Pour l’économiste Jean Pisani-Ferry, la taxe carbone doit revenir « d’ici la fin du quinquennat »

Pour le responsable du programme d’Emmanuel Macron durant la dernière campagne présidentielle, il faut garantir que le produit de la taxe soit restitué euro pour euro.

Pour Pisani-Ferry, "il faut que la transition soit juste et accompagner ça sur plusieurs décennies." Crédit: iStock.

Pour l’économiste Jean Pisani-Ferry, qui fut responsable du programme d’Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle de 2017, la hausse de la taxe carbone, abandonnée face à la crise des « gilets jaunes« , doit être remise sur la table « d’ici la fin du quinquennat ».

Faut-il abandonner définitivement toute augmentation de la taxe carbone, après la crise des « gilets jaunes »?

« L’erreur, dont je porte une part de responsabilité, car j’étais chargé du programme d’Emmanuel Macron, a été de ne pas se rendre compte qu’il fallait rendre le produit de la taxe carbone directement et intégralement aux contribuables. Beaucoup de Français se sont dit: cette histoire de fiscalité écologique, c’est encore un prétexte de l’Etat pour nous pomper notre argent. Pourtant, la taxe carbone est indispensable. Si on ne met pas un prix sur le carbone, les comportements ne vont pas changer. »

Remettre le sujet sur la table ne va pas être simple…

« Il ne va pas manquer de gens pour dire +il faut aller doucement sur ce sujet+, et c’est normal. Les politiques doivent aussi répondre à ce que dit l’opinion, surtout quand elle le dit de manière aussi éruptive. Mais on ne peut pas terminer le quinquennat en n’ayant pas remis le sujet sur la table. Pour cela il faut repenser la fiscalité carbone. »

Comment la rendre plus acceptable?

« Il faut garantir que la taxe ne servira pas à financer les dépenses publiques et que son produit sera restitué euro pour euro, d’une manière qui soit juste. Beaucoup disent il y a des tas de gens qui y échappent, et c’est vrai: certaines professions bénéficient d’exonérations, les billets d’avion n’y sont pas soumis, des camions traversent la France en ayant fait le plein avant de traverser la frontière… Il faut donc élargir au maximum la taxe. Concernant l’accompagnement et les compensations, la question est de savoir quels mécanismes utiliser pour aider ceux qui sont le plus touchés. Pour l’instant, on a accompagné surtout les personnes situées en bas de l’échelle des revenus. Il faut aller plus loin, compenser les pertes de revenu jusqu’au niveau de la classe moyenne et trouver comment traiter les problèmes des ménages tributaires d’un mode de vie intensif en carbone. On ne peut pas mettre les gens face à une équation sans solution ».

Une partie de la taxe carbone sert à financer le budget de l’Etat. Il faut en finir avec cette pratique?

« On ne refera pas une taxe carbone qui produit des recettes nettes. Cette taxe carbone-là, elle est morte: il faut renoncer à cette idée. C’est aussi simple que cela. »

Emmanuel Macron a évoqué une taxe carbone « flottante ». Est-ce une bonne idée?

« On peut faire des amortisseurs, car c’est vrai que quand le prix du pétrole augmente et qu’en même temps on augmente la taxe carbone, ça pose un problème. Dans ce cas, on peut décaler les hausses de la fiscalité. Mais ce sont quand même des éléments à la marge. »

La transition écologique restera donc douloureuse…

« L’objectif qu’on s’est fixé, à savoir la neutralité carbone en 2050, implique une mutation complète de l’économie et des modes de vie. Il ne faut pas raconter aux Français que ça va être un chemin couvert de pétales de roses. On va devoir remettre en cause profondément le type d’urbanisation développé depuis une cinquantaine d’années, qui a poussé des gens à s’installer en périphérie. Collectivement, on va subir une perte, parce que tous les équipements, les technologies, l’habitat, vont dans un premier temps être dévalorisés. Il y aura un effet de choc, un coût collectif. Il faut le répartir équitablement, il faut que la transition soit juste et accompagner ça sur plusieurs décennies. »

Faut-il profiter des faibles taux d’intérêt pour financer par l’emprunt la transition écologique?

« La question est légitime. Si vous demandez aux générations futures est-ce que vous préférez hériter d’un peu plus de dette publique et d’un climat qui reste vivable, ou de finances publiques en bon ordre et d’un climat complètement dégradé, je pense qu’elles diront qu’elles préfèrent un peu plus de dette publique. Donc c’est une bonne raison de s’endetter. Mais il faut être très prudent car la France a de très mauvaises habitudes en matière d’endettement: il faudrait arriver à cantonner l’endettement pour l’action climatique, avec en contrepartie des contraintes plus dures sur le reste. »

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