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BRI : questionnements autour d’une possible bulle verte dans les investissements durables

La banque des règlements internationaux (BRI), une institution considérée comme la banque centrale des banques centrales, s’est interrogée sur une possible bulle verte dans son rapport trimestriel publié lundi, face à l’envolée des investissements dits « durables ».

Crédit: iStock.

Alors que les marchés financiers ont envoyé des « signaux contrastés » au cours des derniers mois, traduisant « un certain malaise » quant aux perspectives de reprise, cette institution située à Bâle, en Suisse, s’est penchée sur ce segment de marché qui a connu, avec les valeurs technologiques, une très forte demande. Les produits d’investissement qui apportent un bénéfice environnemental, social ou au niveau de la gouvernance d’entreprise (ESG) sont en plein boom, a constaté la BRI dans son rapport trimestriel. Mais compte tenu de la rapidité avec laquelle se développe cette nouvelle classe d’actifs, la question se pose de savoir si une bulle ne risque pas de se former.   

« Un développement fondamentalement bienvenu – aider à financer la transition vers un monde à faible empreinte carbone – pourrait-il générer des déséquilibres financiers significatifs ? », s’est-elle interrogée. Historiquement, les investissements qui accompagnent des grands changements économiques et sociaux tendent après une phase initiale d’essor à subir de large corrections, a rappelé la BRI, qui a pris l’exemple de l’envolée des placements dans les compagnies de chemin de fer avec l’essor du rail au XIXe siècle ou la bulle technologique avec les placements dans les « dot-com » au tournant des années 2000. 

Or la BRI a relevé « des signes » semblant indiquer que les valorisations de ces actifs dits ESG étaient tendus. Pour les entreprises liées aux énergies propres, les ratios cours/bénéfices, un indicateur de base utilisé par les investisseurs pour évaluer la cherté des actions, se situent encore « bien au-delà » des prix que déboursent les investisseurs pour les valeurs de croissance, elles-même déjà tendues, et cela même après un reflux depuis leur pic de janvier 2021, a illustré la BRI. 

Inflation « transitoire »

Chiffrer l’expansion de ces valeurs dites ESG reste cependant une tâche complexe compte tenu du flou des critères pour les définir. Selon une définition large, le poids des actifs ESG aurait grossi d’un tiers entre 2016 et 2020 avant de s’élever à 35.000 milliards de dollars (29.892 milliards d’euros), soit pas moins de 36% des actifs gérés par des investisseurs professionnels. 

Dans une définition plus étroite, incluant uniquement les fonds communs de placement et fonds négociés en Bourse (ETF), ce type d’actifs pèserait plutôt 2.000 milliards de dollars, avec une croissance toutefois multipliée par dix au cours des cinq dernières années. A cette aune, ces actifs représentent environ 3% des placements en actions des fonds communs de placement et ETF et 1% de leurs placements en obligations.  

Suivre étroitement ce marché

La BRI a appelé à suivre étroitement le développement de ce marché s’il continuait de croître à ce rythme. Dans son rapport trimestriel, la BRI est par ailleurs revenue sur l’inflation, le nouveau casse-tête des banques centrales, avec la remontée des cours du pétrole et les tensions sur les approvisionnements et capacités de transport depuis la réouverture de l’économie après le choc de la crise sanitaire l’an passé. 

« L’accélération récente de l’inflation devrait être transitoire », a réaffirmé la BRI dans le communiqué accompagnant son rapport trimestriel.  Elle n’en a pas moins mené une étude sur les grands mouvements de l’inflation, qui plaide en faveur d’une certaine certaine flexibilité par rapport aux objectifs d’inflation.