Fin des tarifs réglementés du gaz : “Ça va être saignant !”

Alors qu’il s’apprête à passer la main, le Médiateur national de l’énergie, Jean Gaubert, nous a accordé un entretien. L’occasion de revenir sur les grands sujets du moment, dont les conséquences de la fin des tarifs réglementés du gaz pour les clients d’Engie.

Avec la fin des tarifs réglementés du gaz, pour les fournisseurs, il y a 4 millions de consommateurs particuliers à se partager, souligne Jean Gaubert.

MieuxVivre.fr : Dans un marché de l’énergie où le nombre de fournisseurs de gaz et d’électricité atteint désormais la quarantaine, les services du Médiateur de l’énergie sont-ils de plus en plus sollicités ?

Jean Gaubert : En 2013, 2800 recommandations ont été émises par les services du médiateur de l’énergie pour proposer des améliorations au fonctionnement du marché, au bénéfice des consommateurs et pour prévenir les litiges. Cette année, nous ne sommes pas loin des 7000 ! Cela montre que notre activité est beaucoup plus forte en raison du jeu concurrentiel, mais aussi que le manque de professionnalisme de certains fournisseurs ne s’est pas estompé avec des pratiques de démarchage qui dépassent parfois l’entendement. Les deux principaux fournisseurs concernés (Engie et ENI, Ndlr), ont toutefois mis de l’ordre. L’occasion de rappeler aux consommateurs qu’en cas de démarchage, il ne faut rien signer ! Pas même le bulletin qui justifie que le démarcheur est passé chez vous et qui s’avère être souvent un contrat !

Votre dernier baromètre-info énergie révèle que les Français n’ont jamais été aussi méfiants vis-à-vis des fournisseurs de gaz et d’électricité. Le marché est-il un far-West pour les consommateurs ?

Il faut être clair : à chaque fois que quelqu’un arrive dans la chaîne, que ce soit un fournisseur ou un courtier, c’est pour essayer de gagner de l’argent. Par définition, soit il le gagne sur le dos des autres acteurs, soit il le gagne sur le dos du consommateur.

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Le seul bénéfice de l’ouverture des marchés que je vois aujourd’hui, ce sont les innovations qui apparaissent, comme le suivi de consommation, les alertes en cas de surconsommation, les offres de domotique pour moins consommer ou encore des propositions adaptées aux styles de vie, comme des offres d’électricité moins chère le week-end pour les actifs qui travaillent en semaine.

Quant à la quarantaine de fournisseurs qui exercent actuellement sur le marché, je pense qu’il y aura un écrémage. Il y aura les gros fournisseurs d’un côté et de l’autre, des petits qui auront investi une niche, comme Enercoop qui attire les consommateurs moins préoccupés par les prix bas que par l’éthique autour de l’énergie, ou d’autres qui se distingueront par leurs outils innovants.

62% des abonnés au gaz ont quitté les tarifs réglementés contre seulement un quart des abonnés à l’électricité, qu’est-ce qui explique cet état de fait ?

Comme seul un tiers de la facture d’électricité est concernée par la mise en concurrence, les foyers qui ne se chauffent pas à l’électricité n’économiseraient que 50 à 70 euros par an en quittant les tarifs réglementés d’EDF. Ça n‘est pas négligeable pour certains mais ça n’est pas de nature à faire sauter le pas pour la plupart.

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Après, devant nous, de gros nuages s’amoncellent sur EDF qui a notamment besoin de financer ses investissements. Si les tarifs réglementés augmentaient de manière importante, il y aurait un vrai intérêt des consommateurs à changer de fournisseur. Mais ce ne serait pas l’idéal car la perte de clients ne compenserait pas la hausse des prix, ce qui ferait plus de mal que de bien à EDF.

Le marché de l’électricité repose aussi sur le principe qu’EDF est obligé de vendre son énergie nucléaire à ses concurrents, parfois à perte (ce que l’on appelle l’Arenh, Ndlr), avec quelles conséquences pour les particuliers ?

C’est un sujet qui ne concerne pas directement le médiateur mais qui le concerne quand même parce qu’immanquablement, ça a des conséquences sur le prix de l’électricité. Si EDF était une entreprise privée, il aurait été illusoire d’inventer l’Arenh qui oblige EDF à vendre une partie de son électricité nucléaire aux fournisseurs concurrents à un prix défini et quand ils en veulent. Ce qui va à l’encontre du principe du marché : EDF a le droit de perdre quand le marché est bas et il n’a pas le droit de gagner quand le marché est haut.

Je ne sais pas ce qui va être décidé sur ce point, mais objectivement, on ne peut pas imaginer qu’on puisse continuer à aller au marché seulement les jours où ça nous intéresse. Je considère que c’est une charge supplémentaire qu’on met sur le dos d’EDF. C’est le citoyen qui parle, mais je pense qu’à un moment il faudra se poser des questions sur cet extraordinaire système qui conduit à ce que pour faire vivre la concurrence, on favorise les concurrents.

La loi énergie et climat vient de sonner la fin des tarifs réglementés de vente de gaz, est-ce une page mouvementée qui s’ouvre pour les consommateurs ?

Ça va être saignant dans le monde du gaz ! Pour les fournisseurs, il y a 4 millions de consommateurs particuliers à se partager. Il va y avoir du monde sur les routes, et parfois, malheureusement, certains fournisseurs ne vont pas s’embarrasser de principes dans leurs pratiques de démarchage. Ce qui pourra conduire les consommateurs à ne pas bouger alors qu’il va bien falloir qu’ils changent, pas forcément de fournisseur, mais de contrat.

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J’ai déjà appelé les pouvoirs publics afin que des messages simples soient diffusés, comme lors du passage à la TNT (télévision numérique terrestre). Je pense qu’une campagne qui explique les choses serait de bon ton.

Le changement de fournisseur au motif de faire des économies n’est-il finalement pas qu’une rustine face à la nécessité d’isoler des logements les plus énergivores ?

Consommer moins est sans doute plus porteur d’avenir que payer moins cher ses factures d’énergie. Malheureusement, consommer moins, beaucoup de personnes le voudraient, mais en sont dans l’incapacité financière. Les logements considérés comme des passoires énergétiques sont majoritairement habités par des locataires qui les occupent faute de mieux ou par des propriétaires peu aisés et souvent âgés qui n’ont ni l’envie ni les moyens de réaliser des travaux.

J’attends qu’on mobilise davantage autour de cet enjeu parce que c’est vital. On sait que les prix de l’électricité et même du gaz n’iront pas en baissant sur une longue tendance, la seule solution sera que les gens consomment moins. Faut-il encore qu’on leur en donne les moyens.

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