Crédits, fonds garantis, IBAN FR… : Revolut devient presque une « vraie » banque

Revolut vient d’obtenir une licence bancaire européenne. Un sésame synonyme de plus de sécurité des fonds et de prochains lancements pour les clients de la fintech. Mais qui l’empêche de développer certains produits.

Crédit: Revolut

Revolut n’a pas encore soufflé ses 4 bougies qu’elle entre presque dans la cour des grands. La fintech qui revendique plus de 400.000 clients en France (3,5 millions au total), vient de décrocher une licence bancaire dans un pays européen, ce qui veut dire qu’elle peut désormais développer des produits qui lui étaient jusqu’alors interdits. Par la même occasion, Revolut, basée à Londres, contourne aussi les possibles conséquences d’une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne sans accord : en cas de Brexit « dur », la fintech n’aurait plus pu exercer dans les pays de l’UE. Cet agrément tombe donc à pic. Mais que change-t-il au juste ?

Un agrément bancaire, mais qui n’en fait pas une banque à part entière

Depuis son lancement en juillet 2015, Revolut exerçait ses activités sous le statut d’établissement de paiement, un statut qui l’empêchait jusqu’alors de proposer certains produits, comme des crédits (lire plus bas). L’obtention de la licence lui ouvre donc les portes de cette nouvelle activité, dont on sait qu’elle est un levier de rentabilité pour les banques. La fintech rejoint ainsi sa concurrente N26, qui dispose d’une licence bancaire (obtenue en Allemagne) depuis 2016 ou Orange Bank qui a hérité du statut grâce au rachat de Groupama Banque. Mais à une nuance près.

En effet, la néobanque ne pourra pas lancer de produits d’épargne rémunérés (livret notamment). La faute aux restrictions liées à l’agrément qu’elle a décroché. En effet, Revolut a obtenu une licence particulière : celle de « banque spécialisée » auprès de la Lietuvos Bankas, la banque centrale lituanienne. Cette licence est plus restrictive qu’une licence de plein exercice. « Revolut Technologies UAB peut accepter les dépôts et offrir des crédits à la consommation, précise la banque centrale. La principale différence entre une banque spécialisée et une banque « à gamme complète » réside dans le fait que la première n’est pas autorisée à fournir des services d’investissement. »

Dommage pour les clients de Revolut, qui, depuis avril dernier, peuvent abriter leurs économies dans les coffres virtuels Revolut Vaults. Car ces derniers ne sont pas rémunérés et ne protègent même pas de l’inflation l’argent mis de côté.

Découvert et crédits à la consommation autorisés

Fort de cet agrément, Revolut s’apprête à lancer des produits qui lui font défaut aujourd’hui. A commencer par des « facilités de découvert » sur le compte courant qui permet aux clients de dépenser plus qu’ils n’en détiennent. L’établissement ne précise pas pour le moment s’il s’agira d’un découvert entièrement payant, ou autorisé sans frais dans la limite de certains montants. Autre développement annoncé, celui du crédit « à des taux compétitifs aussi bien pour les particuliers que pour les entreprises à des taux plus attractifs que les prêteurs traditionnels», précise Revolut.

Un IBAN Français en 2019 ?

L’autre conséquence concrète de l’obtention de la licence bancaire pour les clients de Revolut devrait se traduire dans le courant de l’année 2019 par le déploiement de coordonnées bancaires locales. Autrement dit, l’IBAN, l’identifiant bancaire qui sert à se faire verser salaire ou prélever des factures, ne commencera plus, pour les clients français, par GB (Grande-Bretagne) comme c’est le cas par défaut aujourd’hui, mais par FR. Un changement qui pourrait faire évoluer le comportement des clients : plutôt qu’un compte secondaire dédié à certaines dépenses (en vacances à l’étranger, achats sur internet…), Revolut aurait toute légitimité à devenir un compte principal. Car aujourd’hui, la frilosité est de mise, certains organismes, entreprises et employeurs français refusant – au mépris du droit européen – les IBAN étrangers, comme ceux de Revolut ou N26. « Bien qu’ayant obtenu la licence, il faudra désormais entre 3 et 6 mois à Revolut pour la “passeporter” à travers l’Europe, avec pour marchés prioritaires le Royaume-Uni, la France et la Pologne » précise la fintech. Autrement dit, le changement n’est plus qu’une question de mois.

Des fonds plus en sécurité

En tant qu’établissement de paiement, les clients de Revolut ne bénéficiaient pas, comme ceux des banques, de la garantie des dépôts en cas de faillite de l’établissement, mais d’un autre système de protection. Grâce à l’agrément bancaire, les choses ont changé : les dépôts des clients de Revolut sont protégés à hauteur de 100 000 € par client grâce au système de garantie des dépôts européen. Mais attention, en cas de problème, ce n’est pas le fonds de garantie français (le FGDR) qui indemnisera les clients, mais le fonds de garantie lituanien puisque Revolut ne dispose pas d’une filiale en France.

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