Se connecter S’abonner

Covid-19 : la crise est un accélérateur de la pauvreté

Selon le Conseil national de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE) dans un rapport rendu au gouvernement le 12 mai, la crise sanitaire a « démultiplié » les situations de précarité en France.

pouvoir d'achat
Crédit : iStock.

La pauvreté s’est aggravée en France. C’est le constat dressé par le Conseil national de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE) dans un rapport remis au Premier ministre le mercredi 12 mai, portant sur les conséquences de la crise sanitaire sur l’évolution de la précarité dans le pays. Non seulement la pauvreté monétaire s’est accélérée, mais aussi la détresse psychologique, l’isolement ou encore le décrochage scolaire, de sorte que la crise sanitaire a « démultiplié » les situations de précarité. « La crise (..) entrave les sorties de la pauvreté, précipite dans la pauvreté des personnes qui en étaient proches, et entraîne des arrivées inattendues dans la pauvreté », déclare dans le communiqué Fiona Lazaar, Présidente du CNLE. « Malgré l’action de l’État et des collectivités depuis mars 2020, la crise souligne des fractures importantes qui étaient déjà à l’œuvre dans notre pays et qui font peser un risque sur la cohésion nationale. La question de la jeunesse et de la ‘génération Covid’ en particulier, doit appeler une action sans ambiguïté de la part des pouvoirs publics », poursuit-elle.

Le CNLE va mettre en place un baromètre trimestriel pour suivre les répercussions de la crise sanitaire sur la pauvreté des ménages français. La France comptait, en 2019, 9,1 millions de personnes « pauvres », avec moins de 1.070 euros par mois, soit un chiffre en recul de 0,3% par rapport à 2018. Mais certaines associations comme le Secours catholique ont parlé de plus de dix millions de pauvres en 2020, en raison de l’explosion des demandes d’aide alimentaire, entre autres. On ne connaîtra le chiffre définitif qu’à la fin de 2021.

8,5% de la population active au chômage

De plus, le nombre d’allocataires du RSA a augmenté de 8,5% entre octobre 2019 et octobre 2020, selon le rapport, et le nombre de bénéficiaires de l’allocation de solidarité spécifique (ASS) était en hausse de 10,7% entre mai et septembre 2020. Enfin, les prévisions des chiffres du chômage ne sont pas bonnes : « Après une embellie ‘en trompe l’œil’ et un taux d’aujourd’hui de 8%, le chômage devrait de nouveau augmenter jusqu’à 8,5 % de la population active, soit 0,4 point au-dessus de son niveau de la fin 2019 », écrivent les auteurs. Le rapport pointe le fait que les services publics ont été mis à rude épreuve, ainsi que la protection sociale et les mécanismes de solidarité nationale. De plus, la dématérialisation des aides a compliqué encore plus l’accès aux services et aux droits sociaux. D’un autre côté, des élans de solidarité spontanés ont été constatés, entre proche, voisins ou encore amis.

Le CNLE alerte surtout sur la situation des jeunes, frappés « de manière disproportionnée ». Il parle d’une « ‘génération Covid’, marquée par la dégradation de sa situation économique, de ses conditions d’études, de sa situation psychique et de ses perspectives d’avenir dans un contexte où la jeunesse n’est pas protégée à la hauteur de la vulnérabilité qui la frappe ».