Blanquette ou poisson? A la cantine, l’intelligence artificielle fait la différence

L’intelligence artificielle est désormais capable de remplacer les caissières des cantines d’entreprises. Mais il lui reste encore beaucoup à apprendre.

Les machines communiquent en permanence, partagent leur expérience, et améliorent ainsi collectivement leurs capacités de reconnaissance. Crédit: iStock.

Visuellement, rien ne ressemble plus à un poisson blanc en sauce qu’une blanquette. Mais avec l’intelligence artificielle, les caisses automatiques d’une entreprise de restauration collective savent faire la différence, et facturer au bon prix. Dans les 13 restaurants du géant du secteur Compass pour l’instant équipés en France, les usagers ne passent plus devant un caissier ou une caissière, mais posent leur plateau sur une borne spéciale. 

A LIRE >>> L’intelligence artificielle, ça change quoi dans votre banque ?

Le plateau est photographié et la machine sait quasi-instantanément reconnaître les plats choisis, et donner l’addition.  Si l’usager est d’accord, il paye, grâce à son badge d’entreprise, ou avec le terminal de paiement intégré. S’il n’est pas d’accord, il peut corriger, contribuant ainsi à éduquer ainsi un peu plus une machine qui n’en finit jamais d’apprendre de ses erreurs, pour mieux reconnaître les 6.000 recettes utilisées par le groupe.

Le système déployé par Compass avec l’aide de la start-up spécialisée dans la reconnaissance visuelle Deepomatic, permet de gérer d’ores et déjà « 9.200 passages par jour », se félicite Gaétan de l’Hermite, le PDG de Compass en France. Compass veut accélérer le développement des bornes, avec l’objectif d’avoir équipé 80 sites en France avec 210 bornes au total d’ici à la fin de l’été 2019.

S’adapter à de nouvelles demandes

L’intelligence artificielle permet notamment de réduire les temps d’attente aux caisses avec un passage complet, paiement compris, réduit à moins de 10 secondes, et un taux d’erreur (1%) inférieur à celui d’un humain (2%). Pour autant, assurent les responsables de Compass, le but n’est pas de réduire la main d’œuvre en supprimant la fonction de caissier, mais plutôt de libérer des ressources humaines pour faire autre chose.

Les employés déchargés des tâches de caisses ne consacrent de toute façon à celles-ci qu’environ deux heures et demie de leur temps de travail. Le temps libéré pourra servir par exemple être redirigé vers la cuisine, alors que la « clientèle » est de plus en plus exigeante sur ce plan, estime M. de l’Hermite. 

Les employés concernés pourront aussi utiliser ce temps pour faire « faire ce qu’ils font le mieux », c’est-à-dire « accueillir, informer, ou conseiller » les clients, affirme-t-il. « Nous cherchons à nous adapter à de nouvelles générations, à de nouvelles demandes » et non à faire un calcul « économique », insiste Gaétan de l’Hermite. « Il y a pénurie de bras » pour participer à la préparation des plats, assure de son côté Mathilde Bouchard, la directrice des ressources humaines d’Eurest, la filiale française de Compass.

Les technologies utilisées par Compass sont celles du réseau de neurones et de l’apprentissage automatique, ces technologies qui ont fait décoller l’intelligence artificielle ces dernières années.  Les bornes fonctionnent grâce à un réseau de neurones en quelque sorte « distribué » dans chaque restaurant, explique Olivier Malvezin, directeur digital de Compass Europe. 

Les machines communiquent en permanence, partagent leur expérience, et améliorent ainsi collectivement leurs capacités de reconnaissance. Mais, en cas de besoin, elles peuvent aussi fonctionner temporairement sans accès à internet.

Le grand rival de Compass (groupe britannique) à l’échelon mondial, le français Sodexo, est aussi sur la piste pour développer des caisses automatiques avec reconnaissance d’images. Sodexo a investi en novembre 2018 dans Aye-Go, une start-up chinoise qui permet la reconnaissance automatique des plateaux et des visages pour un passage plus rapide en caisse. Le système est actuellement en phase pilote sur plusieurs sites Sodexo de Shanghai.

Diagnostic de pare-brise chez Carglass

La reconnaissance visuelle est l’une des grandes applications de l’intelligence artificielle. Elle s’installe petit à petit dans les usines, dans les services et chez M. Tout-le-monde, avec notamment les systèmes permettant de remplacer les codes sur les smartphones.

Des portails de reconnaissance faciale, permettant un contrôle automatisé des passeports sont en service dans les aéroports de Paris, Nice et Lyon. « Les industriels ont compris que la reconnaissance d’images peut être utilisée un peu partout », souligne Ghislain de Pierrefeu, du cabinet de conseil Wavestone.

Des applications sont lancées dans de nombreux secteurs, notamment pour le contrôle qualité industriel, mais aussi pour l’analyse des flux de personnes dans des gares ou la gestion des entrepôts, explique-t-il.

Deepomatic, avec une trentaine d’employés et un chiffre d’affaires de 1,6 million d’euros, a ainsi des clients comme la SNCF, Airbus, Valeo, ou Belron, le groupe propriétaire de Carglass.  Carglass a développé avec Deepomatic « en un mois » un système automatisé de diagnostic pour les éclats sur les pare-brise, indique Augustin Marty, le directeur général de Deepomatic, qui vient de lever 6,5 millions de dollars pour poursuivre son développement.    

Sur le même thème

Consommation

Ne manquez rien de l'actualité

Réactions et commentaires

Sur la même thématique