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Les solutions pour envoyer de l’argent à l’étranger

Banques et opérateurs spécialisés se partagent le marché des transferts de cash à l’international. Attention, tous ne se valent pas en termes de coûts, de délais ou de facilités.

Crédit : Western Union/PagesJaunes

Dialoguer en visio avec sa sœur à ­Toronto et ses cousins à Singapour est devenu monnaie courante ­depuis la pandémie de coronavirus. Il est tout aussi simple d’acheter n’importe quel produit sur un site d’e-commerce à l’autre bout du monde et le payer par carte bancaire comme chez un commerçant de proximité. Mais il reste un domaine pour lequel la technologie n’a pas totalement effacé les frontières : le transfert d’argent d’un pays à l’autre. Certes, c’est possible, mais onéreux et pas toujours transparent. Aucune difficulté pour envoyer des euros dans la zone SEPA (Single Euro Payments Area). Cet espace regroupe 37 pays au sein desquels les moyens de paiement sont harmonisés. Un virement en euros vers l’Allemagne, la Suisse ou la Norvège doit donc être effectué dans les mêmes délais et tarifs que vers la France. Concrètement, cette opération en euros dans la zone SEPA est le plus souvent gratuite en ligne mais payante en agence. 

La situation se complique lorsqu’il s’agit de devises. « Nos clients ont besoin de transférer de l’argent à l’étranger principalement pour payer des factures, comme un prêt étudiant (43 % des cas), envoyer de l’argent à leur famille (35 %) et faire des achats (22 %) », indique Jérémie Rosselli, directeur général de N26 en France et au Benelux. Plusieurs solutions existent, en passant soit par votre banque, soit par un acteur dont c’est le cœur de métier, comme MoneyGram, Wise ou Western Union. A choisir en fonction du degré d’urgence et du coût.

Banques : gare à l’empilement des frais

La solution la plus intuitive est de procéder à un ­virement international en devises depuis sa banque. Attention, la tarification varie sensiblement selon les établissements : certains facturent un pourcentage du montant, parfois assorti d’un minimum, d’autres, un forfait. De plus, l’opération peut être soumise à des frais de change. Ainsi, pour les virements en ligne, La Banque Postale prélève 0,1 %, avec un minimum de 9,90 euros et un plafond de 70 euros, auxquels il faut ajouter 10 euros de commission de change.

A noter : BNP ­Paribas a mis en place une nouvelle tarification très avantageuse depuis février 2021 (voir tableau). Les virements en ligne de devises non SEPA sont gratuits à condition qu’ils soient dans la devise du pays bénéficiaire. C’est le cas si vous envoyez des dollars aux Etats-Unis ou des dirhams marocains au Maroc. Cela nécessite de renseigner la totalité des codes Iban ou ABA outre-Atlantique (American Bankers Association ­Number). « Le bénéficiaire reçoit les fonds dans les vingt-quatre heures pour les devises les plus utilisées, comme le dollar et la livre sterling, et sous quarante-huit heures en moyenne pour les autres devises », indique BNP Paribas.

En outre, d’autres frais sont parfois prélevés. « La banque qui reçoit les fonds peut appliquer des frais à son propre client. Nous ne maîtrisons pas cette partie de l’opération », prévient Emmanuel Boulade, le porte-parole de Revolut pour la France. Cette néobanque britannique a bâti son succès sur la réduction des frais de change pour les voyageurs, à la fois lorsqu’ils utilisent leur carte bancaire et pour le transfert de devises. 
Revolut facture 0,30 % avec un plafond en devises de l’ordre de 3 euros, auxquels s’ajoutent des frais de change de 0,50 % au-delà de 1 000 euros transférés par mois et 1 % supplémentaire si le virement a lieu le week-end. « Les transferts sur trente devises d’un compte Revolut à un autre compte Revolut sont immédiats, gratuits et sans frais de change. Cela permet, par exemple, à des parents d’envoyer des dollars canadiens à leur enfant étudiant à Montréal, qui peut ensuite les dépenser en temps réel », souligne Emmanuel Boulade.

De son côté, la néobanque N26 a noué un partenariat avec Wise (ex-Transferwise) pour permettre à ses clients d’envoyer de l’argent dans 38 devises depuis leur compte N26, via leur appli, à des tarifs identiques à ceux pratiqués par la fintech en direct. « Les opérations vers l’international ont longtemps été opaques quelles que soient les solutions. Notre partenariat avec Wise est fondé sur la transparence : les frais sont communiqués au client en amont, avant la validation », précise Jérémie Rosselli. Idéal pour rembourser à votre sœur qui séjourne à l’étranger les cadeaux de Noël de vos neveux !

Spécialistes : des prix fixés selon le mode de paiement

Certaines enseignes sont spécialisées dans le transfert d’argent à l’international, comme les acteurs historiques MoneyGram et Western Union, ou les plates-formes en ligne plus récentes, notamment Azimo, 
Remitly, Wise ou WorldRemit. Elles peuvent être moins chères que certaines banques, mais il est difficile de généraliser tant les prix varient selon les établissements et les devises. Tout dépend des besoins. Le choix est restreint pour les particuliers cherchant à envoyer des espèces. Il faut alors se tourner vers MoneyGram et Western Union dont c’est le métier d’origine, ou encore WorldRemit. Une formule adaptée, par exemple, à des envois réguliers pour sa famille ou pour dépanner un proche en voyage qui s’est fait voler sa carte bancaire.

L’appli Western Union permet d’expédier des ­espèces dans 200 pays. Après avoir fourni un document d’identité (une formalité obligatoire du point de vue réglementaire), vous réglez et communiquez le numéro de transaction à votre proche. Celui-ci peut retirer la somme auprès d’un des 500 000 points de vente dans le monde, qui vont de la boutique d’aéroport à l’épicerie du village au fin fond du Vietnam. « Pour qu’on lui délivre les espèces, quelques minutes seulement après la transaction, le bénéficiaire doit présenter une pièce d’identité, connaître le nom de celui qui les lui envoie, son pays d’origine et le montant attendu », détaille Mathias Luft, responsable du réseau de Western Union pour la France et le Benelux, où le transfert moyen s’élève à 300 euros. Les tarifs sont fonction des devises, du montant et du mode de règlement en France. « Les paiements par débit d’un compte en France sont les moins chers, suivis des règlements par carte bancaire sur l’appli, puis des opérations en agence, payées en cash ou par carte », ajoute Mathias Luft. 

A noter, Western Union est disponible dans les bureaux de La Poste. « Ce service est ouvert à tous, avec un règlement en espèces ou par carte bancaire. Les clients de La Banque Postale peuvent en plus réaliser un transfert par Western Union en ligne », signale Jean-Philippe Gauthier, responsable marketing des paiements de La Banque Postale. Les tarifs diffèrent selon le montant, la zone géographique et le canal utilisé (bureau de poste ou ­digital). Par exemple, faire parvenir entre 100,01 et 200 euros vers le Sénégal coûte 6,40 euros, vers l’Inde, 12 euros et vers le Maghreb, 14 euros. 

Si vous préférez transférer de l’argent d’un compte à un autre, plutôt que des espèces, Wise est une alternative. Ce site aux dix millions d’utilisateurs propose une appli ou un service en ligne, en réglant par débit d’un compte ou par carte bancaire. Le bénéficiaire reçoit les devises directement sur son compte. « 34 % de nos transferts sont réalisés en moins de 20 secondes et 81 %, en moins de 24 heures. Dans tous les cas, nous informons le client du délai », explique Julie Arnoux, directrice commerciale de Wise. Pour les frais, comptez en moyenne 0,69 % du montant, sauf pour les principales devises, comme la livre sterling et le dollar (0,40 % environ).