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PME : Bercy en alerte sur de possibles prêts d’argent par des organisations criminelles

En pleine épidémie de coronavirus, les milieux mafieux pourraient profiter de la faiblesse de certaines entreprises pour blanchir de l’argent.

Bercy
Crédit : iStock.

La cellule anti-blanchiment de capitaux de Bercy, Tracfin, est sur le qui-vive. Une note a été rendue publique en mai dernier par la division du ministère de l’Economie, des Finances et de la Relance, appelant les banques, agents de change et autres acteurs à déclarer toute transaction financière suspecte, rapporte une enquête du Figaro. En fait, c’est en Italie qu’une mise en garde a été lancée au printemps dernier : des enquêteurs transalpins repèrent alors des transactions suspectes, provenant de clans mafieux. Ces derniers profiteraient des difficultés rencontrées par les entrepreneurs au bord de la faillite pour blanchir de l’argent, raconte encore Le Figaro. La France est prévenue ainsi que ses voisins européens.

Les enquêteurs de la police judiciaire seraient inquiets, après les escroqueries aux matériels sanitaires et les fraudes au chômage partiel. Les petits commerçants représenteraient des cibles faciles parce qu’ils manient de l’argent en espèces. Les coiffeurs, boulangeries ou encore les pressings pourraient être victimes d’acteurs malveillants. « Les chefs d’entreprise cherchent une échappatoire à une situation financière complexe. On leur propose de racheter leur magasin à bon prix, ils ne vont parfois pas se poser plus de questions que cela », explique au Figaro Anne-Sophie Coulbois, chef de l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF). Les organisations criminelles peuvent donc profiter de la crise économique pour racheter un fonds de commerce en difficulté et en prendre le contrôle total pour blanchir leurs capitaux, provenant de l’étranger. Toutefois, la commissaire Anne-Sophie Coulbois rappelle qu’aucun cas avéré de rachat douteux n’a encore été signalé. Les autorités sont tout de même très vigilantes.

Une centaine de déclarations de soupçon de blanchiment

En effet, l’activité illicite qui génère le plus de revenus en France est le trafic de stupéfiants et l’argent qui en découle s’infiltre dans l’économie réelle, précise encore Le Figaro. Des organisations criminelles achètent souvent des entreprises fragiles pour le compte d’autres organisations qui blanchissent ainsi leurs capitaux. Ces dernières sont d’origine étrangère dans l’Hexagone et bien implantées, notamment originaires de Turquie, selon les sources policières citées par le quotidien dans son enquête. Dans son rapport de 2019, Tracfin a révélé que les opérations les plus hostiles provenaient alors de fonds d’investissements russes et chinois. La division du ministère de l’Economie a traité une centaine de déclarations de soupçon de blanchiment depuis le début de l’année 2020 et une vingtaine de dossiers ont été confiés à des administrations ou autorités judiciaires, qu’elles soient liées directement ou indirectement à la crise sanitaire.

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De plus, en raison de l’augmentation du nombre de dossiers de restructurations transmises aux tribunaux de commerce et concernant les TPE et PME, le ministère de l’Economie, des Finances et de la Relance se prépare à voir une hausse de transactions suspectes dans les mois à venir, selon Le Figaro. Ce sont les remboursements des Prêts garantis par l’Etat (PGE) qui sont particulièrement dans le viseur de Bercy.