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Les secteurs de la restauration et de l’événementiel pris dans la tourmente

Face à l'épidémie du coronavirus, tous les grands événements ont été annulés. Les restaurants sont fermés. Un impact financier important pour les entreprises de ces secteurs. Comment les dirigeants vivent-ils cette crise ? Quels sont les impacts pour leurs employés et leur rentabilité ? Témoignages. 

crédit : iStock

Alors que le Premier ministre a annoncé le plan de déconfinement, ce mardi 28 avril, beaucoup de questions restent encore en suspens pour les restaurateurs et les professionnels de l’événementiel.
Les grandes manifestations sportives, culturelles, notamment les festivals, les grands salons professionnels, tous les événements qui regroupent plus de 5 000 participants « ne pourront se tenir avant le mois de septembre » a indiqué Edouard Philippe.
Une décision sera prise fin mai pour savoir si les cafés et les restaurants pourront rouvrir le 2 juin. Coup dur pour le secteur de la restauration.
 
Nous avons recueilli le témoignage de chefs d’entreprise de ces secteurs très en difficulté. Ils ne cachent pas leurs inquiétudes.

Le secteur de la restauration à l’arrêt total

Samedi 13 mars, 19h30. La sentence tombe. Le Premier ministre annonce l’état d’urgence sanitaire et la nécessité de fermeture des bars et restaurants le soir même à minuit.
David Gallienne, chef cuisinier du restaurant étoilé « Le Jardin des Plumes » à Giverny, a dû se résigner
à fermer les portes de son restaurant en l’espace de 4 heures sans savoir quand il rouvrira.
Le chef cuisinier a été contraint de mettre tous ses employés au chômage partiel du jour au lendemain. « La situation économique de l’entreprise est très grave. A ce jour, nous attendons beaucoup de réponses de la part du gouvernement et des mesures mises en place. « J’ai été contraint de fermer mon restaurant, le 13 mars, alors que nous avions ouvert il y a tout juste 1 mois et demi » explique David Gallienne. Le chef cuisinier nous explique les risques encourus par son entreprise, notamment l’absence de chiffre d’affaires dans une période normalement à 100% de taux d’occupation. Giverny est un village où plus de 700 000 visiteurs passent chaque année d’avril à fin octobre. Il explique « avoir dû payer les traites de l’ensemble des fournisseurs, ainsi que des charges fixes, rembourser les arrhes versées par de nombreux clients (français et étrangers) suite à l’annulation forcée de leurs réservations et séjours ». Une situation financière à couteaux tirés.
La réouverture qui se dessine en juin pour les restaurateurs sera accompagnée de mesures sanitaires strictes a précisé le Premier ministre lors de l’annonce du plan de déconfinement. « Moins de couverts, c’est donc moins de chiffre d’affaires. Ensuite, j’espère avoir des aides de la part de l’Etat pour couvrir le manque à gagner et conserver les équipes initiales car tout ce qui avait été prévu pré-confinement en termes de recrutement a dû être mis en suspens, malheureusement », souligne le chef cuisinier.

Julien Mancadiang de Mytraiteur.com décrit une situation très tendue. Son activité propose un service de traiteur haut de gamme sur les événements BtoB. « Nous avions déjà pris la mesure de ce qui allait se passer 15 jours avant la date du confinement. Tous les salons s’annulaient et les rassemblements étaient interdits à plus de 5 000 personnes au départ, puis 1 000 et enfin 100 personnes à la mi-mars. Le comportement de nos clients a changé brusquement à partir de fin février. Notre nombre de devis et de commandes a alors drastiquement chuté », indique-t-il.
Aujourd’hui, comme la majorité des TPE du secteur de la restauration, le plus difficile à gérer est la trésorerie entre la fin du confinement et la reprise d’une activité suffisante en termes de chiffre d’affaires. « Nous attendons des mesures ad-hoc du gouvernement pour les secteurs comme le nôtre, comme l’exonération des charges sociales jusqu’en décembre 2021. Suite aux annonces de ce mardi 28 avril, nous espérons en juin le relèvement progressif du plafond des rassemblements en cohérence avec la reprise d’activité des cafés et restaurants. », précise-t-il.

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Les secteurs de l’événementiel particulièrement sinistrés

Pour Jean Luc Lemarchand, président de l’entreprise Stand’up, société spécialisée dans la sécurité des grands événements nationaux (Le Stade de France, Roland Garros, le Salon de l’agriculture, de l’aéronautique, les matchs du PSG, etc…), le coup d’arrêt a été brutal. « Dès le 29 février, nous avons été impactés. En une heure, tout a basculé. On nous a annoncé l’annulation du semi-marathon de Paris du dimanche 1er mars, puis les derniers jours du salon de l’agriculture ». Jean Luc Lemarchand est à la tête d’une société qui fait travailler près de 1 500 vacataires de sécurité et d’accueil, formés aux plus grands événements sportifs pour le grand public. En mars, son activité a chuté de -70%. Pour les trois prochains mois, cruciaux dans l’événementiel, il a déjà enregistré une perte de plus de 90% du chiffre d’affaires prévisionnel. « Nos équipes ont bien réagi. La plupart de nos agents permanents sont en congés de récupération. Mais jusqu’à quand ? Le plus dur est de ne pas avoir de vision sur la reprise. Aujourd’hui, nous n’avons pas d’horizon. Je ne sais pas quoi dire à mes équipes. C’est difficile. En tant que chef d’entreprise, on est préparé à subir des coups durs. Mais là, je me retrouve très désarmé. Sur 26 collaborateurs permanents, 9 travaillent sur des missions diverses de sécurité physique de personnalité. Nous avons plus de 1 000 agents dans notre base à qui nous ne pouvons rien dire sur une éventuelle date de reprise d’activité. En septembre prochain, en 2021 ? », témoigne le chef d’entreprise.

Myriam Arab, fondatrice de l’agence événementielle Villa 134, a subi de plein fouet la situation du confinement. « J’ai deux activités principales, une dans le cinéma pour la promotion et le développement d’activités cinématographiques à l’international. Et une activité de conseil et de direction logistique pour tous types événements, notamment l’organisation de salons BtoB. Ce sont donc deux activités totalement à l’arrêt pour le moment. Avec l’annulation du Marché du Film à Cannes et le report du Festival de Cannes 2020, je sais déjà que mon chiffre d’affaires va être fortement impacté voire totalement gâché pour l’année 2020 », déclare la dirigeante. Myriam Arab est une battante. Elle prépare l’après avec ses clients. Néanmoins, elle se pose beaucoup de questions sur la suite. « Ma principale crainte est la durée que prendra le retour aux rencontres professionnelles. Je ne peux pas tout faire « virtuellement ». Dans le monde du cinéma, l’essentiel se fait par les rencontres. Le Festival de Cannes, par exemple, permet aux différents acteurs de l’industrie du cinéma, au travers du Village International ou du Marché du Film de se rencontrer, signer des contrats, parler des projets autours d’un verre. Tout cela est remis en cause actuellement. Combien de temps cela va durer ? » précise Myriam Arab. L’impact financier est également important. Myriam Arab a gelé le paiement de son salaire. « Mon expert-comptable a fait les démarches pour obtenir l’aide de l’Etat pour les TPE. C’est une aide ponctuelle appréciable mais le secteur a besoin d’un soutien adéquat », indique-t-elle.
Elle reste optimiste. « Mes clients sont présents, on se soutient et nous préparons l’après. Cette crise va nous pousser à nous réinventer, c’est sûr ! Nous imaginons déjà des formats d’événements, mais autrement. J’ai de nouveaux contacts qui me demandent de réfléchir à une nouvelle façon de communiquer. Je travaille principalement sur l’année 2021. L’année 2020 est une année blanche. Il ne se passera pas grand chose concernant mes activités principales », conclut-elle réaliste.