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Chômage: l’exécutif fait le pari de rogner l’indemnisation des cadres

Les cadres concernés par une baisse de leur allocation chômage au bout de six mois sont ceux et celles qui gagnent plus de 4.500 euros brut par mois, soit environ 3.500 euros net, soit près de 10% de salariés Français les mieux payés. 

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Les hauts revenus verront l’année prochaine leur allocation chômage baisser au bout de six mois, une idée qui fait grincer des dents chez les cadres, coeur de l’électorat d’Emmanuel Macron. Une étude de la Fondation Jean Jaurès publiée juste après les élections européennes montre, dans la continuité de l’élection présidentielle de 2017, que LREM capte beaucoup de voix des cadres.

Alors n’est-ce pas un pari risqué, dans la réforme de l’assurance chômage présentée le 18 juin par le gouvernement, de s’attaquer aux cadres, qui certes connaissent peu le chômage (3 à 4%)?

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Concrètement, sont concernés ceux et celles qui gagnent plus de 4.500 euros brut par mois, soit environ 3.500 euros net, et donc les quelque 10% de salariés Français les mieux payés. Après six mois de chômage, leur allocation baissera de 30% et ne pourra pas descendre en deçà de 2.261 euros net par mois. Selon l’exécutif, qui estime que l’indemnisation est actuellement au-delà des standards européens, 80.000 personnes seraient concernées au total. 

Il met aussi en avant des chiffres de Pôle emploi, selon lesquels plus on est indemnisé, plus la période de chômage est longue. « Il joue un jeu dangereux », analyse Vincent Gautheron de l’Union des cadres CGT (Ugict), qui ne croit pourtant pas à un quelconque effet dans l’électorat: « tant qu’il n’y a pas un projet alternatif en face … »

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C’est du « Cadre bashing »

La CGT des cadres s’est alliée de manière inhabituelle à la CFE-CGC dans une pétition pour protester contre cette dégressivité. Vent debout depuis des mois, le secrétaire général de la CFE-CGC François Hommeril continue de tempêter contre cette mesure « populiste », alors que les cadres contribuent à plus de 40% au régime d’assurance chômage. C’est le « caractère assurantiel du régime » que le gouvernement « assassine », explique la CFE. 

Peine perdue, l’exécutif a son idée en tête depuis des mois et n’en a pas démordu, même si la dégressivité n’était pas dans le programme présidentiel. 

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L’histoire a commencé en août 2018 quand le député LREM Aurélien Taché a lancé l’idée de retoucher à l’indemnisation chômage des hauts revenus. « La justice sociale ce n’est pas de couvrir pendant deux ans des gens qui ont de très hauts revenus et pourraient retrouver un emploi », argumentait-il. 

Pour M. Gautheron, il s’agit ni plus ni moins que du « cadre bashing »: « Les nantis qu’il faut attaquer c’est l’encadrement ». Et de poursuivre: « La finalité politique, c’est casser l’esprit de solidarité et mettre en concurrence les CSP (catégories socio-professionnelles) entre elles ». Cela conduira à « accepter des postes avec moins de prétentions salariales », explique-t-il.

Des allocations chômage dégressives pour les plus de 50 ans posent question

Les cadres jouent même d’un certaine manière le rôle de « contre-feu » pour montrer que la réforme est « équilibrée », analyse de son côté Jean-François Foucard (CFE-CGC) alors que les droits les plus précaires vont être entamés. 

Autre matière à débat, le choix de l’âge de 57 ans pour faire exception à cette dégressivité. « C’est oublier que des personnes de 50 ans et plus peuvent, malgré leurs recherches actives, mettre jusqu’à deux ans pour retrouver un emploi qui leur correspond », explique l’association de soutien aux chômeurs, Solidarités Nouvelles face au chômage (SNC).  

La réforme contraindra « les cadres à accepter des emplois inadaptés à leur profil, résultat qui est insatisfaisant pour les intéressés comme pour les entreprises », pronostique-t-elle, avec à la clé des difficultés « pour les cadres âgés ». 

L’exécutif a par ailleurs évoqué un plan pour l’emploi des seniors, également dans l’optique de la future réforme des retraites. La députée (LREM) Corinne Vignon vient de proposer que soit instauré un bonus malus sur les cotisations d’assurance chômage des entreprises pour favoriser l’emploi des seniors de plus de 55 ans.