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La France aurait déjà dépensé toutes ses recettes

Chaque année, l’Institut économique Molinari calcule le jour où les Etats européens ont dépensé toutes leurs recettes annuelles. La France est mal placée, en 2019 comme en 2020.

Impôts
Crédit: iStock.

L’an dernier, la France avait dépensé toutes ses recettes 58 jours avant la fin de l’année, soit le 4 novembre 2019. Et cette année, elle les aurait dépensées dès le 8 septembre. C’est le résultat de l’enquête de l’Institut économique Molinari, qui étudie les pays de l’Union européenne. Les administrations centrales de l’UE avaient épuisé leurs ressources le 17 décembre en moyenne en 2019, soit 15 jours avant la fin de l’année. Sur les 28, 12 étaient en situation excédentaire et leurs recettes ont permis de financer toutes les dépenses et de se désendetter : le Danemark, la Bulgarie et l’Allemagne font figure d’exemple. En revanche, la France fait partie des mauvais élèves de l’an dernier, avec la Lettonie et la Roumanie.

L’Hexagone figure « parmi les Etats ayant les plus grands déséquilibres au sein de l’UE », écrit l’institut Molinari. « Seule la Roumanie fait pire en épuisant ses ressources le 29 octobre ». La situation devrait empirer : l’Institut économique a pris en compte le dossier de présentation du Projet de loi de finances pour 2021 et le nombre de jours de dépenses non financé par l’administration centrale française devrait doubler, pour « représenter 114 jours en 2020 et 89 jours en 2021 », si l’on considère les administrations centrales. La France aurait donc dépensé toutes ses recettes le 8 septembre 2020 et elle le fera le 4 octobre 2021 selon cette analyse. L’écart « atteindrait même 158 jours en 2021 et 124 jours en 2022 si l’on se limite au périmètre de la loi de finances », ajoute l’institut. Soit le 26 juillet 2020 si on limite l’analyse aux comptes de l’Etat et le 29 août en 2021. Ce seuil n’a été dépassé que dix fois, lors des périodes de guerres (1914-1919, 1939-1940 et 1944-1945). Le déficit est inédit depuis la Libération et devrait être de l’ordre de celui de 1920, à l’issue de la Première Guerre mondiale.

Baisse des dépenses pour le reste de l’UE

L’étude parle d’un échec de la politique économique française depuis la crise de 2007-2008, qui a misé sur « une hausse durable des recettes plus que sur une baisse des dépenses ». La tentative de remise en ordre des comptes publics misait aux deux tiers sur la fiscalité, le dernier tiers étant réservé à la baisse des dépenses. « Depuis le creux de la crise de 2007-2008, les dépenses publiques ont baissé trois fois moins vite en France que dans l’UE », note encore l’institut, et elles ont baissé entre 2009 et 2019 de 1,6% contre 4,4% dans l’UE. La France n’aurait pas fait les bons choix avec une augmentation des impôts (prélèvements obligatoires) quand l’Europe misait sur la baisse des dépenses publiques. « Fin 2019, le déficit public était quatre fois plus élevé en France (3% du PIB) que dans l’UE (0,8% du PIB) », détaille l’étude. « La permanence des déficits montre l’ampleur des blocages à surmonter pour rééquilibrer les comptes publics et laisse à penser que la crise liée à la Covid-19 représente un danger redoutable pour les finances publiques françaises », conclut l’Institut Molinari.