de décembre 2018, à une opération de couverture portant sur les volumes de ventes aux tarifs réglementés des mois de février à juin 2019″, précise le ministère de la Transition écologique et solidaire dans un communiqué. « En clair, il s’agit d’acheter des volumes de gaz à un prix fixé à l’avance et dans des proportions suffisantes pour couvrir la consommation des clients des tarifs réglementés, décrypte Xavier Pinon, cofondateur du comparateur d’offres d’énergie Selectra. Ainsi, au lieu d’avoir des prix indexés sur les marchés de gros du gaz naturel et les prix du pétrole, on aura des prix fixes sur quelques mois. Comme les consommateurs ne se rendent pas compte que le prix du gaz est au plus haut aujourd’hui, leur promettre des prix fixes a un effet psychologique intéressant. »

Comme on l’a vu, le prix du gaz régulé est enfin orienté à la baisse. Et l’actuelle chute des prix du pétrole – auxquels ceux du gaz sont intimement liés -, laisse présager un nouveau repli de ces derniers au mois de février.

Pour qu’il bénéficie aux abonnés aux tarifs réglementés pendant le gel, l’exécutif a pensé à tout. « Si le scénario d’une baisse des prix du gaz sur le marché de gros se concrétisait, le gouvernement demanderait à Engie d’interrompre ses opérations de couverture pour que les tarifs réglementés puissent baisser. », explique Xavier Pinon. Dans ce contexte, « cette promesse ne semble pas coûter grand-chose à tenir », renchérit-il.

Et pour les clients passés à la concurrence ?

Tous les consommateurs de gaz ne sont pas concernés par ce gel. Les premiers à en bénéficier seront évidemment les 4,4 millions de foyers abonnés aux tarifs réglementés par les pouvoirs publics et commercialisés par Engie (ex GDF). Quid des abonnés ayant souscrit aux offres chez les concurrents du fournisseur historique, comme EDF (premier fournisseur de gaz derrière Engie), Direct Energie, Eni, E.Leclerc, ekWateur… ? Ils représentent la majorité du marché puisque les abonnés au gaz ayant quitté Engie pour un concurrent sont désormais plus de 6,2 millions selon le dernier décompte de la Commission de régulation de l’énergie (CRE).

Parmi eux, les consommateurs ayant opté pour une offre à « tarif fixe » ne sont pas concernés. Car le prix du kWh est fixé à la signature du contrat pour une durée déterminée. Mais ils ne sont pas la majorité. A l’opposé, ceux ayant souscrit une offre dite « indexée » sur les tarifs réglementés – la plus communément proposée par les fournisseurs privés – vont pleinement en profiter. Comme elle garantit une économie de X% par rapport aux tarifs réglementés quelle que soit l’orientation des prix (baisse ou hausse), ils seront protégés de toute hausse grâce au gel, et profiteront aussi des éventuelles baisses tout en réglant des factures allégées 5, 10, 20% sur la partie consommation grâce aux rabais obtenus chez les opérateurs privés.

Le gel à la hausse des prix du gaz, peut-être ainsi une opportunité pour les clients d’Engie encore aux tarifs réglementés pour économiser encore plus en changeant de fournisseur. En optant pour une offre indexée, ils seront assurés de payer toujours moins que les tarifs réglementés. Des vérifications sont toutefois nécessaires avant de signer : s’assurer du pourcentage de réduction par rapport aux tarifs réglementés et de sa durée (6 mois, 1 an…) et vérifier que le prix de l’abonnement est identique à celui des tarifs réglementés lors de la comparaison des offres, à réaliser sur le site dédié du médiateur de l’énergie, sur celui de l’association de consommateurs UFC Que Choisir ou de l’un des comparateurs privés (Selectra.info, Jechange.fr,HelloWatt.fr).

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