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Compte personnel de formation : vers la fin du démarchage téléphonique ?

Afin de redorer l’image du CPF, un amendement visant à interdire cette pratique sera prochainement déposé en marge de l’examen du projet de loi de finances, explique la ministre du Travail.

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Crédit: iStock.

SMS, coups de fil pressants ou même mails. Ces dernières semaines, il n’est pas impossible que votre téléphone ait été spamé par différents moyens. Le but de ces sollicitations répétées ? Inciter les personnes contactées à utiliser la cagnotte de leur compte personnel de formation (CPF) pour bénéficier d’une formation de leur choix. Selon Le Parisien, ce démarchage brutal provient de centres d’appels d’Afrique subsaharienne ou d’Israël, qui sont pour la plupart en contrat de sous-traitance avec des centres de formation. Un amendement pour interdire ce type de pratiques, initialement prévu en juin, devrait bientôt être déposé au projet de finances (PLF), a confirmé la ministre du Travail Elisabeth Borne, qui souhaite s’inspirer « de la loi mise en place après les abus constatés dans le cadre de la rénovation énergétique, qui interdit tout démarchage téléphonique. »

Pratiques commerciales agressives

Créé il y a deux ans, le CPF subit, depuis sa mise en place, ce phénomène abusif qui détériore l’image du dispositif. Afin que les 38 millions de bénéficiaires dépensent leur cagnotte, ils sont parfois victimes de pratiques commerciales agressives qui peuvent brouiller leur consentement. « C’est très massif. Même nous, nous en recevons sur nos téléphones ! » détaille un responsable au sein du service de la Caisse des dépôts, chargé de la gestion du CPF.

Pourtant, sur le papier, le dispositif présente des intentions louables. Ainsi, en quelques clics, le détenteur d’un CPF peut choisir une formation et la payer. Le tout, sans l’aval de son employeur. « Grâce au CPF, 3,2 millions de personnes ont pu se former depuis 2 ans. Il y a autant de femmes que d’hommes, sept sur dix sont des ouvriers et des employés et deux personnes sur cinq ont plus de 50 ans, selon notre bilan. C’est une réussite », se réjouit Michel Yahiel, le « père » du CPF, auprès du Parisien. Il espère également en finir avec le démarchage abusif : « On aspire depuis des mois à ce que ce type de pratiques soient interdites. Cela facilitera la tâche de tout le monde. »

Escroqueries au compte personnel de formation

Et ce marché juteux attire les convoitises. En effet, ces 38 millions de comptes CPF se chiffrent à 53 milliards d’euros au total; lesquels sont épargnés et gérés par la Caisse des dépôts. Soit environ 1.400 euros par compte (et qui pourra même atteindre jusqu’à 5.000 euros pour un bénéficiaire qui attend quelques années). Ainsi, des plateformes de démarchage n’hésitent pas à proposer leurs services à des centres de formation. Parfois, elles ont au préalable acheté des fichiers téléphoniques sur le Dark Web. Et puis il y a les vrais escrocs. Ces derniers ont pour objectif de faire main basse sur le magot, soit en piratant des données pour vider les comptes, soit en diffusant de fausses informations avec une structure-écran pour empocher le pactole. Pas moins de 39 plaintes contre les organismes de formation ont d’ailleurs été déposées depuis deux ans. « Mais en réalité, les escroqueries, c’est une goutte d’eau », tempère Michel Yahiel.

Des pratiques trompeuses également dénoncées par les mastodontes de la formation. « Ces pratiques vont à l’encontre d’un instrument-clé dans l’avenir de la formation et du marché du travail, explique Olivier Poncelet, délégué général de la Fédération des acteurs de la compétence (ex-Fédération de la formation). L’enjeu est trop important, il est essentiel de préserver la confiance vis-à-vis de la formation. En 2017, il n’y avait que 415 000 personnes qui s’étaient formées ! ». En attendant, si vous souhaitez vous prémunir de ces démarchages, trois solutions s’offrent à vous : ne pas répondre, faire un signalement sur le site du CPF ou via votre application, ou enfin trouver un centre certifié.