Vers une révolution dans le monde de l’assurance auto avec Tesla?

La volonté du trublion de l’automobile de chasser sur les plates-bandes de l’assurance prend les GAFA et ses concurrents de court. Mais Tesla ne pourra pas se passer des assureurs. Cette annonce pourrait rendre plus abordable l’assurance d’une Tesla. Et forcer les assureurs à faire bouger les lignes.  

« Elon Musk prend date sur un marché en devenir et qui intéresse les GAFA ». Crédit: iStock.

Énième coup ou prélude à une profonde disruption ? L’annonce le 28 août par Elon Musk, du lancement d’une d’assurance auto par Tesla agite le monde des assureurs et les autres constructeurs. Car le trublion de l’automobile, également à l’origine des lanceurs spatiaux réutilisables de Space X, place la barre très haut : il promet des rabais de 25 à 30 % sur les primes des autres assureurs.

D’abord cantonnée en Californie, l’expérience pourrait être étendue à tous les États-Unis, voire au monde entier. Pour justifier son ambition, Elon Musk rappelle que sa marque « connaît le mieux ses véhicules et est en mesure de tirer parti de la technologie avancée, de la sécurité et de la facilité d’entretien des voitures pour fournir une assistance à moindre coût ». Personne n’ira le contester sur de point.

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« Les Tesla sont des autos Digitale Native, leur fabriquant est le constructeur qui collecte le plus de données sur le comportement de leurs conducteurs » rappelle Guillaume Bourdon, co-fondateur de Quinten, un cabinet de conseil en Intelligence Artificielle. « Tesla veut d’abord récupérer le revenu des réparations. Cela lui permettra de proposer une prime moins élevée que celle des assureurs traditionnels » analyse Amina Walter, directrice générale déléguée de Lelynx, le comparateur d’assurance.

Ce qui, pour leurs conducteurs, ramènerait le coût de l’assurance d’une Tesla Model S, l’auto assurée la plus chère du marché, dans la moyenne d’un véhicule équivalent. Car la prime de ces voitures truffées de technologies plafonne très haut : 3099,88 dollars par an pour ce modèle contre 1580,92 dollars en moyenne, selon USA Today, à cause de décaissements pour réparations plus élevés : 900 dollars contre 200 à 600 dollars pour une auto thermique.

De meilleurs prix contre vos données personnelles

Reste que pour bénéficier de ce bonus, il faudra  céder au constructeur les données issues du GPS et des senseurs ( cameras, Lidar, etc.). Qui les  revendra à son partenaire assureur ! « Seuls les assureurs peuvent comprendre et modéliser les probabilités de risques associés à une multitude d’événements » analyse Guillaume Bourdon. Les automobilistes français accepteront-ils cette intrusion dans leur habitacle ? « Les contrats avec installation d’un boîtier de collecte de datas sont rejetées par les automobilistes » prévient Amina Walter.

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Et si Elon Musk voulait d’abord rassurer ses actionnaires ? Tesla ne cesse de reculer l’arrivée des bénéfices : au premier semestre 2019, sa perte s’est creusée à 1,1 milliard de dollars, malgré des ventes en hausse à plus de 166 000 exemplaires. La distribution d’assurance lui permettrait de générer davantage de cash.

« Cela va dans la logique de l’automobile de proposer des services : de l’assistance entretien-réparation, et du financement » reconnaît Guillaume Bourdon. Mais l’exercice a ses limites et explique pourquoi les autres constructeurs ne se sont pas engagés dans l’aventure : activité extrêmement réglementée, l’assurance impose des réserves financières très élevées.

« Elon Musk prend date sur un marché en devenir et qui intéresse les GAFA » conclut Guillaume Bourdon. « Cela ne va pas disrupter l’assurance à court terme. Mais cela va l’obliger à faire bouger les lignes » se réjouit Amina Walter.

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