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Réchauffement climatique : les méthodes de calcul de la « température de portefeuille » du CAC 40 font débat

D’après l’étude de l’ONG Oxfam France et du cabinet Carbone 4, seules trois entreprises du CAC 40 respectent une trajectoire de réchauffement inférieure à deux degrés d’ici la fin du siècle. Mais les méthodologies pour calculer la trajectoire de température d’un actif font débat.

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Oxfam tire la sonnette d’alarme. L’ONG et le cabinet Carbone 4 ont publié une étude intitulée « Entreprises du CAC40 : un modèle insoutenable pour la planète », mardi 2 mars. Elle explique qu’EDF, Schneider Electric et Legrand sont les trois seules entreprises du CAC 40 qui respectent les objectifs de l’Accord de Paris. Pire, si les autres sociétés du principal indice de la Bourse de Paris ne changent rien, leurs activités pourraient conduire à un réchauffement de la planète de 3,5 degrés d’ici 2100, soit deux degrés de plus que les recommandations des scientifiques. Du côté des investisseurs responsables, ce calcul de la température d’un actif suscite des débats, précise Novethic. Qu’il s’agisse de l’étude d’un fonds, d’un portefeuille ou d’une entreprise.

L’ONG et les investisseurs ne tombent d’accord que sur un point : la nécessité d’avoir des données fiables. Alors, à quelques jours de l’examen du projet de loi Climat et résilience par les députés, Oxfam demande au gouvernement français d’inscrire dans la loi des obligations de reporting propres aux entreprises. Elle liste, notamment, la communication de leur empreinte carbone, une trajectoire de réduction contraignante de cette dernière et le plan d’investissement afférant.

Manque de transparence 

Pour le reste, rien ne va. L’étude utilise la méthode Carbon Impact Analytics qui prend en compte l’intensité carbone actuelle de l’entreprise mais aussi sa stratégie bas carbone pour les prochaines années. La Task-force on Climate-related Financial Disclosures (TCFD), par exemple, préconise le recours à un autre indicateur nommé « Implied temperature rise » (augmentation de température implicite). Celui-ci se base sur le calcul de l’augmentation de température associée aux émissions de gaz à effet de serre d’une entité.

Un choix absolument pas conforme à l’idée que se fait Transition Pathway Initiative (TPI) d’un bon indicateur. L’initiative, lancée par des détenteurs et gestionnaires d’actifs et destinée à favoriser la transition des entreprises, met en avant que les méthodologies utilisées pour le calcul de « température de portefeuille » ne sont pas encore prêtes. Selon elle, les données nécessaires sur les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas fiables. Elle juge également que les méthodologies de calcul d’ITR manquent de transparence et ne sont pas comparables.

« Des outils puissants »

Un dernier avis partagé par la Net Zero Asset Owner Alliance, qui souhaite cependant donner sa chance à l’indicateur de « température de portefeuille » choisi par Oxfam France. Novethic rapporte qu’elle insiste sur le fait que « les mesures prospectives pourraient être des outils puissants, permettant aux investisseurs de mieux comprendre la dynamique climatique des sociétés en portefeuille, au-delà de l’empreinte carbone statique ».

Bien entendu des entreprises du CAC 40 ont également fait part de leur désaccord avec la méthodologie de calcul utilisée par Oxfam et Carbone 4. C’est le cas de Michelin, qui dit se baser sur la méthodologie GHG Protocole, avec laquelle le pneumaticien atteint des émissions de scope 3 (un des trois niveaux d’émissions de gaz) différentes de celles obtenues dans l’étude d’Oxfam.