Se connecter S’abonner

Consommation : le « Black Friday » boudé et perturbé




Le « Black Friday » pourrait s’avérer décevant cette année pour les commerçants alors que la croissance mondiale était là. Car si un succès était attendu, c’était sans compter sur les Français, les collectifs d’opposants et le Covid.

Crédit: iStock.

« Le « Black Friday » 2021se transforme en « Red Friday » », résume à l’AFP Christian Parisot, du courtier Aurel BGC à cause du Covid-19. Alors que l’économie mondiale, y compris française, se portait mieux, le CAC 40 dépassant pour la première fois les 7.000 points en novembre, l’émergence soudaine d’un nouveau variant particulièrement contagieux en Afrique du Sud a fait craquer la Bourse de Paris vendredi matin, ainsi que tous les marchés mondiaux.

Une annonce qui tombe mal pour le « Black Friday », cette journée de promotions importée des Etats-Unis, qui, selon une étude menée par l’Observatoire société et consommation (Obsoco), est boudée par de plus en plus de Français. En effet, 41% d’entre eux envisagent d’en profiter, contre 57% en 2019.

Fausses promotions pour le « Black Friday » ?

Les raisons pour lesquelles les Français sont réticents à céder à cette frénésie dépensière des 142 milliards d’euros d’épargne accumulés depuis le début de l’épidémie, sont nombreuses. Environ 80% estiment que cette journée est associée à la notion de surconsommation, 57% considèrent que le « Black Friday » les incite à acheter des produits dont ils n’ont pas vraiment besoin et 13% d’entre eux se déclarent aujourd’hui « contre le principe » même du « Black Friday ».

La crédibilité du « Black Friday » en a pris un coup. « Les gens croient de moins en moins à la réalité des promotions, constatant parfois que les distributeurs augmentent les prix avant cette journée pour créer de fausses promos », explique Agnès Crozet, secrétaire générale de l’Obsoco dans Le Figaro. « Il y a aujourd’hui une défiance à l’égard des prix affichés. » Une association britannique de défense des consommateurs a calculé que 99,5% des produits soldés lors du dernier « Black Friday » chez six grands revendeurs, dont Amazon, étaient affichés au même prix ou moins cher à d’autres périodes de l’année.

Appel au boycottage du « Black Friday »

Pas moins de 29% des Français seraient même pour une annulation pure et simple du « Black Friday ». Le marché de l’occasion, la conscience écologique imprègnent les esprits, grâce au militantisme des opposants à cette journée qui devrait néanmoins générer des centaines de milliards de dollars de dépenses mondiales, 10% environ de plus qu’en 2020, selon les analystes du site Adobe.

La surconsommation engendrée par le « Black Friday » provoquerait une hausse des gaz à effet de serre. Depuis 2018, le collectif d’associations « Green Friday » organise des opérations de sensibilisation. Le réseau « Make Friday Green Again », lancé par le groupe d’habillement FAGUO, regroupe 1.200 marques françaises en faveur d’une consommation « plus raisonnée », qui encouragent le recyclage, la réparation d’articles ou l’achat de produits d’occasion.

Le fabricant français de vêtements Aigle ferme plusieurs de ses enseignes vendredi et désactive sa boutique en ligne pendant 24 heures pour la remplacer par un site de seconde main. Courant novembre et dans une trentaine d’enseignes aux Etats-Unis, la chaîne suédoise IKEA a proposé à l’ensemble de ses clients d’acheter des produits d’occasion.

« Il est ridicule qu’une journée soit si rentable pour les patrons alors que les travailleurs sont payés comme d’ordinaire », peut-on lire sur un forum « anti-travail » de la plateforme Reddit, qui compte plus d’un million de membres. Une campagne du mouvement « Black Friday Blackout » incite les consommateurs américains à ne pas travailler et à ne surtout rien acheter vendredi.

Au Royaume-Uni, la fédération représentant les détaillants indépendants (Bira) estime que 85% de ces petits commerçants vont boycotter le « Black Friday ». Ils dénoncent notamment les abus de position dominante d’Amazon, qui se sont accentués pendant la pandémie.