A l’approche des municipales, la gratuité des transports publics divise

Partout en France, des opposants aux équipes en place proposent déjà la gratuité, en vue des élections municipales de mars.

Tous les regards sont tournés depuis un an sur Dunkerque qui a aboli les tickets de bus en septembre 2018. Crédit: iStock.

Mesure de justice sociale ou calcul électoraliste? A quelques mois des élections municipales, la question de la gratuité des transports en commun revient sur le devant de la scène, et divise.

« De nos adhérents est remontée l’information que ça allait être un sujet de la politique municipale », ironisait cette semaine le président du Groupement des autorités organisatrices de transport (Gart) Louis Nègre (Les Républicains), aux Rencontres nationales du transport public, à Nantes.

Partout en France, des opposants aux équipes en place proposent déjà la gratuité, en vue des élections municipales de mars. Quelle que soit leur couleur politique.

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Pour « objectiver le débat », le Gart s’est penché sur les 30 réseaux urbains français –sur 330– qui ne font plus payer les voyageurs. Il conclut prudemment que chaque cas est un cas particulier, comme l’avaient déjà estimé fin septembre des sénateurs qui s’étaient intéressés à la question.

Tous les regards sont tournés depuis un an sur Dunkerque (Nord), une communauté urbaine de 200.000 habitants qui a aboli les tickets de bus en septembre 2018. « L’idée de la gratuité à Dunkerque, c’est vraiment de créer un choc psychologique », expose Xavier Dairaine, chef de projet transport dans cette agglomération nordiste où les transports publics étaient très peu utilisés, la voiture étant reine.

Le réseau a été revu, l’offre augmentée de près de 30%, le centre-ville réaménagé. « On sera à la fin de l’année à +80% de fréquentation », se félicite-t-il, estimant que « c’est la qualité de service qu’on propose qui nous permet de garder ces usagers ».

Parlant au nom de l’Union des transports publics et ferroviaires (UTP), Frédéric Baverez, directeur pour la France de l’opérateur Keolis, n’est pas franchement convaincu. « Nous sommes défavorables à la gratuité totale, tout en respectant la liberté des autorités organisatrices », dit-il.

« Le service a un coût, et la question c’est de savoir comment on répartit le coût entre l’usager et le contribuable », relève-t-il, rappelant que le voyageur ne paie en France que 30% de ce que coûte son déplacement (et même 20% en comptant les investissements).

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Les villes qui sont passées à la gratuité avaient des bus peu remplis et ne récoltaient que très peu de recettes tarifaires. Le problème se complique dans les plus gros réseaux, d’autant que la hausse de la fréquentation induite par le passage à la gratuité exige des moyens supplémentaires.

A Châteauroux, les usagers apportaient 400.000 euros par an avant le passage à la gratuité, soit 14% des coûts de fonctionnement. En Ile-de-France, il faudrait trouver 3,5 milliards (28%).

Faut-il se priver d’une partie des recettes, interroge M. Baverez, alors que les organisations patronales sont déjà opposées au versement transport (une taxe sur la masse salariale des entreprises de plus de 11 salariés qui finance une bonne partie des transports en commun en France)? « On donne un argument sérieux pour dire que l’impôt est détourné à des fins électoralistes », lance-t-il.

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De fait, le Gart, l’UTP et la Fnaut –les associations des élus, des exploitants et des usagers– font front commun contre la gratuité, estimant qu’une tarification solidaire comme à Grenoble peut très bien aider les plus fragiles. « Il n’y a pas de demande des gens concernant soit la gratuité, soit la tarification », témoigne Jean-Jacques Lumeau, l’élu (PS) chargé des transports à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), au sortir de l’enquête publique sur le nouveau plan de déplacements urbains de l’agglomération. « Toutes les demandes concernent une extension de l’offre –surtout en périphérie. »

Il note d’ailleurs que la fréquentation a bondi « dans les mêmes proportions qu’à Dunkerque » quand Saint-Nazaire a restructuré son réseau de bus en 2012. « Et on n’a pas mis la gratuité! »

« Les usagers ne demandent pas la gratuité, certes », répond Xavier Dairaine pour Dunkerque. « Mais ce que nous voulons, c’est faire monter d’autres gens dans le bus… »

« La gratuité n’est pas la réponse universelle au problème, mais elle peut être une solution dans des cas particuliers », estime la sénatrice Michèle Vullien (Union Centriste), une élue de l’agglomération lyonnaise pour qui elle « est possible lorsque la demande est inférieure à l’offre de transports ».

Les sénateurs réclament la création d’un observatoire de la tarification des transports, histoire de prendre un peu de recul.

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