Le télétravail s’étend et séduit… Comment fait-on alors pour devenir télétravailleur ?

La mise en place du télétravail dans les entreprises se traduit souvent par plus de productivité et plus de sérénité pour les télétravailleurs.

Selon une étude Ifop, les salariés voient aussi des défauts au télétravail: 60% déplorent par exemple"un empiétement" de l'activité professionnelle sur la vie personnelle. Crédit: iStock.

« Je travaille beaucoup plus vite chez moi », « ça fait beaucoup de fatigue en moins »: le télétravail s’étend et ses adeptes disent gagner en efficacité et énergie, loin des « open spaces » et problèmes de transport, même si la médaille a son revers. Le télétravail, « pour la concentration et la productivité, c’est juste génial », applaudit Stéphanie (prénom modifié), cadre dans la communication en Bretagne. « Pour les gros dossiers à rédiger, j’ai besoin de concentration. Je travaille mieux chez moi », où « je peux m’isoler », explique-t-elle à l’AFP. Dans son entreprise, à Rennes, il n’y a « pas de bureaux individuels, ça bouge beaucoup, on est dérangé ».

En lui épargnant « trois heures aller-retour en voiture » entre Rennes et son domicile, le télétravail c’est aussi du « temps en plus », « moins de risques » au volant et « beaucoup de fatigue en moins », se félicite cette mère de famille quadragénaire, qui doit régulièrement sillonner les routes de sa région pour « voir les équipes sur le terrain ».

9 télétravailleurs sur 10 sont moins fatigués

« Plus efficace, moins fatigué »: un constat partagé par près de neuf télétravailleurs sur dix, selon une enquête Ifop sur le secteur privé parue en février. Une étude qui confirme la progression du télétravail dans le privé, où 29% des salariés l’ont pratiqué de façon occasionnelle ou régulière en 2018, contre 25% l’année précédente.

Sur l’agenda de Stéphanie, deux jours par semaine sont réservés à Rennes, notamment pour des réunions. Chaque mercredi, elle rejoint d’autres locaux de son entreprise, à seulement 10 km de sa maison. « Quand je ne suis pas à Rennes ou sur le terrain, je suis sur ce site ou en télétravail chez moi. Ça me sauve. Aller à Rennes tous les jours, je n’aurais pas pu continuer. »

Même bilan pour Frédéric Arraitz, 51 ans, chef de projet de systèmes d’essai chez Renault, au centre technique de Lardy (Essonne). « Pour sortir des documents écrits, j’ai besoin de concentration. Chez moi, je ne suis pas dérangé, ça avance beaucoup plus vite, du simple au double en productivité. » A Lardy, « c’est bruyant, une vraie fourmilière, des gens qui passent… Le temps là-bas est consacré aux réunions. »

Le télétravail, comment ça marche ? Travailler comme au bureau mais sans y être: avec le télétravail, c’est possible, grâce aux technologies de la communication – internet, ordinateurs, téléphones portables… -, et c’est plus simple à instaurer dans les entreprises avec la dernière réforme du Code du travail. Ainsi, depuis l’une des ordonnances de l’automne 2017, « il n’est plus nécessaire de modifier le contrat de travail pour permettre à un salarié de télétravailler », rappelle le ministère du Travail sur son site internet (travail-emploi.gouv.fr). Et en l’absence de texte dans l’entreprise précisant les conditions du télétravail, il suffit d’un « simple accord », par écrit (courrier, courriel) ou même oralement, entre le salarié et son employeur pour pouvoir télétravailler, souligne le ministère. Les conditions de passage en télétravail peuvent être déterminées dans l’entreprise par un accord collectif, négocié avec les représentants du personnel. Autre option possible: l’employeur établit lui-même une charte fixant ces règles, « après avis du comité social et économique » (CSE), s’il y en a un dans l’entreprise (c’est-à-dire celles d’au moins 11 salariés). Régulier ou occasionnel, ce travail « exercé à distance », qu' »on aurait pu faire au sein de l’entreprise », offre au télétravailleur les « mêmes droits » qu’aux « autres salariés », relève le ministère. Dans tous les cas, si l’employeur refuse le télétravail à un salarié « qui occupe un poste qui le permet, il doit motiver sa réponse », ajoute-t-il. A l’inverse, un employeur ne peut pas imposer le télétravail à un salarié, sauf événements exceptionnels, une menace d’épidémie par exemple. Dans la fonction publique, le télétravail n’est mis en place que sur demande écrite de l’agent. Les autorisations sont délivrées pour une durée d’un an maximum renouvelable.  Le télétravail peut s’exercer à domicile, dans des télécentres (bureaux équipés d’outils informatiques et mis à la disposition de télétravailleurs), un café… Mais des restrictions peuvent être imposées. On peut aussi fixer des plages horaires durant lesquelles le télétravailleur peut être contacté par son employeur. Et si un accident se produit pendant le télétravail? Le Code du travail « prévoit que l’accident survenu sur le lieu où est exercé le télétravail pendant l’exercice de l’activité professionnelle est présumé être un accident du travail », répond le ministère.

Une plus grand autonomie synonyme de risque d’isolement ?

Télétravailleur « depuis 2011 », cet élu CFDT note un impact positif sur la fatigue aussi grâce à « 45 minutes de sommeil en plus, une heure et demie de trajet en voiture en moins » chaque jour télétravaillé. Pour lui, « c’est devenu incontournable » un ou deux jours par semaine, d’autant qu’il est « régulièrement en mission » sur différents sites du constructeur automobile.

Quand il s’est lancé dans le télétravail, Frédéric Arraitz avait « un jeune manager plutôt ouvert » à cette modalité, qui rime avec « autonomie et relation de confiance », retient-il. Il avait alors dû signer un avenant à son contrat de travail. Une contrainte qui a disparu avec la simplification à l’automne 2017 de la réglementation sur le télétravail. Cette réforme a conduit Renault à conclure en février avec les syndicats un nouvel accord d’entreprise « plus flexible », indique Maximilien Fleury, responsable des relations sociales du groupe en France.

« On voyait les attentes des salariés évoluer », alors que le dispositif précédent était « basé sur des jours de télétravail fixes toute l’année », précise-t-il. Plus de souplesse, c’était « une demande pressante des salariés », renchérit Laurent Giblot de la CGT. Depuis fin mars, un outil informatique permet à chacun de simplement s’inscrire et poser des demandes de jours ou demi-journées de télétravail, fixes ou variables. Jusqu’à deux jours par semaine maximum.

Mais, selon l’étude Ifop, les salariés voient aussi des défauts au télétravail: 60% déplorent « un empiétement » de l’activité professionnelle sur la vie personnelle, quand la moitié pointe « un risque d’addiction au travail » ou d’isolement.

Et « le développement du télétravail ne doit pas se faire au détriment du collectif de travail », souligne Maximilien Fleury. Chez Renault, les équipes peuvent ainsi « déterminer jusqu’à deux jours de vie collective par semaine, où tout le monde devra être présent ».

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