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Consommation : le marché de la chaussure au pied du mur

Les boutiques d’équipement de la personne s’ajoutent à la liste des secteurs touchés par des pénuries causées par l’engorgement du transport maritime mondial.

chaussure
Crédit: iStock.

Il devient de plus en plus difficile de trouver chaussure à son pied. Littéralement. Les boutiques de vêtements et de chaussures s’ajoutent à la liste des nombreux secteurs frappés par les pénuries (jouet, mobilier, bricolage). Jeudi 30 septembre, une réunion entre les membres de l’Alliance du commerce a eu lieu. Celle-ci réunit 760 enseignes et plus de 26.000 points de vente. A l’approche de l’hiver, des pièces emblématiques de cette saison (manteaux, doudounes…) pourraient être moins nombreuses dans les rayons, alertent Les Echos.

Où sont les baskets ?

Ce type de chaussures, particulièrement prisé, est fortement impacté pour la saison à venir. Fabriquées en Asie et destinées à être vendues – avec des prix d’entrée de gamme – dans les magasins français, elles tardent à arriver : « Certaines n’ont reçu que 30 % à 40 % des livraisons, c’est dramatique », déplore Frank Boehly, le président du syndicat du secteur cité par nos confrères. A la fin du mois dernier, alors qu’il présentait ses résultats trimestriels, Nike avait déjà alerté contre la pénurie de baskets.

Mais alors pourquoi ces pénuries existent-elles ? Le coronavirus est une des causes principales de ce ralentissement de la production en Asie. En Chine et au Vietnam, les usines étaient closes de juillet à la mi-septembre. De plus, la fabrication chinoise est aujourd’hui perturbée par des coupures d’électricité importantes. Il faut également évoquer la désorganisation du fret maritime depuis l’automne 2020 avec la saturation des ports et la tension qui concerne la demande de conteneurs qui provoque une multiplication des prix par 10. Ainsi, un conteneur qui valait 2.000 euros en vaut désormais 20.000. Cette inflation est une épine dans le pied des produits d’entrée de gamme. « Le coût du transport représente environ 10 % du prix des chaussures les moins chères. Si vous le multipliez par 10, il est équivalent au coût du produit. Ce n’est pas supportable », souligne Frank Boehly.

Afin de ne pas pénaliser le consommateur en augmentant le prix des produits, des importateurs ont fait le choix de se séparer des enseignes avec qui ils avaient des contrats. Les retards continuent d’être légion et il est même possible que la marchandise soit livrée à Rotterdam, premier port européen au lieu d’arriver au Havre, engendrant des coûts supplémentaires car le commerçant doit l’envoyer au transitaire pour la récupérer.

Vers un front uni pour éviter les pénuries ?

L’an passé, Bercy et le ministère du Commerce et celui de la Mer avaient été alertés sur ce dossier du fret maritime par le conseil national du cuir (CNC), expliquent Les Echos. Cette inégale répartition du transport maritime a été lourde de conséquences pour les commerçants, et en particulier ceux qui exercent dans les grands centres commerciaux. Pour rappel, en 2021, ces derniers ont fermé 100 jours.

« Après une année 2020 déjà calamiteuse en raison des confinements, et une consommation à l’arrêt au premier semestre, les succursalistes comptaient sur l’automne pour refaire de la trésorerie. Or s’ils ne peuvent pas présenter en début de saison une collection intéressante, ils ne pourront pas faire entrer les clients dans leurs magasins », analyse dans Les Echos l’Alliance du commerce, qui juge que la pénurie qui touche le secteur de la chaussure coûtera plusieurs points de marge. Un nouveau coup dur, voire dramatique, pour ce marché déjà en difficulté. Selon les derniers calculs de l’Institut français de la mode, depuis 2007, il a perdu 30% de sa valeur.