Vrai ou faux: les supermarchés s’engraissent-ils sur les fruits et légumes bio?

Selon l’UFC Que Choisir, les enseignes de la grande distribution pratiquent des marges brutes colossales sur les fruits et légumes bios. Mais qu’en est-il réellement ?

Pour le bio, le conseil d'UFC "de faire jouer la concurrence" demeure très utile. Crédit: iStock.

Une étude de l’association de consommateurs UFC-Que Choisir, relayée des centaines de fois sur les réseaux sociaux, dénonce « le niveau exorbitant des marges brutes » de la grande distribution sur les fruits et légumes biologiques. Selon les calculs de l’AFP, la réalité s’avère plus complexe.

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Des marges 75% plus élevées en moyenne ?

Selon l’étude d’UFC-Que choisir publiée le jeudi 22 août, la grande distribution « matraque les consommateurs »: ses marges sur le bio sont « en moyenne 75% plus élevées » que sur les fruits et légumes dits conventionnels, c’est-à-dire non bio, avec « de fortes disparités » selon les produits.

L’association accuse la grande distribution de « se gaver le plus » sur les trois fruits et légumes les plus consommés: la pomme de terre, la tomate et la pomme. Sur les réseaux sociaux, cela est qualifié de « double peine pour les pauvres qui n’ont pas les moyens de manger sain et s’empoisonnent aux pesticides ».

Les prix décryptés

Pour son étude, l’UFC-Que Choisir a comparé l’évolution des prix d’un panier moyen de 24 fruits et légumes frais bio et non bio, sur un an, sur la base des cotations officielles publiées par le réseau des nouvelles des marchés via le ministère de l’Agriculture chaque mois. La dépense annuelle du panier non bio s’élève à 379 euros et à 657 euros pour le panier bio.

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Pour le non bio, la marge brute de la grande distribution est estimée à 173 euros, et pour le bio à 287 euros. UFC en déduit que 41% de l’écart est dû à la différence dans les marges appliquées par la grande distribution. 

Mais le prix plus élevé du bio s’explique d’abord par les tarifs plus élevés de vente des agriculteurs bio, qui rémunèrent le travail supplémentaire et couvrent des prix de revient supérieurs: l’agriculture biologique, n’utilisant pas de produits chimiques, a des rendements inférieurs pour des temps de travail et une utilisation de main d’œuvre supérieurs dans les champs. 

De plus, les commerçants n’appliquent pas une marge fixe, mais calculent un pourcentage du prix auquel ils ont acheté le produit qu’ils vont vendre: C’est ce qui est appelé le taux de marge.

Dans l’étude de UFC-Que choisir, le taux de marge du bio, recalculé par l’AFP (et d’autres médias) est même légèrement inférieur à celui du conventionnel! En divisant la marge brute des distributeurs par le prix agricole chiffré par l’UFC, on arrive à un taux de marge de 86% pour le bio et de 93% pour le conventionnel.

Des marges toujours très supérieures sur les fruits et légumes

Ce qui ressort dès lors dans l’étude de UFC-Que Choisir, c’est plutôt que la distribution réalise des marges très importantes sur l’ensemble du rayon fruits et légumes frais, qu’ils soient issus de l’agriculture biologique ou conventionnelle.

Ce qui ramène au débat, en cours depuis plus d’un an avec les Etats généraux de l’alimentation et la loi qui en est issue, sur la marge jugée disproportionnée prise par la grande distribution sur les produits directement issus de l’agriculture, alors qu’elle vend parfois quasiment à prix coûtant, en renonçant à sa marge, des produits transformés issus de l’industrie agro-alimentaire, type Nutella ou Coca Cola. 

Tout en soulignant que les consommateurs ne raisonnent pas en taux de marge, mais en somme à payer, Olivier Andrault, chargé de l’alimentation chez UFC-Que Choisir, a reconnu auprès de l’AFP que « les marges sur les fruits et légumes en général sont très supérieures à celles des produits transformés d’épicerie » dans la grande distribution.

Pour le bio, le conseil d’UFC « de faire jouer la concurrence » demeure très utile. Selon l’association, les enseignes bio spécialisées (type Naturalia, Biocoop, ou Bio C bon) proposent des prix 19% moins cher pour les produits frais que la grande distribution classique.

Selon l’Agence bio, agence publique chargée de promouvoir l’agriculture et la consommation du bio en France, en 2018, la grande distribution vendait 34% des fruits et légumes bio frais, les enseignes spécialisées restaient majoritaires avec une part de 43% du marché, et la vente directe représentait 22%.  

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